Voir p
rain de l'immense opération censuaire qu'entreprit cet empereur. Il reposa sur un cadastre général des terres de la cité. Car, si la propriété privée seule avait fait l'objet d'une simple déclaration, inscrite en un livre foncier, les terres libres de tout temps ou vacantes n'auraient pas été enregistrées. Plus tard seulement, à mesure qu'elles auraient été appropriées à la culture, usurpées ou achetées par des particuliers, elles auraient pris dans les revisions du cens le nom de leurs possesseurs. Il n'en est pas ainsi. Acquises et exploitées par un citoyen, elles gardent l'appellation générale qu'elles avaient comme terres incultes. Pour que ce nom se perpétue ainsi, il faut qu'il soit aussi intangible que ceux des fonds primitifs, qu'il ait été gravé comme eux sur une forma, carte cadastrale qui représentait tous les territoires aménagés ou non à la culture, objet ou non de la propriété privée.
Des DIFFÉRENTES ESPECES DE TERRES; LES COMMUNAUX.
L'inscription de Veleia, en conservant le souvenir de ce premier cens, nous donne quelque image de la situation foncière qu'il enregistra. Les terres se partageaient entre les fundi et les saltus. Les uns comme les autres pouvaient être de pleine propriété, mais si le saltus, avec ses pâturages et ses forêts, était le plus souvent du domaine immédiat ou éminent de la cité, le fiindus, cultivé lui-même, était quelquefois installé sur le territoire municipal et reconnaissait les droits de la république veleiate par le paiement régulier d'un vectigal^. Une fois cet impôt acquitté, le possesseur du fonds ou du saltus é\Q.\X quasi-propriétaire, puisqu'il avait la faculté, qu'il exerce au temps de Trajan, de déclarer des biens vectigaliens en garantie d'engagements pécuniaires qu'il assumait envers l'Etat.
En cette terre de montagne, le fonds cultivé était rarement bâti. Du moins, l'inscription ne signale-t-elle que peu de maisons sur les biens 2. Il se peut que la grande propriété en ait détruit,
1. Il est en effet remarquable que certains propriétaires qui n'engagent que des fonds en une seule série soient soumis au vedigal. Ces fonds sont donc des terres vectigaliennes. Voir, par exemple, les engagements 38 et 40.
2. Les deux sénatus-consultes Hosidien (44-46 ap. J.-C.) et Volusien (56 ap. J.-C.) sont dirigés contre la spéculation de ceux qui détruisaient les maisons pour en vendre les matériaux. Il s'agit aussi des édifices ruraux {ruinis domum villarumque, C. I.- L., X, 1401, 1. 10).
que les contemporains de Trajan n'aient pas toujours cru devoir engager la maison d'un fonds en même temps que la terre'. Mais il est plus probable qu'autrefois comme aujourd'hui l'habitat était concentré en villages, en vici, et que le cultivateur se rendait d'eux à son fonds pour le cultiver. Même les maisons déclarées sont souvent.de si faible valeur qu'on est en droit de se demander si ce ne sont pas seulement des étables ou des remises, et non des demeures pour l'homme.
Le fonds est quelquefois engagé avec des dépendances. Les unes sont des parties d'autres fonds qui se sont, avec le temps, associées à lui 2. Mais les autres lui appartiennent primitivement. Ce sont les communiones. Ces commuiiîones sont toujours attenantes au fond, où elles ont les mêmes voisins que lui. Pourtant elles ne sont pas, comme lui, aménagées à la culture. L'inscription témoigne elle-même une fois que ces communiones sont des forêts 3. Mais, là même où elle ne dit rien de leur nature, on s'aperçoit, en considérant le milieu où elles s'étendent, que ce sont des bois ou des pâturages. Presque toujours les biens qui possèdent des communiones sont découpés en d'anciens saltus^, au voisinage des frontières du pagus, près des marches qui les séparent -^ Le fonds dont elles dépendent a été défriché aux limites de la forêt ou du pacage. Les communiones sont les terres incultes qui lui sont attribuées.
Il ne faut pourtant pas se tromper au mot et considérer les communiones comme des communaux dont les propriétaires d'une môme région auraient leur part. Ce qui distingue les communiones du communal moderne, c'est qu'elles touchent toujours au fonds. Plusieurs biens peuvent avoir droit sur elles, mais ces
1. L'immense propriété qu'est le /'. CaOardiacus velus devait avoir sur son sol (les maisons autour du sanctuaire de la Minerve Cabardiacensis (cf. C. I. L., XI, 1301 et 1306, et en général les inscriptions, XI, 1292-1308).
2. Merides (2, 14; 3, 2 et 8; 6, 97; 6, 86; 7, 15); sur le sens du mol, voir A. Schulten, Hermès, 1906, p. 5. Locus ngrL 4, 43. Les debelli, 4, 39; 3, 73; 7, 37, doivent être dos pAturages; ce mot ne se retrouve pas ailleurs.