Ibid., V
4. Les mois en genus sont toujours des noms simples d'indigènes ou des cognomina; les noms en genivs des gentilices romains. — A Cloustrus correspond le gentilice Clouslria (XII, 3193); à Collacterus, Col la derius, qu'on trouve dans l'inscription, dans la forme Collacterianus; à Tudinus, un gentilice Tudinius, sur lefjuel ses! composé le nom de lieu Tudiniaciis.
5. Les formes en onins-nnius sont presque exclusivement employées jiour des gentilices. A titre d'exemple, on peut citer Q. Malonins (V, 5163), C. Nummonius (V, 5165), P. Cobriinius (V, 5286) \Cob>-unus, V, 5817, est un cognomen), Nammonins (III, 11584), T. Minnconiiis (V, 6953), .1/. Xenninius (V, 7915] ou Xemonius (XII, 3760, 3761), Q. Luccunins, XII, 218 (ou Liicconius, VI, 2714, et XIII, 5010). Comme excejdion 1res rare, on [teut citer \ ibius Veamonius (V, 7856), tandis que Veamonus est employé comme cognomen dans Alilin \ eamona (V, 7813). Les formes en onius, uiiins dans la table même sont très souvent des gentilices romains qui se sont combinés avec le sullixe anus.
6. Au mol Albitemius s'opposent les simples Caepliema, Berigicma de l'inscription de (lénes (V, 7719, 1. 8 el 19).
7. Ccnai'in de Crnnvn, Laevin de Lnevns (Laevi, Ligures de la région du Tessin), i'ccia, Veccius, gentilices formés sur Ucco, Uccus et \'ccco.
uns ont été épargnés par l'influence latine; les autres ont déjà reçu son empreinte.
De LA CRISTALLISATION DES PLUS ANCIENS NOMS DE LIEUX.
Parmi ces noms de lieux indigènes, beaucoup peuvent désigner des objets ou des groupes d'objets, des qualités, des aspects, des plantations de la terre. Pourtant, à l'examen des radicaux, il apparaît que certains remontent à des noms de personnes. Bien plus, ce sont ces noms de personnes eux-mêmes. Avant d'employer, pour désigner le fonds romain, le nom du propriétaire associé au suffixe anus, on a combiné plus volontiers celui-ci avec d'autres suffixes; mais surtout on a pris le gentilice lui-même, non pas comme un substantif, mais comme un adjectif capable à lui seul de qualifier la possession'. Dans la table de Yeleia, on rencontre ainsi de ces terres désignées d'un simple gentilice romain*. Comme les mots indigènes en ms jouent dans l'onomastique régionale le rôle de gentilices, il est très probable que ceux de l'inscription sont en partie des noms de citoyens, d'âge récent, qui se sont transmis, sans changement aucun, aux fonds que ces néo-romains possédaient.
Mais, quelles que soient les périodes où s'implantèrent sur le sol ces termes ligures, ces noms locaux latinisés, ces premiers gentilices romains, les colonisations qu'ils représentent ont disparu depuis longtemps déjà. Kn moment où fut dressé le premier catalogue des terres dans la région, la dénomination officielle du fonds se formait à l'aide du gentilice et des suffixes anus ou acus^. Si les premiers propriétaires s'étaient perpétués en des descendants du même nom, les terres auraient été inscrites au cadastre sous les formes ordinaires. Le nom indigène transformé en gentilice aurait toujours pris la finale officielle. Si, au contraire, après la disparition des premiers colons, d'autres, romains,
1. W. Schulze, Znr Geschkhte lateinischer Eigennamen, p. 561 et 563.
2. 4, 41 : Fundus Alfla [Munatianus Ancharianus); cf. Travano cinn Alfiano et Ancariano, charte pour l'abbaye de Bobbio de 888 dans Schiaparelli, I diplomi di Berengario, p. 6, 1. 10; 6, 40 : Colonia Ferrania. Et surtout les noms de pagi formés sur des noms de personnes : Domitius , Julius, Valehtimis, Valerius, Velleius.
3. La forme acus existe dans la Gaule Cisalpine à côté de la forme en amis. Dans l'inscription, un vicus s'appelle Calurniacus, des fonds voisins Caturniacus et Çaturnianus,
avaient pris leur place et continué la culture, le fonds, qui aurait revécu par eux, aurait adopté leur nom. Il faut donc admettre que les mots désignant des biens, qui n'ont pas les suffixes ordinaires en anus ou acus, s'appliquent à des terres qui, au moment du cadastre, étaient libres, soit qu'elles l'aient toujours été, soit qu'elles aient été abandonnées.
Aussi bien le souvenir des premiers colons qui les exploitèrent est-il déjà évanoui. La plupart de ces noms de lieux ne vivent plus que d'une vie atténuée. Quelques-uns réagissent encore à toutes les règles de la déclinaison, du nombre et du genre. D'autres n'obéissent plus qu'à moitié. La plupart sont paralysés sous une forme fixe ou adoptent ici et là des formes différentes, des désinences diverses. Les contemporains de Trajan, qui emploient ces termes, ont perdu ou perdent le sens de leur valeur originelle. Le nom de personne variable devient le nom de lieu invariable. Comme à l'époque mérovingienne et carolingienne, les noms de fonds formés pendant la période romaine à l'aide d'un nom de personne et des suffixes anus, acus, se cristallisent déjà plus ou moins vite selon les pays, pour donner naissance aux noms actuels de village; de même les noms de terres préromains subsistent encore dans la région de Veleia, au temps de Trajan. Mais leur âge se révèle non seulement à leurs radicaux, à leurs suffixes étrangers, mais aussi à leur rigidité partielle ou complète. Ce sont des mourants ou des morts, témoins d'une colonisation disparue.