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Ce passage est pour nous, ainsi que pour la grande majorité des interprètes !, une apostrophe de Claude à lui-même?. Mais certains, et non des moindres, le tiennent pour une apostrophe d’autrui à Claude, pour ce que nous appellerions en langage parlementaire une interruption. C’est à Mommsen que l’on attribue communément l'invention de ce paradoxe. «Quae verba, dit-il, non sunt imperatoris qui ipse se interpellet, sed senatorum acclamantium et simul oratorem prolicum irridentium ». Cependant Mommsen avait eu un devancier récent, Zell ?, et un autre beaucoup plus ancien, Gutherius °. L’impérial orateur fut, d’après Zell, à ce moment de son discours, « senatorum interpellatione a diverticulis in viam reductus ». D’après Gutherius, ce fut le consul, président de la séance, qui interrompit l’empereur: « Dicentem principem consul inter pellavit ». S'il n’y avait d'excellentes raisons de rejeter purement et simplement cette opinion, ce serait lui qui l'aurait présentée sous sa forme la plus acceptable: une intervention du président se concevrait mieux qu’une interruption des auditeurs. Zell ne se dissimule pas que celle-ci est tout à fait bizarre: « Plane singularis est haec patrum conscriptorum inter pellatio ». Comment faut-il l'expliquer ? Peut-être par une survivance de l'antique liberté: Manebant etiam tum vestigia morientis libertatis, a dit Tacite pour un fait analogue du principat de Tibère ; peut-être aussi par un mouvement incoercible d’impatience. Quoiqu'il en soit, la chose elle-même n’est pas douteuse: Statuendum est hanc interpellationem vere factam et in actis senatus consignatam esse. Recueillie dans le compte rendu de la séance, l'interruption passa telle quelle selon l'usage, dit à son tour Mommsen, dans l’oratio principis devenue partie intécrante du sénatus-consulte: « Zam intellisimus haec omnia, qualia a notariis excepta in commentarios referebantur, retentaoratione directa senatus consulto publicato inserta esse. Gutherius avait passé inaperçu ; Zell ne trouva que des contradicteurs ; mais l’autorité de Mommsen valut au paradoxe de nombreuses et considérables adhésions 7. D’aucuns sont même allés plus loin que Mommsen, sous la seule influence évidemment de ce paradoxe. La question : Quid ergo ? non Ttalicus senator provinciali potior est ? serait, elle aussi, sans doute, d’après Jullian ®, l'interruption d’un sénateur à qui Claude répondrait sur le champ: Zam vobis ete. Bloch”, non seulement partage cette facon de voir, mais généralise: « Le discours de Claude fut fréquemment interrompu par les murmures irrespectueux du sénat ». Cette exagération de Jullian et de Bloch a provoqué une réplique fort sensée de Münzer!°: Quid erso.., dit-il, n’est pas autre chose qu’une de ces objections que tous les orateurs se font souvent à eux-mêmes sous la forme vive de l'interrogation. Mais il n’ose pas condamner l'opinion de Mommsen quant à l’apostrophe!t. Bien des commentateurs ont refusé d’accepter le paradoxe et quelques-uns l’ont réfuté, Monfalcon!?
1. Par exemple, et+pour n’en nommer que quelques-uns du x1x° siècle : Niebuhr, Einige Bemerkungen, p. 30 et 34 ; Boissieu, ouvr. cité, p. 141 ; Ritter, Orelli, Nipperdey-Andresen ; Schanz, Gesch. d. rôm. Lilt., n° 359.
2. Orelli : «Hac allocutione Claudius, ut fuil homo ineplus alque absurdus, semet ipse a longa digressione ad rem qua de agilur revocat. Probe videlicet noverat rhetorum praeceplum: « Apostrophe mire movet » (Quintil., IX, 2, 38)». . Ephemeris epigraphica, VII (1890), p. 394— Gesammelle Schriflen, IV, p. 506. Claudii oratio.., p. 8 (éd. Monfalcon) — p. 113 (Opuscula). . De officiis domus Aug., 1628, p. 129.
HAN. UT . Entre autres celle de Hirschfeld, GC. 1. L., XIII, p. 235. Gallia, p. 171.
9, Dans Lavisse, Hisloire de France, I, 2, p. 233.