‹ La Table Claudienne de LyonChapitre 7 sur 126 · EVA · texte numérisé non relu

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privé les partisans de la requête gauloise ni la réplique immédiate de Claude, Tacite ne les a développées, se bornant à constater qu'il y eut débat, studiis diversis apud principem certabatur, et que le prince répondit séance tenante aux adversaires, statim contra disseruit. Pourtant, dans la mesure où l'historien a. pu savoir ce que les uns avaient dit contre, il a pu savoir aussi ce que les autres, et spécialement l'empereur, avaient dit pour, ou il a pu imaginer ceci non moins facilement que celà. C’est de propos délibéré que, sacrifiant l'exactitude historique à la beauté littéraire, il a fait un exposé unilatéral de cette question !, Il veut éviter les redites : Claude parlera de nouveau pour les Gaulois devant le sénat ; les moyens dont il se servira seront forcément ceux qui ont servi, dans le conseil privé, à lui-même et à leurs autres partisans. Des deux plaidoyers Tacite aime mieux rapporter — rapporter librement, à sa manière — le second, le plus solennel et celui qui fut définitif. Afin de lui garder tout son intérêt, toute sa fraîcheur, il

supprime le premier.

3. Claude resta insensible, haud permotus, à l'hostilité d’une partie de ses conseillers. Son opinion était faite dès avant la séance du conseil, auquel il en avait référé pour la forme. On peut même se demander si, par l'entremise de quelque légat, procurateur ou autre personne de confiance résidant en Gaule, il n'avait pas provoqué ou encouragé secrètement la démarche de l’assemblée gauloise. Le sénat réuni, il plaida la cause des primores Galliae et, naturellement, quelle que fut au fond l'opinion de la ma- Jorité sénatoriale, il la gagna, parce qu’il était l'empereur. Il la gagna d’emblée, sans qu’elle rencontrât cette fois aucune opposition. Le vote du sénatus-consulte favorable suivit immédiatement le discours impérial: Orationem principis secuto patrum consulto… ?

Immédiatement, sans opposition ? On a essayé de prouver qu'il n’en fut pas ainsi, qu'après le discours de Claude un ou plusieurs sénateurs prirent la parole pour faire des objections ou des réserves et que, finalement, la sententia votée ne fut pas la sienne, puisque le décret donnait satisfaction seulement partielle à la requête gauloise, puisque Claude n’obtenait pas tout ce que les Gaulois demandaient et qu'il demandait pour eux. Tacite dit, en effet: Orationem principis secuto patrum consulto primi Aedui senatorum in urbe ius adepti sunt : le ius honorum sollicité par tous et pour tous les requérants ne fut accordé d’abord qu'aux Éduens. Tacite aurait fait un compte rendu incomplet de la séance du sénat pour la même raison qui l'avait amené à faire un exposé unilatéral de la délibération du conseil, pour la même raison artistique: il aurait ramassé, d’une part, en un seul réquisitoire tous les arguments hostiles, produits soit dans le conseil soit devant le sénat, d’autre part, en un seul plaidoyer, tous les arguments favorables.

Évidemment, répondrons-nous, Tacite a voulu qu’un seul plaidoyer s’opposât au réquisitoire ; mais, s'il a supprimé le détail des plaidoyers antérieurs, il n’a pas supprimé, il n’avait nul besoin de supprimer, la mention même de ces plaidoyers: Diversis studiis certabatur, princeps statim contra disseruit. Rien ne l'eût empêché de mentionner, de mentionner purement et simplement, s’il y en avait eu, d’autres interventions hostiles. Bien plus, si un ou quelques sénateurs s'étaient trouvés pour contredire en pleine séance

1. Non seulement son exposé est unilatéral, mais la phrase qui l’introduit est boîteuse. Et sludiis diversis apud principem cerlabalur adseverantium non adeo aegram Italiam.. Ce participe adseverantium, qui ne se rapporte qu'aux adversaires, induit à prévoir un autre participe, comme respondentium, qui se rapporterait aux partisans, et qui ne viendra pas.

2. Cf. Nipperdey-Andresen, à Tac., Ann., XI, 25 : «Es folgte also im Senat auf die Vorlegung und Motivierung der kaiserlichen Antrags alsbald die Abstimmung ohne Debatte ».

3. F. Münzer, Die Verhandlung über das lus honorum der Gallier in Jahre 48 (dans Feslschrift zu Otlo Hirschfeld Berlin, 1903, p. 34-44), p. 37. |

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l'empereur, et si une majorité sénatoriale s'était trouvée pour adopter un avis autre que celui de l’empereur, ces deux faits insignes et presque incroyables, l'historien, selon toute vraisemblance, ne les aurait pas omis. La procédure, telle qu’il expose, n’a rien en soi ni d’improbable logiquement ni d’anormal juridiquement. Logiquement, nous concevons sans peine que l'affaire, dans les conditions où elle est portée devant le sénat, n’y donne lieu à aucun débat: le débat s’est épuisé ailleurs, apud principem ; l'opinion ferme du prince est connue; il ne reste au sénat qu’à ratifier la décision arrêtée par lui dans son conseil et motivée par lui en séance publique. Nous disions tout à l'heure que Claude en avait référé à son conseil pour la forme ; à plus forte raison pouvons-nous dire que la consultation du sénat est une simple formalite J uridiquement 2, nous ne sommes pas à l’époque républicaine, au temps où la règle était que le magistrat président, généralement un consul, prît d’abord la parole pour faire le rapport sur l’ordre du jour, la relatio, puis la donnât aux sénateurs à tour de rôle pour exprimer leur opinion, interrogatoire d’où résultait la position de la question suivie du vote; disons mieux: la règle existe toujours, mais n’oblige pas l’empereur. Comme membre et premier membre du sénat, princeps senatus, il peut assister simplement à la séance; mais il peut la présider aussi, même quand il n’est pas consul, en vertu de sa puissance tribunice perpétuelle et de ses pouvoirs spéciaux, de son ius agendi cum senatu. Sur les propositions d’autrui il peut opiner avant ou, s’il le préfère, après tous les sénateurs. Une proposition de lui a toujours la priorité ; jamais elle ne provoque de discussion sérieuse ; en fait, sinon en droit, ce n’est pas une demande qu'il soumet, c’est une volonté qu'il communique à l'assemblée. Dans l'espèce, Claude a convoqué le sénat, il préside la séance, ibprononce tout de suite son discours. En faveur de l'hypothèse qu'il eut des contradicteurs, ne nous laissons pas impressionner par le fait qu'il prévoit au moins une objection *: « Equidem primam omnium illam cogitationem hominum, quam maæime priümam occursuram mihi provideo, deprecor, ne. .». D'abord, il s’agit d’une objection mentale et non formelle, cogitationem ; puis, non seulement il la prévoit, mais il la prévient ; elle n’aura pas lieu de s’exprimer, puisqu'il la réfute d'avance. On ne saurait donc alléguer que Claude s’attend à être contredit. Il ne s’y attend pas et il ne le sera pas. Nous avons observé plus haut que, si après le discours du prince quelque sénateur avait pris la parole pour substituer une autre proposition à la sienne et si la majorité sénatoriale avait préféré cette sententia à la sienne, Tacite n’aurait point, selon toute probabilité, passé entièrement sous silence ces deux faits extraordinaires. Ajoutons maintenant qu'il est invraisemblable, pour ne pas dire impossible, que ces deux faits se soient produits, que, l'opposition s'étant révélée impuissante au sein du conseil privé, le parti-pris de l'empereur étant connu, aucun sénateur se soit trouvé pour risquer de l’offenser par une contradiction publique, bien loin qu'une majorité sénatoriale ait pu se trouver pour voter la sententia du contradicteur. En d’autres termes, il est invraisemblable et presque impossible que le sénat n’ait pas

adopté la proposition de l’empereur telle quelle.

1. Voyez pour d’autres cas du principat de Claude, Tacite, Ann., XI, 15 : Rellulil deinde ad senalum super collegio haruspicum.… Faclum ex eo senatus consultum... ; XII, 53 : ….refert ad palres de poena feminarum quae servis coniungerentur…, slatuiturque..…; XII, 60 : .….audita vox principis parem vim rerum habendam a procuraloribus suis iudicatarum, ac si ipse statuissel;.… senatus quoque consullo cautum...; XII, 61 : Rettulil dein de immunilale Cois tribuenda.…. Ici Tacite ne prend même pas la peine de mentionner le vote conforme du sénat. Ailleurs il attribue purement et simplement au prince la décision, quoique le sénat en ait délibéré : XI, 5 : la remise en vigueur de la loi Cincia est proposée par le consul désigné C. Silius ; on discute ; Claude intervient et propose une solution conciliante ; elle est adoptée : … princeps capiendis pecuniis posuil modum.. (cf. Nipperdey-Andresen : « …liess dies vom Senat beschliessen) ».

2. Voir Marquardt et Mommsen, ouvr. cité, V, p. 173 et suiv.; VII, p. 135 et suiv. ; en ce qui concerne spécialement les rapports de Claude avec le sénat, Suétone, Claud., 23 ; Dion Cassius, LX, 13.

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