SES TRANSFORMATIONS. — SON ÉTAT SOUS TRAJAN
Des origines locales de la propriété.
Le plus grand nombre des fonds connus par l'inscription portent un nom composé sur un gentilice. Les citoyens auxquels ils le doivent sont d'origine diverse. Les uns furent des Italiens que des assignations de terres individuelles attirèrent en ces montagnes dépeuplées parles guerres et l'exil en masse des Ligures'. D'autres vinrent des colonies de la plaine voisine : car, si des Gaulois s'installèrent dans l'Apennin de Veleia, il est bien probable que les colons de Plaisance les y suivirent ou les y accompagnèrent^. D'autres, plus nombreux peut-être que les noms de la table ne permettent de le supposer, furent des affranchis qui reçurent de leurs anciens maîtres un bien qui leur permît de subsister en leur liberté nouvelle^. Enfin, parmi les indigènes euxmêmes, les uns gardèrent leur ancien nom plus ou moins latinisé; mais beaucoup, peu soucieux de porter la mémoire de leurs origines, adoptèrent un gentilice nouveau, d'aspect bien romain. Selon toute vraisemblance, la propriété veleiate n'eut^as, comme celle des régions où furent installées des colonies, à subir, une ou plusieurs fois, de bouleversements totaux ou subits. Le sol s'y prêtait mal. Parmi les possesseurs qui donnèrent leur nom aux
t. Veleia ne fut pas une colonie, mais il est très possible qu'en son territoire on ait fait des assignations de terres viritim. En cet Apennin ligure, dont la pauvreté décourageait le colon, les Romains eurent souvent à repeupler systématiquement. Pline l'Ancien ne dit-il pas du territoire A' Album Ingannum (Albenga) qu'on y distribua trente fois des terres (Pline, N. H., III, 46)?