Voir Bellièvre, Lugdunum priscum, p. 46 et suiv. À
6. Hirschfeld, C. I. L., XIII, p. 260, cite encore pour la fin du xvre siècle deux copies, que je ne connais pas et que, pour la même raison, je ne regrette pas trop d'ignorer, celle du Codex Memmianus, Bibl. Nat. Paris, n° 5825 L.,f053, el celle de Barlet, Cod. Par. Magl., 6 : p., 168 et suiv. Barlet atteste qu’il a vu l'original : « exscripsi ».
7. Fautes de lecture (corrigées entre parenthèses): 1.8 : ne (nec) ;12 dermarato (demaratho) ; 33: rursus (rusus); 33: im.. (in...) ; 48: recipiendos (reiciendos) ; 55: palestricum (palaestricum) ; 57 : beneficium (benificium ) ; 69 : lugduno (luguduno ). Une seule de ces fautes se trouve dans Bellièvre (rursus). Deux sont graves (ne et recipiendos).
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sans que Paradin ait l'air de s’en apercevoir, deux définitions contradictoires du doeument. La bonne — le jurisconsulte lyonnais Vertranius Maurus l'avait déjà donnée quelque temps auparavant dans ses notes sur Tacite, en 1569, avec plus de précision et plus de fermeté que Paradin, nous le verrons plus loin; et c'est à lui peut-être que Paradin l’emprunta, comme l'idée au moins de substituer à sa copie incorrecte en minuscules une copie plus correcte en capitales —, quoiqu'il en soit, la bonne, disons-nous, est celle qui précède, dans les Memoires proprement dits, la copie en minuscules: « La teneur de la remonstrance de l’empereur susdict » (il vient de nommer Claude), « contenue en deux grandes tables d’airain, estans en l’hostel dela ville à Lyon, et tirees de terre en l'an MDXXIX». C’est le chapitre XVIIT. Le chapitre XIX a pour titre: « S’ensuit la teneur de la seconde table, en laquelle l'empereur conclud, que les Gaulois seront receus en estat consulaire » — il veut dire « sénatorial » — à Rome, comme deia estoyent ceux de Vienne et de Lyon ». Et plus bas: « Fin des deux tables d’airain. À veoir la teneur de ces tables autentiques, il semble qu’elles ne contiennent que la remonstrance de l’empereur Claude Cesar faicte au senat pour la reception des Gaulois en iceluy.. Conferant donques les mots de Cornelius Tacitus avec la teneur des deux tables, il semble qu'il y avoit encores une autre table contenant l’ediet et senatus consulte faict à la suasion du prince. Dieu veuille qu’elle se treuve quelque jour, comme ces deux furent trouvees à Lyon en l’an mil cinq cens vingt neuf... en la coste Sainct Sebastian ». Or le chapitre XVII a pour titre: « D'un arrest du Senat Romain... faict en la faveur des Gaulois, à la suasion de l’empereur Claude Cesar »; et on y lit plus bas: « Sur ceste remonstrance, le senat, se condescendant à l'opinion de l'empereur Claude Cesar, fit un decret, que les Gaulois seroyent receus en estat de senateurs. Ce decret et senatus consulte fut escrit et gravé en tables d’airain, comme lon les void aujourd’huy en l’hostel de la ville à Lyon ». Et la même inconséquence revient au-dessous de la reproduction en capitales: « Ce sont deux belles grandes tables de cuyvre, esquelles est contenu un Senatusconsulte, ou decret du Senat Romain, faict pour les occasions deduites.. au chapitre XVII. Lesdites tables furent trouvees.. ». Au surplus, Paradin définit très justement les Gaulois en question et leur requête: « Les grans seigneurs des provinces de Gaule firent requeste d’estre receus à Rome en estat de senateurs, puisque deia des longtemps ils avoyent droiïct de citoyens Romains ». Son exposé des autres circonstances qui amenèrent l'intervention de Claude au sénat est peu exact, presque exact son premier résumé du discours de Claude, celui qui précède la copie, beaucoup moins exact le nouveau résumé qui la suit. En somme, Paradin a vu de qui et de quoi parlent Claude et Tacite. Si son analyse du récit de Tacite est d’ailleurs mauvaise, l’une de ses analyses du discours de Claude est assez bonne. S'il a donné une fausse définition de la Table Claudienne, il en a donné aussi une excellente. I a fait, pour son temps, œuvre méritoire ; nul de ceux qui vinrent après lui aux deux siècles suivants ne fit mieux, un seul, Spon, fit aussi bien.
4. Nicolas de Nicolay, dans sa Generalle description de l'antique et celebre cité de Lyon, du pais de Lyonnois et du Beauiollois, qui n’a été imprimée qu'en 1881 !, mais dont le manuscrit porte la même date, 1573, que les Memoires de Paradin, s’est borné, en ce qui concerne la Table Claudienne, à piller celui-ci (p. 38-43 de l'imprimé). Du moins a-t-il judicieusement négligé la mauvaise définition pour ne reproduire que la bonne. Sa copie, dont je ne puis rien dire, ne la connaissant que par l’imprimé où ont été rectifiées
1. A Lyon, sous le titre de « Descriplion générale de la ville de Lyon el des anciennes provinces du Lyonnais el du Beaujolais ». Nous aurons à reparler des notes dont les éditeurs ont accompagné le texte de Nicolay. Le manuscrit de Nicolay est à Paris, Bibl. Nat., fr. 21106 — Gaignières, 669.
«les fautes manifestes de lecture » !, est précédée de ce titre: «« D'un Arrest ou Senatus consulte du Senat romain faict en la faveur des Gaulois à la suation de l'Empereur Claude Cesar ». L'historique des circonstances et le résumé du discours sont à peu près textuellement ceux de Paradin. La suite aussi: « Sur laquelle remonstrance le Senat, condescendant à la volonté de l'Empereur, donna un arrest solennel que les Gaulois seroient receuz en estat et au nombre des senateurs. Et fut le plaidé de l'Empereur seulpé pour perpetuelle memoire en deux tables d’airain qui se voient encores pour le jour d’huy en l’hostel de la ville de Lyon, lesquelles furent trouvees en la Coste St-Sebastien en l’an 1529 ». Comme Paradin, il infère que le senatus-consulte dut être gravé sur une autre table: «les Lyonnois ne furent pas moins curieux et diligens de conserver l’arrest et le faire sculper en table d’airain que le plaidé de leur illustre et disert advocat ». Seulement, il perd ici de vue que les intéressés, les clients de l’impérial avocat, furent, non les Lyonnais, mais les Gaulois, bien qu'il ait constaté plus haut: « Voila très suffisante preuve pour croire que les Lyonnois et les Viennois pouvoient parvenir au degré de senateurs romains » dès avant le discours de Claude.
5. Nous arrivons à Claude de Rubys et à son Histoire veritable de la Ville de Lyon; Lyon, MCIHIT; p. 66-68, chapitre XV: « Des deux anciennes Tables d’Ærain, qui se voyent en l’hostel commun de la ville de Lyon ». I1ne donne ni copie ni traduction du texte. Son chapitre comprend une critique injuste de Paradin et une explication personnelle où peu s’en faut que la fantaisie ne soit pure et l’erreur totale. Paradin aurait plutôt obscurei qu'éclairci l’histoire; il l’aurait « prise, comme l’on dict, à rebour du biaiz »: il se serait trompé lourdement. La vérité serait que « quelques uns des plus riches et plus appaants » de la Gaule Chevelue, s’adressèrent à l’impératrice Messaline, qui vendait publiquement « à beaux deniers comptans le droict de bourgeoïsie »?, et lui promirent « bonne somme » pour être faits d’abord citoyens, «qui estoit l’entree pour parvenir puis au grade des Senateurs ». C’est elle qui persuada à Claude d'agir au sénat en faveur de «la requeste de ces Gaulois, qu’il fortifia et assista de cette belle et grande remonstrance gravée dans ces deux tables d’erain..…, par laquelle il représentoit au Senat les grands merites de cette nation... envers l'Empire Romain... et l'assistance qu'ils lui avoyent faict depuis cent ans en ses guerres. ». Mais le Sénat, tout entier hostile, débouta «tout à plat » l’empereur et les Gaulois. « Ceux d’Authun seulement » eurent gain de cause, grâce, non pas au discours de Claude, maïs à leur alliance et amitié. Bref, de Rubys a vu quel était le contenu de la Table Claudienne. Pour le surplus, son commentaire marque une régression déplorable par rapport à celui de Paradin.
6. Abraham Golnitz, qui vient ensuite, n’est pas un historien de Lyon; c’est un voyageur curieux qui, visitant Lyon, a assez bien copié le texte, mais l’a très mal compris, dans son Ulysses Belgico-Gallicus, Lugduni Batavorum, 1631, p. 352-355 ?. Sa copie en minuscules italiques, à peu près complète, est
1. P. 39. Je puis dire cependant que Hirschfeld se trompe sans nul doute, quand il affirme que Nicolay avait pris sa copie sur l'original ({C. I.L., XIII, p. 260). Il l’avait prise, comme tout le surplus, dans Paradin.
2. Que Messaline et les affranchis de Claude vendissent le droit de cité et beaucoup d’autres choses, c’est un fait rapporté par Dion Cassius (LX, 17, 5 et suiv.) ; mais que les Gaulois aient eu recours en cette affaire à Messaline, rien n’autorise à le conjecturer.
3. La partie de l'itinéraire de Golnitz qui concerne Lyon a été traduite en français et publiée, avec des notes sur lesquelles nous aurons à revenir, par A. Vachez, sous ce titre: Lyon au XVIIe siècle: Extrail de l’Itinéraire en France el Belgique d’ Abraham Golnitz, Lyon, 1877. Le passage relatif à la Table Claudienne correspond aux pages 76 et suivantes de cette traduction.
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beaucoup plus correcte que les copies en minuscules de ses devanciers, presque aussi correcte que la copie en capitales de Paradin !. Quant à la définition qu'il donne du document, elle est toute fausse : « Dicuntur esse rescriptum imperatoris Claudii, quo cives Lugdunenses jure civitatis Romanae donati sunt ». Et son bref commentaire tourne à la divagation. Nous ne retrouverons pas l’erreur rescriptum ; mais nous retrouverons le surplus ?.
7. Jean de Saint-Aubin, Histoire de la ville de Lyon ancienne et moderne ; Lyon, 1666, p. 25-29, a eu deux sources, Rubys et Paradin. Celui-là ne lui a fourni heureusement que la prétendue intervention de Messaline « à qui les Gaulois avoient promis pour cette affaire une grande somme d'argent ». A Paradin il doit presque tout le reste de sa notice et sa copie incorrecte en minuscules. La date qu’il donne de la découverte est donc inexacte, le lieu approximatif: « Cette Remonstrance gravée en deux grandes Tables d’Airain.… fut trouvée en terre, à la coste S. Sebastien en 1529 ». Sa définition du document est bonne : « La Remonstrance que l’ Empereur Claude fit au Senat pour les Gaulois, et qui est gravée en deux Tables d’Airain à Lyon... Il leur remonstra.. qu'il estoit de la Bien-séance.. qu'ayant accordé depuis longtemps aux Princes Gaulois et aux grands Seigneurs de ces Provinces les Privilèges et le Droit de la Bourgeoisie Romaine, de mesme on les appellat aux premières charges de la Cité, quand ils en seroient capables ». Saint Aubin a bien vu que «les Lyonnois ni les Viennois n’estoient pas interessés en cette poursuitte., parce qu'ils estoient en jouissance de tous ces Droicts depuis long temps, ainsi que la remonstrance en fait foy ». Il n’a point prétendu, comme Rubys, que, si le sénatus-consulte fit une exception en faveur de «ceux d’Autun », le discours de Claude n’y fut pour rien ; mais il a le premier émis cette opinion devenue courante, qu’en effet pour les Éduens seuls Claude obtint du sénat ce qui était demandé par et pour tous les primores Gaulois, «sans que les autres Gaulois. eussent le moyen de s’en prevaloir pour cette fois ». Il affirme faussement, comme Nicolay, et beaucoup d’autres l’affirmeront après eux, que les Lyonnais firent graver la harangue de Claude «sur deux Tables d’Airain »; mais Nicolay l’affirme par distraction, ayant oublié que, selon lui-même, Claude avait été l'avocat des Gaulois et non le leur ; Saint-Aubin explique leur conduite: la faveur en question ne les intéressait point, mais un passage de la harangue flattait leur amour-propre: « Ils prevoyoient sagement que ces deux Tables feroient voir aux siecles futurs l'ancienneté de leurs privileges ». Ce qui, hélas ! n’appartient qu'à lui. c’est son ébauche d’une traduction française, où se révèle une incroyable ignorance du latin 5. Saint-Aubin ouvre avec éclat la série des mauvais traducteurs qui durera jusqu’à nos jours.
8. Quelques années après, Jacob Spon, Recherche des Antiquités et Curiosités de la Ville de Lyon, Lyon, 16754, p. 169-181, annonce d’abord modestement: «Je me contenteray de répéter, après la pluspart de nos Autheurs, ces deux belles Tables de Fonte, qui furent treuvées à la côte S. Sebastien, l’an
1. Toutefois, il ne reproduit rien des lignes mutilées initiales des deux colonnes.
2. De Golnitz, d’après Hirschfeld, C. Z.L., XIII, p. 261, dépendrait Merian, Topog. Gall., 1656-61, 3 vol. in-fol., qui mentionne la Table Claudienne sans la transcrire, II, 5, p. 18.
3. Voici, à titre d’échantillon, un de ses plus énormes contre-sens. Claude dit « que son frère Germanique, estant arrivé sur les Frontieres de la Gaule Narbonnoïise,se disposoit à leur envoyer d’excellents hommes de ces Pais là pour... Senateurs ». C’est ainsi qu'est rendue l’apostrophe fameuse : « Tempus est iam, Tiberi Caesar Germanice, detegere Le Patribus.… ».
4. Une nouvelle édition de l’ouvrage a été donnée en 1857 par J.-B. Monfalcon et Léon Renier. Nous aurons à reparler des notes dont les éditeurs ont accompagné le texte de Spon (p. 202 et suiv.).
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1529... », Comme il n’a pas, lui, visiblement pillé ses devanciers, nous ne savons au juste dans quelle mesure il s'en est servi. Ce que nous pouvons dire, c’est qu'il a fait œuvre sérieuse et, le premier après Paradin, œuvre vraiment utile. Sa double définition de la Table Claudienne et du sujet traité par Claude est presque irréprochable: « Elles contiennent une bonne partie de la Harangue que fit l'Empereur Claude au Senat Romain pour obtenir que les Gaulois » — non pas tous, mais certains d’entre eux, aurait-il fallu dire, et lesquels — «püûssent être receus indifferement dans le Senat, aussi bien que les Italiens, comme on avait déjà, dit-il, accordé cette faveur en particulier à ceux de Vienne et de Lyon ». Suit un bref résumé, approximativement exact, du discours impérial. La copie en capitales, qui néglige à peu près les lignes initiales mutilées des deux colonnes, est par ailleurs presque fidèle !, sauf que Spon s’est vu forcé, dit:l, par le format du livre de couper en deux les lignes de l'inscription. La traduction qui vient ensuite, il promet qu'elle sera autant que possible littérale : «Nous les traduirons presque de mot à mot, tout autant qu'il nous sera possible en suivant le genie de nôtre Langue ». Mais il s’en faut de beaucoup que la promesse soit tenue; c’est une version très libre ?, non sans quelques graves erreurs de sens. L'opinion de Spon sur la teneur du sénatus-consulte est conforme à celle de Saint-Aubin: « Tacite remarque que l’arrest du Senat suivit bientôt apres, mais que cette grace ne fut pas accordée à tous les Gaulois..…., mais seulement à ceux d’Autun... ». Comme Champier, Spon constate que l'inscription n’est pas complète, mais il le constate inexactement aussi, quoique d’une autre manière: « Voicy tout ce qui nous en est resté; car on void bien par le sens et par ce qui est effacé que ce n’estoit pas là le commencement ».
9. Claude Menestrier s'est occupé trois fois de la Table Claudienne. Mais il n’y a rien * dans l'£loge historique de la Ville de Lyon, Lyon, 1669 (à la fin du volume, Hotel de Ville, p. 3) ni dans Les divers caractères des ouvrages historiques, avec le plan d'une nouvelle histoire de Lyon, Lyon, 1694, p. 510-524 (planches aux p. 495 et suiv.), qu'on ne retrouve dans l'Histoire civile ou consulaire de la ville de Lyon, Lyon, 1696, p. 104-108 (planche à la page 165). Menestrier ignore Spon ; il traite sévèrement Paradin et surtout Rubys: «De Rubis, qui ne cesse, en tous les endroits où il peut, de dechirer Paradin, et de l’acuser d’ignorance, raisonne encore plus mal que luy sur ces deux Tables, qu’il n’a pas entendues ». A la vérité, Paradin a bien écrit quelques sottises sur ce sujet, et Rubys en a bien écrit de plus grosses ; mais la plus grosse qu'on ait écrite depuis quatre cents ans qu’il y a des Lyonnais, sans compter les étrangers, qui «raïsonnent » sur la Table Claudienne, c’est à Menestrier lui-même qu’elle appartient, avec plusieurs autres moindres. Et cette sottise énorme consiste en l'affirmation qu'il n’y a aucun rapport entre le discours prêté par Tacite à Claude et le discours gravé sur la Table Claudienne. « Ce fut en cette occasion » (loccasion de la censure) «que pour reformer le Senat.. Claude y introduisit des Etrangers, particulierement les Heduoiïs, qui étoient anciens alliez des Romains. Les Gaulois de la Gaule Chevelue, qui étoit la Gaule Lyonnoise » — voici déjà l’une des sottises moindres, et en voici tout de suite une autre—, « demandoient d’être reçus aux honneurs de la Republique, ayant obtenu depuis longtemps celui d’Alliés et d’amis des Romains ». Ici une traduction fort libre, où ne manquent pas les erreurs, du récit de Tacite et du discours
1. Fautes de lecture : 33, rursus (p. rusus) ; 33, im... (p. in...) ; 48, recipiendos (p. reiciendos); 57, beneficium (p. benificium ).
2. Par exemple, l’apostrophe Tempus esl iam.. delegere le.….., devient : « Il est maintenant temps que je découvre... ».
3. Notons pourtant, dans l’Æloge hislorique, ce singulier, mériloire pour l’époque, s’il n’est pas un lapsus...: « la grande Table d’Airain, où est gravée la Requeste que fit Claude... ».
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de Claude chez Tacite. Mencestrier ajoute: « La harangue de l'Empereur fut suivie d’un Arrest par lequel le droit de monter aux Dignités fut accordé à ceux d’Autun »... On a cru, Paradin et d’autres, « que ce discours de l'Empereur Claude étoit une partie de celui qui est gravé sur nos deux Tables d’airain... On n’a qu'à les lire avec attention pour voir qu'elles sont toute autre chose que la harangue de Claude pour ceux d’Autun. Cet Empereur fit donc deux actions bien differentes. Il demanda pour ceux d’Autun le droit d’être admis aux Charges de la Republique, et il l’obtint, comme Tacite le raporte. En même tems, il proposa de faire Lugdunum Colonie Romaine, au lieu qu'il n’étoit que Municipe » !. Il suffit, au contraire, de lire avec attention la Table Claudienne pour voir, quoi qu’en dise Menestrier, qu’il n’y est question nulle part d'aucun avantage demandé pour Lyon et qu'il y est expressément question d’un avantage à obtenir, d’une cause à gagner, pour la Gaule Chevelue. «Sed destricte iam Comatae Galliae causa agenda est», dit Claude, après avoir constaté, en ce qui concerne Lyon, seulement que le sénat compte des Lyonnais parmi ses membres et ne le regrette point, «ex Luguduno habere nos nostri ordinis viros non paenitet ». Menestrier accompagne cette inconcevable bévue exégétique d’une traduction française bien inférieure à celle de Spon, qui n’est que médiocre: la sienne est franchement mauvaise; elle rivalise, par la fréquence et la gravité des contre-sens ?, avec celle de Saint-Aubin. Sur les circonstances de la découverte et de l'acquisition, ceux des éléments de sa notice qui ne concordent pas avec la pièce officielle, sont négligeables: il place l'acquisition en 1528, qui est la date de la découverte * ; il prétend que la trouvaille fut faite «en cherchant des eaux pour une fontaine ». Pour le surplus, il la situe vaguement «dans la montagne de Saint-Sebastien ». Il reproduit les deux variantes de l'inscription latine proposée par Bellièvre. Bref, Menestrier n’a rien fait d’utile pour la Table Claudienne; car sa reproduction du texte en capitales, dont les lignes correspondent à celles de original, si elle est meilleure sur un point, sur un seul‘, que celle de Paradin, est inférieure à celle de Spon.
10. Claude Brossette, dansson Histoire abrégée ou Éloge historique de la Ville de Lyon, Lyon, 1711, p. 36-46, ne parle pas du discours de Claude chez Tacite, mais répète l'erreur de Menestrier sur le discours épigraphique. «Tibère avoit déjà fait Lion Municipe ». Claude «en fit une Colonie.. Cet Empereur en fit la proposition au Sénat par un discours que les Lionnois firent graver sur deux grandes Tables de bronze, pour transmettre à la posterité cet honneur et leur reconnoissance ». Brossette emprunte aussi à Menestrier la donnée chronologique, 1528, mais il la rend exacte en ne parlant que de la découverte, non de l'acquisition, et la donnée topographique: « Ces deux Tables furent trouvées par hazard à Lion en creusant dans la colline de S. Sebastien pour chercher les eaux d’une fontaine ». Ce qu'il ne doit pas à Menestrier, c’est sa reproduction du texte en capitales, qui, sauf qu’elle ne marque pas les fins de ligne,
1. Comp. Eloge historique, pass. cité : « la Requeste que fit Claude Tibère au Senat Romain pour faire jouir les Lyonnois de toutes les Prérogatives et de tous les honneurs municipaux, dont iouissoient les Romains ». Cf. ibid., à la fin, dans la liste chronologique des Echevins, année 1657.
2. Par exemple, « on donna la puissance Consulaire aux Empereurs et... l’on joignit au commandement Consulaire le pouvoir et les fonctions des Tribuns... », pour traduire «...a consulibus ad decemviros translatum imperium... tribunosque... consulari imperio appellatos… ». Ce n’est pas seulement une ignorance grossière de la langue latine que dénotent de pareils contre-sens, c’est aussi la carence des notions les plus élémentaires sur l’histoire et les institutions de Rome.
3. Dans l’Eloge historique, au contraire, il place la découverte en 1529, qui est la date de l’acquisition.
4. Menestrier a toutes les fautes de Paradin, hormis, 1. 48, recipiendos. I a laissé imprimer /ugduno (1. 69), bien qu’il sût que l'original portait luguduno (voir Histoire civile ou consulaire, Dissert, prélimin., p. 3). "
est bien supérieure à celle de Menestrier, supérieure même à celle de Spon, presque irréprochable 1, A Menestrier, il n'emprunte pas non plus sa traduction ; la sienne est meilleure en somme, maïs n’a point les grandes qualités que, nous allons le voir, Colonia lui attribue; les erreurs de sens y sont nombreuses
et graves. .
414. Dominique de Colonia s'est occupédeux fois de la Table Claudienne ; la première fois il n’a guère fait que piller partiellement Menestrier, la seconde, il a surtout combiné les dépouilles de celui-ci avec celles de Brossette. Dans ses Antiquitez de la Ville de Lyon, Lyon, 1701, p. 7-16, il répète lui aussi l’erreur essentielle de Menestrier, mais il la complique d’une confusion, qui lui est propre, des Lyonnais avec les Gaulois: « L'an de J. C. 47... la ville de Lyon demanda d’être declarée Colonie Romaine. L'Empereur Claude... en fit la proposition au Sénat... On s’opposa d’abord aux prétentions des Gaulois. Mais Claude parla si bien... qu'on leur accorda leur demande. Lyon devint Colonie Romaine... Les Lyonnois firent graver la harangue de l'Empereur dans deux grandes Tables d’Airain…. ». Vient ensuite la « harangue de l'Empereur Claude au Sénat en faveur des Lyonnois ». C’est la copie de Menestrier, moins la division en lignes, avec suppression des deux têtes mutilées des colonnes. La traduction est remplacée par un résumé rarement exact, très incomplet, souvent erroné grossièrement. Dans ses Antiquités de la Ville de Lyon, imprimées, avec pagination spéciale, au premier volume de son Histoire littéraire de la ville de Lyon, Lyon, 1728, p. 120-128 et 133-147, et publiéesà part, Lyon, 1738, I, p. 200-213 et 233-244, il affirme de nouveau que Claude «fit de Lyon une Colonie Romaine ». Cette Ville «n’étoit point encore parvenue au rang des Colonies Romaines. Elle étoit encore au nombre des Municipes. Ce fut cette nouvelle. distinction que l'Empereur voulut ménager à sa patrie, dans le même temps qu’il forma aussi le dessein d’obtenir du Senat pour les peuples d’Autun, si connus sous le nom d’Heduens, les honneurs attachés aux Municipes », c’est-à-dire le ius honorum. Pour exécuter son double projet, « malgré les oppositions et les remonstrances du Senat de Rome », il saisit l’occasion de sa censure. Tout ce qui précède est, en substance, de Menestrier, et une bonne partie de ce qui suit, mais non pas l’incorporation, déjà constatée plus haut, des Lyonnais dans la collectivité gauloise. Comme Claude reformait le Sénat, «les peuples de la Gaule Chevelue ou Lyonnoise se présenterent et prétendirent qu’en qualité d'anciens amis et alliés de lEmpire on devoit partager avec eux... les honneurs attachés au Senat ». Qui sont au juste ces peuples ? «Mais l’objet précis de leur demande n’étoit pas le même. Les Heduens, ou peuples d’Autun, se rabataient au simple rang de Municipes, qui leur ouvroit l'entrée dans le Senat ; mais les peuples de Lyon... prétendoient sortir du rang des Municipes et s’élever à celui des Colonies Romaines, qui devoit leur donner droit de suffrage..». La principale originalité de Colonia consiste à soutenir que, les deux actions différentes définies par Menestrier et par lui, Claude les fit d’un seul coup, au moyen d’un seul et même discours, celui que nous ont conservé et Tacite et l'inscription. Le résumé qu'il donne de ce discours, qu’il a raison d’ailleurs de tenir pour unique, est un mélange bizarre des deux versions, sur l’exacte relation desquelles on voit bien qu'il n’a aucune idée nette en lisant le galimatias de ce jugement: Claude « prononça un discours travaillé avec beaucoup d’art, qu’on peut regarder comme un des bons morceaux de Tacite qui le rapporte ». Maintenant Colonia revient à Menestrier et à Brossette: « Les Lyonnois firent en cette occasion ce qu'une juste reconnoissance leur dicta. Ils firent... graver sur des Tables de bronze le discours de l'Empereur... ». On le retrouva sur la colline de Saint-Sébastien « par hazard, l’an 1528, en cherchant
1. Une seule faute de lecture, et légère : beneficium (p. benificium), 1. 57.
des eaux pour une fontaine ». La date est exacte pour la même raison que chez Brossette. Interprétant sans doute mal l'indication de Menestrier, Colonia prétend que, dans l’ancien hôtel de ville où on le plaça, il était accompagné d’une «inscription latine de la façon de Monsieur de Bellièvre ». Après Spon, Colonia constate que le texte épigraphique n’est pas complet. « Il falloit qu'il y eût trois tables, dont la première n’a point encore été retrouvée ». Après Paradin, il croit à l'existence d’une autre table sur laquelle était gravé le « Decret que le Senat fit à cette occasion ». Sa copie en capitales est identique à celle de Brossette, hormis deux détails dont l’un est intéressant 1. Il reproduit la traduction de Brossette, sans «y faire le woindre changement », tant elle lui a paru « fidèle et pure » ?.
42. Quand on vient de lire les sottises de Menestrier, Brossette et Colonia, on a du contentement à retrouver la saine doctrine de Spon chez Lenain de Tillemont et chez les Bénédictins de l'Histoire littéraire de la France. Les brèves notices qu’ils accordent au discours de Claude se ressemblent beaucoup et ne sont pas, à coup sûr, indépendantes l’une de l’autre. La priorité appartient à Tillemont, Histoire des Empereurs romains, I, 1690 (1re édition), p. 243 et suivante. Claude, dit-il, « fit aussi ordonner par le Senat, que tous ceux des Gaules, qui estoient citoyens Romains, pourroient estre receus Senateurs, et on en receut des lors quelques uns qui estoient d’Autun. On conserve encore à Lion une partie du discours qu'il fit alors. Il n’est pas aussi beau que celuy que Tacite luy met en la bouche ». Dans le premier volume de l’Histoire littéraire, 1733, p. 174 et suivante, reviennent la mê me définition du discours impérial et de son résultat, le même rapprochement avec la version de Tacite. L'historique de la Table Claudienne y est un peu moins sommaire : « Au XvI® siècle on trouva sur la côte S. Sebastien deux tables de cuivre que l’on conserve à Lyon..., sur lesquelles est gravée une partie de la harangue... ». On rappelle en outre que Paradin en a donné deux copies d’après l'original, la seconde plus correcte, « à la tête de ses anciennes inscriptions».— L’abbéJ.-J. Barthélemy #, dans la deuxième moitié du xvirre siècle, vit à l'hôtel de ville de Lyon la Table Claudienne, et il la vit mieux que Millin { au début du siècle suivant, parce que la statue du Rhône ne la masquait pas encore. «On a tort de dire que c’étoient deux tables de fonte: ce n’est qu’une seule cassée en deux. Il y a deux colonnes de lignes ». Sa brève notice constate ensuite que «la harangue de Claude » est incomplète et que Tacite l’a refaite fort librement.
43. Dès le seizième siècle, la Table Claudienne attira l'attention des éditeurs et commentateurs de Tacite, auxquels n’avait point échappé, comme elle devait échapper à Menestrier, la parenté manifeste du discours littéraire avec le discours épigraphique. C’est, à ma connaissance, Vertranius Maurus qui fit le premier ce rapprochement dans ses notes sur Tacite, Ad P. Cornelii Taciti Annalium et Historiarum libros M. Vertranii Mauri… notae, Lugduni, apud Ant. Gryphium, 1569, p. 123. D'abord Vertranius a fort bien vu de qui et de quoi il s'agissait. La Gallia Comata, c’est la Gaule transalpine, moins la Nar-
1. Il écrit rursus, pout rusus (1. 33) ; pour combler la lacune finale de ia même ligne, IN... V /RIS, il conjecture in decuris, que réprouvent et la syntaxe et le sens.
2. Mentionnons encore ici Clapasson, Descriplion de La Ville de Lyon, 1741, p. 129 : « La pièce qu’on voit en entrant » (dans le vestibule de l'Hôtel de Ville) « est un célèbre morceau d’antiquité, qui contient la harangue que l'Empereur Claude, étant Censeur, prononça dans le sénat en faveur des Lyonnois ».
3. Œuvres diverses, Paris, an 6 de la République ; IL, p. 8. 4, Cf, plus bas, $ IV; n° 1.
bonnaise, c'est la Gallia omnis de César !, divisée en trois parties, Aquitaine, Celtique et Belgique. Les requérants appartiennent à «sociis et bene meritis populis et civitatibus… cum quibus… àcto foedere data primoribus civitas fuerat sed sine latione suffragii, ne magistratus creare inter Romanos possent. Quare ius adipiscendorum in urbe honorum eos expetisse Tacitus refert ». Vertranius a tort seulement de parler du ius suffragii qui n'existait plus depuis la fin du principat d’Auguste: il aurait dû dire: sine iure honorum
adipiscendorum. Une copie du discours de Claude en faveur de cette requête, ajoute-t-il en substance, et
du sénatus-consulte qui le suivit, fut envoyée dans la Gaule Chevelue et gravée à Lyon, capitale de cette Gaule?, sur une table de bronze — il ne parle que d’une table, aerea tabula, plumbo circum ornata tabula, divisée en deux pages ou colonnes, pagina duplici pro latitudine tabulae sculpta verba sunt, — déterrée au cours des années précédentes, superioribus annis, et conservée en la Maison de Ville. Cette table est incomplète: « At longior fuit tabula cuius exordium — entendons : le début des deux colonnes — consumpsit vetustas ». Sur une autre table perdue était gravé le sénatus-consulte, La copie, qu'il semble avoir prise sur l'original, exscripsimus, néglige presque entièrement les têtes mutilées des deux colonnes. Elle est en capitales sans indication des fins de ligne, identique par ailleurs à la copie, sensiblement contemporaine, de Paradin.
Bientôt après (1574), commence la série nombreuse des éditions de Juste-Lipse #. Je le cite ou le résume d’après la dixième, la dernière qu'il ait procurée, la Plantinienne de 1607, plusieurs fois réimprimée dans les années qui suivirent sa mort. Il a bien vu, lui aussi, de quoi il s'agissait: « Galli civitatem plenam adfectant », dit une de ses annotations marginales au texte de Tacite; et les autres: « Contradicitur. Sed ab iis est princeps. Tsitur impetrant ». Mais il a moins bien vu que Vertranius de qui il s'agissait. « Duplex Gallia, Cisalpina, Transalpina », dit-1l dans sa longue note à foedera et civitatem, et il ajoute que les Transalpins avaient obtenu la cité d’Auguste, mais « sine ture suffragii, quod nunc a Claudio demum adsecuti ». D'abord, donc, il a confondu la Gallia Comata avec la Transalpine, la Narbonnaise comprise, n'ayant point pris garde que, la distinction entre Narbonnaise et Comata, Claude l’a faite très nettement dans son discours authentique: c’est seulement après avoir quitté la Narbonnaise que l’orateur aborde, «ultra fines provinciae Narbonensis », le sol de la Comata, et qu'il plaide ouvertement la ‘ause de la Comata, « destricte iam Comatae Galliae causa agenda est ». Puis, il n’a pas vu que les requéants et les bénéficiaires ne furent pas les Gaulois en général, mais seulement les primores de certaincs cités. La seconde partie de son erreur est rendue plus manifeste dans une note à ce passage de Sénèque, De beneficiis, VI, 19: « Quid ergo, inquit, si princeps civitatem dederit omnibus Gallis, si immunitatem Hispanis.. ? » Voici cette note: « Alludit ad ipsum ejus aevi factum. Nam Claudius Galliae Comatae yplenam civitatem, id est cum jure suffragii dedit», avec renvoi à Tacite. Ernesti et beaucoup d’autres après lui ont remarqué que Juste Lipse a cru voir l’'énonciation d’un fait réel dans un exemple hypothétique, comme ceux du contexte de Sénèque, imaginé, par le philosophe, selon la coutume des philosophes, pour la commodité de sa discussion. Le discours authentique de Claude, ajoute Juste Lipse dans son édition de Tacite, fut conservé à Lyon, celeberrima urbe Galliarum ; on l'y voit encore maintenant, gravé sur une table de bronze — une seule —; parce que ce texte éclaire sur plus d’un point le texte correspondant de