‹ La table hypothécaire de VeleiaChapitre 54 sur 84 · et · texte numérisé non relu

et

3. 2, 54 : le f. Messianus est engagé pour 1/3 + 1/24. Or, un 1/3 = 8/24; 1/3 + 1/24 = 9/24, soit 3/8. Dés lors, l'indication du fractionnement la plus simple était 1/4 (ou 2/8) -|- 1/8. Si la fraction est ainsi produite, 11 faut que l'élément de la division ait été le 1/24 et qu'au moment du partage du fonds il ait fallu distribuer des parcelles de la superficie ou de la valeur du 1/24. On pourrait multiplier les exemples.

LA PKTITE PnOPRiÉTÉ ROMAINE. 67

sans l'indication de ces tractions, que la table de Veleia, d'oidinaire, se fait si grand scrupule de noter avec exactitude?

Il faut chercher l'explication de cette apparente anomalie dans la tenue même des livres fonciers. Sur la forma primitive était rédigé un catalogue des terres détaillé qui était le commentaire de cette carte cadastrale. Mais, pour enregistrer les groupements, les divisions de la propriété, il était nécessaire, alors comme aujourd'hui, de posséder un second livre annexe du premier, sur lequel était noté, à côté du fonds primitif, son histoire. S'il se partageait entre plusieurs propriétaires, s'il s'associait à d'autres terres, le livre des mutations tenait à jour le récit de cette évolution.

Venait un moment où la fortune immobilière devait être recensée. Le fonds divisé, les fonds groupés, les parcelles associées de fonds différents étaient inscrites au nouveau cens et formaient dès lors, quel que fût leur passé, des unités. Sans doute, comme la forma était intangible, celles-ci gardaient le nom des terres élémentaires dont elles étaient constituées, et l'on pouvait, par retour aux anciens registres, remonter jusqu'aux origines cadastrales; mais les catalogues du dernier cens servaient désorjuais comme de livres usuels sur lesquels l'administration recommençait à noter les transformations de la propriété jusqu'à ce que fut ordonnée une nouvelle mise à jour de l'état foncier. Et c'est ainsi que dans l'inscription de Veleia une partie des mutations est définitivement reconnue, mais dillicile à découvrir. Au contraire, les plus récentes, moins nombreuses sans doute ([ue les anciennes, sont provisoirement attestées par l'inscription jus([u'à ce (juc survienne un cens qui les régularisera, mais les ellacei-a presque. I>es revisions cadastrales permettent, en elî'el, de se représenter le groupement des parcelles, mais non pas la parcellisation môme.

Ainsi à elle seule l'association en un seul fonds de plusieurs terres n'est pas un indice des progrès de la grande propriétés Il est tout à fait remarquable <jue. sauf exception, les fonds composés n'ont guère plus de valeur (ju'nii f(»nds simple moNeii. Le gr(uipement apparent des terres n'est, en réalité. (|u'une recoiuposition de leurs parcelles.

Il y eut donc au premier siècle une période oii la petite |)i((piiété fut t rès vivMiite. on |;i liille fut active entre les agi u iillems

d'un même pagus pour l'acquisition des morceaux du sol. Le fonds primitif a pu s émietter, mais il se recomposa de pièces. La petite propriété ne se détruisait pas. Mais partout son axe se déplaçait. En ce sens, la théorie de Mommsen méritait d'être corrigée.

Menaces de la grande propriété.

Au début même du second siècle, cette petite propriété se perpétue. Sans doute, l'inscription ne nomme plus pour les biens qu'elle signale que quarante-sept propriétaires. Mais dix encore possèdent moins de 70,000 sesterces; huit autres de 70,000 à 100,000 sesterces. Ce sont des fortunes médiocres. En outre, à côté des individus qui s'engagent, plus de 200 sont leurs voisins^. Or, les fonds déclarés sont si souvent des parcelles des biens primitifs que ces voisins ont dû très souvent posséder les autres parties. Ainsi, aux 300 propriétaires contemporains d'Auguste, on peut en opposer 250 contemporains de ïrajan. A s'en tenir à ces chiffres, on pourrait estimer que la situation foncière n'a guère changé dans la région.

Mais d'autres chiffres protestent aussitôt contre cette conclusion. Parmi les quarante-sept propriétaires qui s'engagent, presque les deux tiers possèdent plus de 100,000 sesterces. Cinq ont encore le cens équestre, quatre autres le cens sénatorial^. La plus grande partie des fonds s'est concentrée entre les mains de quelques grands possesseurs. En face d'eux, il reste peut-être presque autant de petits propriétaires qu'il y en avait un siècle auparavant. Mais alors ces puissants domaines n'existaient pas. Pour se former, ils ont pris le meilleur des anciens biens. A côté d'eux, il ne subsiste plus que des parcelles. La petite propriété, sans compter beaucoup moins d'hommes, a conservé moins de ressources.

Surtout son personnel est différent de l'ancien. Si l'on suit les

1. On ne peut donner qu'un chiffre approximatif. Car plusieurs l'ois le même genlilice revient et l'on ne peut afDrmer, en l'absence du prénom ou du cogtiomen, s'il s'agit toujours du même personnage.

2. Pour Coelius Verus, il déclare en deux fois (3, 12, et 7, 37-44) 843,000 sesterces et 150,000 sesterces. En outre, il engagea, entre les mains de Pomponius Bassus, d'autres biens qui ne sont pas énumérés. Sa fortune foncière dépasse donc le million de sesterces.

deux listes des noms de fonds et des noms de personnes, on constate qu'il est assez peu de propriétaires du second siècle qui s'appellent du même gentilice que ceux du premier. Mais, quand des noms semblables apparaissent sur les deux tableaux, et le cas est encore fréquent, ils ne se rapportent pas à des gens du même pagu.s. Quand cette correspondance existe, il est quelquefois bien peu vraisemblable que le contemporain de Trajan soit le descendant de l'autre. Ses biens ne sont pas toujours dans la même région du pngus, ou bien son cognomen indique assez qu'il est affranchi et n'a pas d'ancêtres. En l'espace d'un siècle, la petite propriété n'a pas seulement perdu ses positions territoriales. Elle a dû faire appel à d'autres éléments. Ces nouveaux venus sont moins attachés au sol qu'ils exploitent que les descendants d'une vieille race paysanne. Moins riches que les anciens possesseurs du pays, moins solidement fixés que les héritiers des familles locales, ils succomberont plus facilement sous les attaques de leurs puissants voisins.

Répartition de la propriété suivant les « pagi ».

Cette décadence de la petite propriété est plus ou moins sensible suivant les pagi. L'évolution qui menace de la faire disparaître est plus ou moins accentuée à mesure qu'on passe des territoires de montagne à ceux de la plaine. C'est donc dans le cadre du pagus qu'il faut comprendre cette transformation. Milieu naturel assez bien clos, canton d'étendue médiocre, il se prête mieux que la vaste cité de création artificielle à cette étude. La statisticjuc, plus proche des individus et des terres qu'elle dénombre, v peut mieux interpréter et corriger ses chiffres.

Aussi les apportera-l-on d abord en témoignage pour les pagi où l'engagement des biens est assez important pour permettre des conclusions sérieuses. Le nombre des noms de fonds primitifs donnera l'idée de l'importance de la petite propriété au moment où la fortune foncière fut, la première fois, recensée. Dans un aiitic cah-iii, an li(Mi de cotnpter seulement les noms différents, on estimera chacun comme une unité toutes les fois (|u'il se répc'lera. et l'on aura (juelque image de la parcellisation (hi soL l'insuitc, on piodiiirii le chiffre des exploitations reconnn<'s S(Mis Tr'ajan . Il icpicscntt'ia le picniicr rll'ort de la concen-

tration des terres qui compense leur division. Enfin, on donnera le nombre des propriétaires qui s'engagent en chaque pagus et celui de leurs voisins. Comparé aux autres, il indiquera l'état de la propriété contemporaine par rapport à son passé.

Mais" cette statistique locale, moins inexacte qu'une autre qui prendrait pour cadre la cité, ne doit pas tromper elle-même. Il ne faudrait pas accorder à ses chiffres trop d'importance et raisonner sur eux dans l'abstrait. En chaque série, ils prêteraient à une critique. Nous l'avons faite par avance en esquissant l'histoire de la petite propriété. Il suffit, pour frapper chaque nombre, de résumer nos conclusions. — 1*^ Les noms de propriétés ne sont pas tous formés sur ceux des propriétaires vivants au temps du premier cens. Il ne faut pas tenir compte des termes étrangers. — 2" Dans un même pagus, plusieurs fonds peuvent porter le même nom sans qu'ils aient d'abord appartenu au même propriétaire, à lu même famille. Surtout, s'ils sont le plus souvent des parcelles d'un bien primitif, ils peuvent cependant, par exception, être eux-mêmes à l'origine des fonds entiers. — 3° Par contre, les terres, groupées de nouveau en une seule unité, représentent souvent non pas la somme des fonds élémentaires, mais seulement un total de quelques parcelles. — 4° En ce qui regarde les propriétaires contemporains de Trajan, beaucoup déjà ne se contentent plus d'avoir des biens en un seul pagus. Ils dépassent ses limites. A les compter en chacun des territoires où ils sont possesseurs, on démembre leur domaine. — 5° Enfin, le caractère de la propriété sera tout autre si elle s'est formée autour du patrimoine familial, ou si elle est sans attaches ataviques avec le sol. Pour cela, il faut en quelque sorte connaître personnellement des individus qu'une statistique compte, mais ne nomme pas. Après toutes les divisions et recompositions de la propriété foncière, on pourrait retrouver sous Trajan le même nombre de fonds composés qu'il y eut autrefois de fonds simples, et tout autant de possesseurs qu'aux origines cadastrales. Et pourtant la propriété aura dans son ensemble subi une transformation radicale si les derniers propriétaires ne sont pas, sauf exception, les descendants des vieilles familles de colons. Ce sont là toutes nuances qu on ne peut demander à des chiffres de marquer.

Aussi, en les produisant, on doit se rendre compte de leur valeur toute relative. Ils donnent une idée précise des transfor-

mations foncières, mais celle-ci devient inexacte sans commentaires. Ces nombres amorcent la démonstration sans la faire. Inutile dans les pagi où les déclarations sont peu nombreuses, la statistique, qui peut servir dans les autres de point de départ à l'étude, a besoin d'être contrôlée, corrigée à l'aide dés données concrètes qu'offre assez libéralement l'inscription. A l'aide des noms de propriétaires et de fonds, on peut retrouver souvent la trace des familles, connaître la condition des individus; par l'étude des vicinités, on arrive en certains pngi à se représenter le milieu local où se développe chaque domaine.

I. DIANIUS. — Bien qu'il y ait très peu de terres engagées dans le pagus Dianius, il semble pourtant qu'on doive le prendre pour type du pagn s de montagne, où la petite propriété primitive s'est le mieux conservée. On soupçonne qu'elle vit là dans un milieu sympathique où elle n'a pas à redouter les entreprises des grands acquéreurs du soP. Tandis que dans les pagi voisins, en Statiellus et Velleius, les Annii et Coelius Verus tiennent les saltus, et que Coelius Verus pénètre même dans la région des fonds, il n'y a pas en Dianius trace encore de leur intrusion. Les propriétaires qui font profession sont parmi les plus petits qui veuillent profiter de l'argent mis à la disposition des Veleiates pai" Trajan. Ils déclarent 50,000 à 58,350 sesterces. Autour de leurs fonds se pressent des voisins modestes qu'on ne retrouve pas en d'autres /?«^i. Plusieurs noms de lieux gardent peut-être souvenir de l'effort d'anciens colons indigènes. Mais la toponomastique romaine elle-même témoigne fju'au moment du premier recensement la culture était exercée par leurs descendants. Au temps même de Trajan, les noms de Valeriiis Vecciiniiis ^ cVAllelii prouvent bien que la vieille race liguro-celte restait attachée au sol. Enfin, qu'ils soient fils de Ligures ou de Romains, les Valerii, les Voturii, les ("lodii sont des familles de ceux qui jadis

1. Les fonds l'filerianiis et Metilinnus et Tuflimts et Cladinnus et Veturianus dfi L. Liciniiis doivonl (Mre voisins de f. Vflerinnnx Gennvin et lAreoleuciis de \j. Veturiiis Severus, (jui est attenant à des biens des Clodii et de iJcinius, noms qui autorisent ce rapiirochernenl. En outre, L. Velurius Severus est l'intermédiaire de L. Lieinius pour l'en};a>;ement de ses biens. La troisième propriété a |)our voisins trois Vfilrrii. Elle peul ilonr èlrr' dans le voisina;;e des deux antres. Or, parmi tous eps noms, on ne voit pas a|»parailre un seul ffui soit celui (l'un des grands projiriélaires de l'inscriplion.

exploitèrent les fonds Valerianus, Veturianns, Clodianus. En Dianius, la vieille propriété subsiste et n'est pas menacée.

II. ALBENSIS. — Elle fut en Albensis très florissante. Quarante noms de fonds s'y répètent soixante-dix fois. Ils sont de nouveau groupés en trente-six biens appartenant à huit propriétaires qui ont dix-huit voisins ^. Ces chiffres donnent l'idée d'une première colonisation romaine active, d'une division assez intense des terres, qui se recomposent de façon à retrouver presque l'ancien équilibre. Si dans le compte des propriétaires du pagtis on place ceux qui sont signalés comme voisins , il y a déjà au temps de Trajan une concentration de la propriété. Elle est plus frappante si l'on admet que les huit propriétaires qui font profession ont accaparé la plus grande partie du sol. — La situation de la petite propriété est bien plus grave encore qu'on l'imaginerait à la simple comparaison des nombres. Les hautes terres aux limites du pagus vers Minervius, Statielliis et Velleius ont été enlevées à la jouissance commune des habitants du pagus par quelques nouveaux venus, les Annii, Coelius Verus, Q. Accaeus "Aebutius Saturninus. Au contraire, les fonds du centre se groupent de plus en plus entre les mains de deux familles, celles des Antonii et des Calidii, depuis longtemps fixées dans le pays. La petite propriété originelle se perpétue à côté de ces puissants voisins. Il y a un Albonius, un Atilius, un Decimius, des Virii, des Vettii, des Sextii et des fonds à leur nom. Pourtant il est remarquable que ces terres ne leur appartiennent plus entières et sont passées au moins en partie aux mains des Antonii et des Calidii. Tout au plus, comme voisins, ont-ils conservé une parcelle du fonds patrimonial. Aussi bien ces petits propriétaires sont-ils de toutes parts entourés par les grands. Si l'on met à part les Annii, Coelius Verus et Aebutius Saturninus, qui possèdent la région des saltus, et si l'on groupe sous de mêmes raisons familiales les cinq Antonii et les quatre Calidii, il ne reste plus dans le pagus que quatorze individus, dont quelques-uns s'associent deux à deux comme parents. Que peuvent-ils espérer, isolés les uns des autres, détenant seulement des parcelles du

1. On ne compte pas un /". Moternus et un f. Potenms. Ce nombre se réduit à trente-deux si on ne compte pas les noms étrangers. On a attribué au pagns Albensis seul le a. BUinia et ses dépendances, qui s'étend sur Albensis, Slntiellus et Minervms.

LA PETITE PROPRIETE ROMAl>E. 73

fonds de leurs ancêtres, en face de voisins puissants qui les enferment en un réseau serré? La petite propriété survit encore, mais elle ne s'est pas renouvelée d'un personnel nouveau. Les pâturages du pagus lui sont interdits. Deux vieilles familles achèvent de la détruire. Bientôt elle ne sera plus qu'un souvenir.

Ul. BAGIf'^NiVUS. — Au nord dWlhensis, en Bagiennits, vingt et un noms de fonds reviennent vingt-neuf fois, sont groupés de nouveau en quinze unités foncières qui appartiennent à huit propriétaires entourés de neuf voisins. Mais, si l'on déduit des noms de terres ceux qui sont préromains, il semble que la parcellisation n'ait pas été très active, que la recomposition des terres ait compensé leur morcellement et que les biens soient restés partagés entre un personnel assez nombreux de possédants.

Pourtant à l'analyse leur troupe s'éclaircit. Cornelia Severa est l'héritière de Cornélius Severus; elle a recueilli ses biens. Avec les Annii, Coelius Verus, Cn. Antonius Priscus, Licinius Cato, elle appartient à cette série de grands propriétaires qui ont des terres en plusieurs pagi et ne relèvent pas spécialement de Bagiennits. Dès lors, à côté des Appii, de Vicrius Firmus, des Meturiciali et de quelques petits voisins, il ne reste plus que les Naevii et C. Vibius, dont la fortune foncière soit en grande partie placée en Bagienniis.

De tous les individus (|ui déclarent des terres dans le pagus, un seul, C. Vibius, est certainement le descendant d'une vieille famille de la région. Seul il possède des fonds à son nom. Les Naevii, qui engagent six teri-es et trois colonies, semblent n'en avoir recueilli aucune de leurs ancêtres. Pourtant, ils sont établis dans la région depuis une génération au moins, puisque déjà leur pr<q)riété s'est partagée entre T. Naevius Verus, d'iine part, et C. Naevius et son |)ii|»illc. d ;uil ic part . La |)arc('llisal ion (h's terres recommence dans les terres des Naevii.

Ni eux, ni C. Vibius. ne sont si riches. L Un n Cnnauc (juc 155,000 sesterces, les autres fifscinblc (|ue 200,000. Leurs voisins, les Appii, Fabius Firmus, les Meturiciali. (',. \ i( rius l'^irmus, doivent avoir beaucoup moins de ressources, (.es |)clit<'s cl moyennes fortunes sont menac(''es. Cornelia Scvna sinvrilh-

C. Vibius; l(îs .\nnii et Cn. .Vnloniiis l'iiscus î>iicllrril It-s Xarvii.

74 LA TABLE HYPOTHÉC VIRK DE VELEIA.

Ces grands propriétaires, venus de l'extérieur, risquent de détruire à leur profit ces domaines qui, sauf une exception, ne semblent pas défendus par de vieilles familles attachées au sol.

IV. DOMITIUS. — Il n'y a pas en Domifins moins de quarante-sept noms différents répétés cinquante-six fois, groupés en trente biens que déclarent quatorze propriétaires. Ceux-ci ont quinze voisins. D'après les statistiques, les terres se seraient peu divisées, déjà fortement concentrées, réunies pourtant encore sous Trajan entre les mains d'assez nombreux individus. Mais les petits et moyens possesseurs qui déclarent leurs terres sont peu nombreux. Sur les confins àwpoifus, les Annii, Coelius VeruSj Afranius Apthorus, Sulpicia Priscilla ont mis la main sur les saltus. Dans la région des fonds, un parent des Antonii à'Albensis, renonçant presque au partis familial, est venu s'installer récemment en Dumitius et de toutes parts menace ses voisins. Ceux-ci ne peuvent guère avoir de force de résistance . A peine deux ou trois sont-ils des descendants d'anciens possesseurs. Les autres sont des nouveaux venus. Parmi eux apparaissent en Domifins des affranchis : L. Cornélius Helius, L. Cornélius Onesimus, Fisius Dioga, T. Naevius Titulius, Volumnius Crescens et Volumnius Verecundus. Mais ces propriétaires de date récente ne sont ni assez nombreux, ni assez riches pour résister à l'attaque de puissants maîtres de terres qui bordent leurs confins,

V. AMBITREBIUS . — En Ambitrebius, on connaît cinquante biens distincts à l'origine, nommés soixante-cinq fois. Ils entrent dans la composition de trente-six fonds déclarés par six propriétaires contemporains de Trajan. Outre ces six personnages, il est fait mention de vingt-trois autres propriétaires comme voisins des premiers. Les cinquante fonds originaires sont presque tous de nom romain. Ils se sont assez souvent maintenus indivis. Ce n'est que dans le nord, au voisinage du pagu& Vercellensis, qu'ils ont subi d'importantes divisions, de grosses concentrations. Pourtant, le personnel des possédants s'est transformé. Il n'y a plus que sept individus qui aient un nom semblable aux premiers colons. Encore n'est-il pas toujours bien sûr qu'ils en soient les descendants. Car, parmi ceux qui s'engagent, un seul, Lucilius Collinus, porte un nom qui se retrouve dans la toponomastique

des fonds au voisinage même de sa propriété. C'est le plus petit propriétaire du pagus qui déclare ses biens. Son domaine ne déborde pas les limites du pagus. Un autre, médiocre encore, celui de Volumnius Memor, est dans le même cas. Mais le reste du paijus se partage presque entre quatre gros possesseurs dont les biens s'étendent à'Anihiirebius sur les pagi environnants. Il n'y a place entre leurs fonds qui s'associent que pour de chétifs voisins.

VI. VERCELLENSIS . — Avec \e pagits Vercellensis, on aborde déjà la plaine de Plaisance. Bien que la propriété n'y soit pas fortement engagée, bien que les déclarations ne portent guère que sur les terres voisines à'Amhitrebiiis, il semble ([ue la situation foncière y soit tout autre qu'en Amhitrehiiis et dans les pfigi de montagne. A côté de Volumnius Epaphroditus, de Coelius Verus, de Cornelia Severa, de Mommeius Persicus qui possèdent des biens aux confins des àewx pagi, il y a de très nombreux voisins. Il en est peu qui soient fixés au sol par leurs ascendants. Au contraire, un grand nombre sont d'origine servlle. A côté de Castricius Nepos et de G. Pomponius, dont les ancêtres possédaient peut-être autrefois les fundi Castricianus et Pomponianiis, il y a des alTranchis comme Clodius Graptus, Fisius Yacinthus, Olia Calliope, Volumnius Crescens. Une propriété nouvelle s'est formée, remplaçant l'ancienne. Ces petits possesseurs semblent être de force à résister aux grands.

Vil. JUNONIUS. — A l'est du val Trébie, en Jnnonius, ils se maintiennent aussi, l'^n ce pagus, quarante-neuf noms de terres sont répétés soixante-trois fois, réunis au temps de Trajaii [xuiidésigner trente fonds simples ou complexes qui appartiennent à six propriétaires entouiés de vingt-neuf voisins. Sur les quaranteneuf noms, sept seulement, <jui sont étrangers, n'ont pas désigné des colons romains. i,<'s i)iens se sont divisés assez, lorlcmciil . mais leurs parcelles se sont gi-oiqx'cs do nouveau au j)oiiil ([ue les unités foncières déclarées sont moins nombreuses qu à I (»iigine. Au moment où fut rédigée l'inscription, le morcellemcnl , attesté cette fois explicitenicnl p.ii elle, a si bien repris sur ces nouvelles terres qu'on doit en attribuer des parts aux vingl-neul voisins dont les possessions limitent celles de six possess<'urs engageants. |*;ii mi (•(■ii\-ri, ,\l iliiis S;iluriiiiiiis seul est un paiixii' piopiiet ail'c.

qui ne déclare que le fundus Fonteianus, au prix de 50,000 sesterces. Les autres sont de plus grands personnages.- Mais leurs biens, sauf ceux de Virius Nepos, sont dispersés en plusieurs pagi. Ils sont quelquefois en Junonius voisins les uns des autres; cependant, la continuité de leurs domaines est interrompue presque partout. Ceux qui leur disputent le terrain doivent être, pour la plupart, des nouveaux venus à la culture du pagus. Il n'est qu'un fundus Attianus au nom des Attii. Encore est-il bien incertain que ce soit un ancêtre de ces personnages qui ait désigné la terre de son gentilice, car ce gentilice est fort commun. Les autres n'ont pas d'attache ancienne au sol. Beaucoup portent des cognoniina d'affranchis. Des Atilii s'appellent Adulescens, Palamenus et Saturninus ; un Priscus, Palamenus; un Valerius, Adulescens; un Volumnius, Verecundus. Publicius Senex, grand propriétaire du pagus Herculanius , dont le nom même indique l'origine, possède une tprre en Junonius.

VIII. FLOREIUS. — La situation est à peu près semblable en Floreius. Trente-huit noms de terres, dont six étrangers, reviennent quarante-six fois et se combinent pour désigner vingtdeux fonds engagés par neuf propriétaires qui ont dix-huit voisins. La division du sol a été largement compensée par la recomposition des parcelles; mais, de nouveau, presque tous les fonds simples ou complexes se morcellent et appartiennent en partie aux dix-huit voisins des neuf engageants. Sauf Granius Priscus, qui déclare ici presque toutes ses possessions, les grands propriétaires Coelius Verus, Dellius Proculus, Maelius Severus, Mommeius Persicus y ont peu de biens et laissent libres beaucoup de champs où les petits, nombreux, peuvent se déployer. De ceux-ci, il n'en est aucun dont le nom se reconnaisse dans la toponomastique des terres.

IX. HERCULANIUS . — C'est déjà aux limites de Floreius, vers Herculanius, que deux affranchis, Valerius Parra et Petronius Epimeles, ont acquis leurs biens. Les engagements sont ici moins importants que dans les pagi de montagne de l'ouest et du centre. En aucun pourtant, on ne se rend mieux compte de l'état de la petite propriété, de sa maladie et de la résistance qu'elle y oppose. Deux personnages, Virius Fuscus et Publicius Senex, y déclarent toute une série de fonds, l'un sept, l'autre vingt. Or,

ceux-ci portent presque exclusivement des noms simples. Souvent, ils ont cette valeur moyenne de 40,000 sesterces des biens qui semblent avoir échappé à la division. Avant donc que L. Virius Fuscus et P. Publicius Senex en viennent à les accaparer, ils étaient exploités par de petits propriétaires qui ont subitement disparu. Pourtant, tous ne sont pas morts. Les survivants, très nombreux, se maintiennent aux confins de chacune des terres déclarées. Presque jamais celles-ci ne sont attenantes l'une à l'autre. Presque jamais leurs deux propriétaires ne sont voisins. Ceux qui les séparent ont bien rarement des relations anciennes avec le sol qu'ils cultivent. Ici comme en Vercellensis, les affranchis ont succédé sur le terrain aux vieux propriétaires. Les Aurelii (Aurélia Exorata et P. Aurelius), Avillia Philaena, les Olii (Olius Crescens et Olius Pudensj, Petronius Servandus, Publicius Seninus, Sulpicia Erato, Volumnius Carpus et bien d'autres sans doute sont des descendants d'esclaves.

Il est impossible de suivre la petite propriété dans les autres pagi, où à peine, ici et là, quelques fonds sont engagés. Aussi bien les analyses précédentes sulîisent-elles à nous donner une idée de son état. La colonisation romaine primitive ne se maintient plus guère qu'ici et là, par exemple en un pa^us écarté de montagne. Ailleurs, le personnel des petits possesseurs a du se renouveler complètement, se recruter en partie parmi les anciens esclaves. Ces nouveaux venus ne semblent devoir résister avec quelque chance de succès que dans les pagi voisins de la plaine, sur le sol des collines subapennines, où l'exploitation de la vigne est favorable à leur défense. Mais, dès qu'on pénètre dans la montagne, ils cèdent le terrain : ici pas à pas, comme en Jiinoniiis. là d'une brusque retraite, comme en Domitius devant Antonius. Dans tous les hauts pagi de l'ouest, la partie est perdue pour la petite propriété.

Il est arbitraire de déterminer des limites entre la petite, la moyenne et la grande propriété. L'évaluation de la fortune foncière varie suivant les temps et les lieux. Il semble bien pourtant qu'au temps de Pline on puisse compter un fonds de 50,000 sesterces • comme sulHsant à la vie, de 100,000 comme capable d'assurer l'aisance '-' et la considération'' dans le cercle de la cité, de 200,000 comme l'assiette d'uiie prospérité moyenne. Avec le cens équestre, on dépasse déjà les bornes ordinaires d'une richesse locale. Avec le cens sénatorial, on peut faire figure dans l'Etat. On considérera comme grands propriétaires ceux dont les déclarations atteignent et dépassent 200,000 sesterces, sans pourtant s'interdire de choisir quelques exemples parmi les gens de ressources déjà plus médiocres qui semblent rêver de grossir leur domaine suivant les procédés chers aux grands maîtres de terres.

Ces propriétaires engagent, sauf exception, tous leurs biens disponibles. Plus ils en possèdent, plus ils reparaissent souvent dans d'autres professions comme voisins. Or, quand on cherche à replacer chaque fonds en son milieu, on s'aperçoit que ce sont généralement les mêmes qui sont ici déclarés et servent là de limites. En outre, la formule de l'engagement semble impliquer pour chaque possesseur une profession générale de ses terres, et cette impression devient certitude dans les cas où l'on soustrait de la somme déclarée le prix de biens qui ont fait l'objet de professions antérieures. C'est de la fortune foncière totale qu'on défalque cette valeur.

1. Cest le prix d'un grand nombre de fonds élémentaires, le moindre qu'engagent les propriétaires veleiates.

2. Pline fait don à sa nourrice d'une terre estimée 100,000 sesterces {Ep., VI, 3).

3. C'est le cens du décurionat à Côme (Pline, Ep., I, 19, 2) et peut-être dans les autres cités (Mommsen, Droit public, VI, II, p. 451j. Mommsen ajoute [ilnd., n. I) : « C'est à un taux de 100,000 sesterces que se lie l'idée d'homme ayant de la fortune; 100,000 sesterces sont la limite des petites successions, tant d'après la loi Voconia... que pour raffranchi. »

Le prix du sol est toujours calculé net, déduction laite des impôts, des dettes qui le grèvent. Quelquefois aussi, c'est une richesse familiale partagée entre plusieurs parents. Sur les cinq Antonii, quatre s'engagent, et, si chacun d'eux n'apparaît pas gros terrien, leurs fonds, autrefois groupés sous un seul chef et divisés par héritage^, ne sont pas loin de valoir 1,000,000 de sesterces'-. D'après leur exemple, on peut soupçonner que les Calidii^ et les Granii^, dont un seul déclare respectivement 203,530 sesterces-' et 148,420 sesterces", possédaient ensemble beaucoup plus. D'autres individus sont plus riches qu'une seule déclaration ne le laisserait supposer. C. Coelius Verus s'engage pour 843,879 sesterces^, mais il l'avait déjà fait deux fois auparavant*^. Il a plus que le censsénatoriaP. Cornelia Severa, quiprofesse l,i32,150sesterces'O, est l'héritière de Cornélius Severus, qui possédait encore un saltus de 350,000 sesterces", si bien que sa légataire dispose de 1,500,000 sesterces. C'est la plus grosse richesse individuelle de la région. Il en est ainsi trois autres qui dépassent le million de sesterces*^.

Ce ne sont pas là des fortunes très fortes pour le début du second siècle. Pline, qui parle, sans doute trop modestement, de ses ressources mesurées [mudicae facilitâtes^^), était en état d'arrondir une seule de ses terres par l'achat d'un fonds de 3,000,000 de sesterces**. Mais ces richesses sont énormes pour un pays très pauvre. Les terres estimées couvrent de vastes éten-

1. Tous ces Anlonii soni souveiil voisins les uns îles autres, si bien (|u'on doit supposer qu'il s'esl fait enire eux un partage de terres autrefois réunies.

2. 919,030 sesterces, mais Antonia Sabina (1, 70) n'est signalée que comme voisine.

3. Calidius Proculus qui s'engage. Calidius Prisons, Calidius Verus, Calidius Vibius CO.

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