‹ La Table Claudienne de LyonChapitre 83 sur 126 · Voir W. Liebenam, Fasli consulares imperii Romani, p · texte numérisé non relu

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fortune, il fit le sacrifice inutile d’abdiquer ce deuxième consulat deux mois après son entrée en fonctions, tandis que son collègue Silanus le garda jusqu’au bout de l’année. Nos témoins le montrent énergique de caractère, robuste de corps, ami des plaisirs, et ne se piquant pas d’austérité dans ses mœurs. De sa vie publique la principale action, où il prouva le mieux son énergie et qui lui valut le plus de réputation, fut la part qu'il prit à la chute de Caligula. Si on ne le compta point parmi les meurtriers, il se signala parmi les instigateurs du meurtre. Il vengeait ainsi des griefs, non seulement civiques, mais privés. Car, ofliciellement au nombre des amis intimes du tyran, réellement il le haïssait pour en avoir recu, mari pis que trompé, bafoué devant tous, un outrage que même l’homme le plus débonnaire n’eût point pardonné!, Le meurtre accompli, bien loin de dissimuler sa complicité, il s’en fit gloire, il alla jusqu’à exprimer le regret de n’avoir pas frappé lui-même, et cela dans une assemblée tumultueuse où la canaïlle et la soldatesque réclamaient vengeance contre les assassins, et que la fierté de son attitude réduisit au calme. Pour la succession impériale, qui échut finalement, contre toute prévision, à Claude, 1l fut un moment question de sa candidature. Les envieux qui désiraient au moins sa disgrâce, permirent-ils jamais que le nouvel empereur l’oubliât ?

Mais la cause essentielle et immédiate de sa perte fut, l’année qui précéda notre discours de Claude, en 47, la jalousie et la convoitise de Messaline, impératrice alors toute puissante. D’une part, elle lui gardait rancune d’avoir été, croyait-elle, l'amant de la trop belle Poppaea Sabina; d’autre part, elle voulait ses magnifiques jardins. Elle le fit donc accuser de complot contre la sûreté du prince. L’accusa-

tion était fausse, au jugement de tous nos témoins ; mais le caractère, la situation, les antécédents de

Valerius Asiaticus lui donnaient un certain air de vraisemblance. Abusant de son prestige romain et provincial, il se préparait, affirma le premier dénonciateur Sosibius, à se poser en prétendant, à partir de Rome pour aller provoquer une rébellion des légions de Germanie et une défection des provinces gauloises. Claude, sot et poltron, sans prendre la peine de s'informer davantage, envoie d’urgence le préfet du prétoire en personne appréhender militairement celui que dans son discours il appellera, nous voyons dès maintenant pourquoi, un brigand, latro. Le dangereux conspirateur était en villégiature à Baïes. On le ramena, enchaîné, à Rome. Il comparut, non devant la juridiction normale du sénat, mais devant la cognitio principis, le tribunal à huis-clos de l’empereur, qui ne fut assisté dans l'espèce, semble-t-il, que de son collègue à la censure, Lucius Vitellius, soi-disant vieil ami d’Asiaticus, mais avant tout courtisan et ccmplaisant perpétuel, sans vergogne et sans serupule, hier de Caligula, aujourd’hui de Messaline, demain d’Agrippine. Tandis que l’accusateur Suillius lui reproche d’avoir corrempu pour ses desseins criminels les soldats par l'argent et le stupre, et d’avoir commis l’adultère avec Poppaea, l'accusé l'écoute en silence ; mais il riposte sarcastiquement, quand Suillius prétend qu'il est allé dans la débauche jusqu'à dégrader son sexe, comme tant d’autres le faisaient alors: « Interroge tes fils: ils confesseront que je suis un hemme ». Un incident de l'enquête avait rendu suspects tous les témoignages des soldats qui aftirmaient avoir été l’objet des sollicitations personnelles d’Asiaticus et qu’Asiaticus aflirmait ne connaître point: l’un de ces témoins subornés, mis en demeure de le désigner parmi l'assistance, s’était mépris grossièrement et risiblement. L’accusation n’était donc pas très solide. La défense de l’accusé fut pathétique, au point que non seulement elle provoqua chez Claude une vive émotion, mais qu'elle tira des pleurs à Messaline elle-même. Sensibilité de femme nerveuse, dont le cœur restait implacable. L'impé-

1. Sénèque, pass. cité : « C. Caesar. huic in convivio, id est in conlione, voce clarissima qualis in concubilu essel uxor eius obiecil. Di boni ! hoc virum audire !.… ».

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