C'est le mémoire publié ici
XII DE PACHTERF (fÉLIX GEORGEs).
graphie d'Oran^ Mais il fallait songer à « réaliser », achever la thèse commencée qui, seule, pouvait lui ouvrir l'enseignement supérieur. Pour cela, il avait besoin des bibliothèques de Paris. Et voilà pourquoi, quittant la douceur de son foyer, laissant sa famille en Algérie auprès de ses beaux-parents, il se fit mettre en congé pour l'année 1914.
L'Ecole normale l'accueillit une seconde fois. Pendant un an, De Pachtere se montra le meilleur des agrégés préparateurs. Il était, pour les « historiens », un camarade plus âgé qui leur communiquait le fruit de son expérience avec plus de familiarité qu'un professeur, plus d'autorité qu'un égal. Il vivait à l'Ecole, avec les élèves, et de temps en temps les prenait avec lui pour expliquer un texte, développer un point intéressant. Mais surtout à l'un ou à l'autre, dans un coin de la bibliothèque, en causant, il glissait un conseil ou passait un renseignement. Il a rendu ainsi des services modestes et précieux, et les survivants de cette génération se rappelleront, j'en suis sûr, avec une reconnaissante émotion cet « archicube » sans façons qui, rien qu'en vivant près d'eux, savait les former, les suivre, et sut en effet les suivre même là où un si grand nombre d'entre eux s'en sont allés.
La guerre survint. Il n'eut pas le temps de revoir sa femme et sa petite fille qu'il adorait, et il partit pour Reims comme sergent au 132* d'infanterie. Son nouveau métier le prit tout entier. Dès le début, au dépôt, il est le principal collaborateur de son commandant de compagnie. Faisant fonctions d'adjudant, il organise tout, prévoit, se débrouille, surveille, toujours debout, toujours en mouvement pour remuer cette masse inerte d'hommes dépaysés, arrachés à leur foyer. Il est éreinté, parfois découragé, mais il se reprend vite; ces hommes, il ne suffit pas de leur donner du pain, de quoi se coucher et se vêtir, il ne suffit pas de les équiper et de les répartir en sections et en escouades. Il faut encore leur insuffler une âme commune, entretenir la flamme qui est en eux, se faire le gardien de leur moral, car c'est avec le cœur qu'on fait la guerre. Ce rôle plus élevé, il l'assume dès les premiers jours et il le remplira jusqu'à la fin. Il fait des causeries sur l'origine du conflit et aussi des théories pratiques sur la vie du soldat en campagne. « C'est prodigieusement intéressant », écrit-il. Mais il aspire à autre chose qu'à cette vie de caserne.
Le jour désiré arrive enfin. Le 29 août il est « dans une tranchée, dans l'attente du baptême », et il se demande avec un peu d'anxiété : « Quelle tête vais-je faire? » Ses chefs n'avaient là-dessus nulle inquiétude, ses amis n'eurent aucune surprise. C'était l'époque des mauvaises nouvelles; il était bien trop énergique pour s'abandonner au découragement, et le