Tite-Live, XXI
6. Tite-Live, XXXIII, 37. Après avoir dévasté, outre Pô, le territoire des Laevi et des Libici, les Boiens reviennent chez eux per Lujurum exlremos fines.
7. Cette histoire de la soumission et de la romanisation du pays ligure mériterait d'être reprise en détail.
8. Pour exeniples, on peut citer Forum Novum (Fornoue) et les Campi Macri. On consacrera prochainement un article à l'histoire de ces Campi Macri. [Voir de
la colonisation primitive. 47
Traces du passé celto-ligure : noms d'hommes et de lieux.
Les propriétaires contemporains de ïrajan portent presque sans exception des noms romains. On pourrait même se croire au milieu de Latins si quelques individus n'avaient des noms étrangers, imparfaitement romanisés. Les Stoniceli, les Stoliclni, les Mirulini, les Meturiciali, les AUclii, les Syllaelii, Attielius, sont des personnages du pays qui sont restés tardivement attachés à Tonomastiquc locale. Quelques autres, dont le gentilice est romain, sont encore désignés par un cognomen, qui rappelle leur origine. Un Pontius, unValerius, un Attius, unValerius, unArruntius ont pour surnoms respectifs Ligus, Ligurinus, Attielaus, Veccunius^, Burdo^. D'autres enfin portent des gentilices romains que la prononciation indigène semble avoir défigurés 3 : Catunius, Arsunius sont sans doute des doublets de Cato/iius et d'Arseiiius. Ce sont autant d'indices que les paysans de Veleia avaient tous dans le sang la culture romaine. Les uns ont pu l'apporter avec eux dans le pays. Les autres s'y sont adaptés et ont caché leurs origines sous des noms d'emprunt. Il en reste pourtant quelquesuns, attardés, qui gardent encore le respect de la tradition locale. Ce sont là, sans doute, des traces bien faibles d'un passé pourtant récent. Mais II faut les suivre et chercher dans la table des noms de lieux, plus ancienne que celle des noms de personnes, ceux qui peuvent avoir mieux gardé le souvenir des premiers habitants du pays..
De fait la récolte est là plus fructueuse. Sans doute la pioportion des noms romains est encore la plus forte. A eux seuls ils fornienl les trois quarts environ des noms de lieux de l'inscription. Mais il n'y a pas lieu de s'en étonner si l'on songe ciue le cens cadastral, qui reçut les déclarations des propriétaires de fonds, accepta celles de Romains, dont le nom ne put guère se
Pachlere, les fnmpi Macri et le Sétinlus-Con.s)ille llosidicn, dans les Mélanges Cagnal, p. 169-186.] Sur eux, voir C. 1. L., XI, pars I, p. 170, n. 1.
1. Vercunius («f. Veconiaiiiis dans la laide), foriiié sur lo radical r,cllii[uo Vecco.
2. Biirdo est un nom (|ui revient fréqueininent dans ronohiasli<]ue celtique. Cf. Ilolder, I, col. 638-63!^.
3. La transformation des voyelles, et surtout de o en ?/, est fort habituelle dans les noms de lieux de la table. On trouve cote à cote Ulainonius et Ulamunius Sivonianus et Sevuonianus, Vipponianiis et Vippunianns, I,eucomelius el Leucumellus, Uilinia el fJitunia, Eborella et Kbiirelia, Pisuniacus au lieu de l'isoniacus.
former qu'à une date toute récente. Des fonds Aeschinianus, Crestianus, Epicandrianus, Macatianus, Moschianus, Olympianus, Philetianus, Protianus ont été possédés, à l'origine, par un Aeschinius, Crestius, Epicandrius (?), Macatius, Moschius, Olympius, Philetius, Protius. Que ce soient là des gentilices formés sur des noms d'esclaves ou des cognomina d'affranchis, ce sont évidemment des noms de création toute nouvelle. Les propriétaires libres qui les portèrent sont au plus de quelques générations antérieurs à ceux qui profitèrent des largesses de Trajan, Sans aucun doute, c'étaient déjà des contemporains de l'Empire. La liste des noms de lieux peut donc présenter une majorité de gentilices romains. Il est, au contraire, curieux d'y trouver encore tant de termes préromains.
Mais on sera moins surpris en songeant aux résistances qu'oppose l'onomastique aux influences étrangères. Souvent, et plus encore pour les lieux que pour les personnes, elle est, plutôt qu'un des caractères d'une civilisation présente, le témoin dépaysé d'une autre passée. La Gaule Cisalpine, la Narbonnaise, soumises à l'influence romaine plus tôt que la Ligurie, ces pays de plaine et de collines plus abordables que le pays de Gênes ont pourtant gardé, même dans les noms de personnes, jusqu'à une période avancée de l'Empire, le souvenir de leurs origines ligures et gauloises. Faut-il trouver étrange que la montagne de Veleia ait eu, dans ses noms de lieux^ la mémoire aussi tenace au i'^'' siècle, cent ans peut-être après la soumission du pays?
L'étude des racines de ces termes étrangers peut éclairer leur race. Pourtant, en l'ignorance où l'on reste du ligure et du gaulois primitifs, il serait hasardeux de partager délibérément entre les deux ces noms premiers. Quelques-uns, qui n'ont pas leur semblable en terre celtique, appartiennent sans doute au fonds primitif. Il y a, pour qu'ils soient revendiqués par le ligure, des raisons d'autant plus sérieuses qu'ils seront situés dans les pagi les plus reculés, les moins abordables aux influences étrangères, et qu'ils seront mieux cristallisés sous une forme invariable i. Tels
1. On peut considérer comme cristallisés les noms qui n'obéissent plus, soit aux lois des déclinaisons, soit aux lois du genre, soit à celles du nombre, soit à quelquesunes, soit enfin à aucune d'entre elles. Pour ne citer ici qu'un exemple, on peut considérer que la forme Solicelo, dans l'expression fund. Rubacotmm et Solicelo, n'obéit plus à aucune de ces règles. Nous avons marqué d'un astérisque ces mots qui nous semblent ainsi morts ou paralysés.
sont (en l'état actuel de nos connaissances) les thèmes cr*^4/M«dis , Areliascus , Assceça, Avega , Berusetis^ (génitif), * Blaesiola (?^), Boi'atiolae (génitif), *Buelabr'ae ou *Velabrae, Blondeliae, Caudalascus, * Claris, Collacter{ian)us , * Co\>aniae, Craedelius, Flania, Cumallia ou Giimallan[us), *Ibitta et *Ibocelis (?), Innielius, Irvaccus, Jnanelius, Lesis (génitif), Ligusticus, Librelius, Lospistus, Malapacii, Muletas, Poptis (génitif), *Precele, * Spennella, Suffitanae, * Taxtaiiulae, * Toviani ou * Tovianae, Tuppelius ou * Tuppilia, Tursianus (?), Tuscluatus, Ucubatianus , Ulamoniiis, Ulila, * Undigenis, * Vaipii, Vembrunîus, Vorminianus. Peut-être est-il encore d'autres mots qui soient de souche ligure; peut-être ceux-là mêmes ne le sont-ils pas tous. Leur originalité nous assure de leur caractère étranger; elle n'est pas une garantie certaine de leur race.
Il est moins problématique déjà d'attribuer au ligure des thèmes dont les pareils se sont jusqu'ici plus particulièrement retrouvés dans les limites où furent acculés les Ligures de la période historique. Les mots en Alb., Albensis, Albitemius, de la table de Veleia, ont leurs parents dans un grand nombre de noms de peuples, de villes et de personnes de la Narbonnaise et de la Ligurie italienne 3. La racine de Cloastrus est celle du nom Cloustria, d'une femme de Nîmes^. Les éléments de Riibacausti se rencontrent dans les noms de deux divinités associées de la montagne piémontaise, Robeo et Rubacascus^. Les ethniques Bagienn/is et Statielhis appartiennent à deux peuples ligures, les Bagienni àv\ Tanaro et les Statielli à' kcc[a\, dont les habitants des deux pagi veleiates doivent être les parents. Enfin, un bien des colons lucquois s'appelle Tigullia , comme une localité de la Ligurie du Levant^J. Ces derniers exemples suffisent à faire reconnaître dans l'inscription de Veleia un document tout aussi important pour l'étude des origines ligures que la sentence arbitrale des Minucli entre les Génois et les Langates".
1. Tour les noms en ae ou en is, on a indiqué ceux qui sont rerlainenient des génitifs.
2. Un point d'inlerro^ation suit les mots (|ni |)ourraif'nt avoir été composés aussi sur des thèmes gaulois ou romains.
3. Cf., outre les exemples de Holder, I, col. 77-87, Mullenhoflf, III, j». 181.