‹ La table rondeChapitre 22 sur 25 · CHANT XVII · texte numérisé non relu

CHANT XVII

Pages 36 1, 362 et 363.

Mais de ce trouble aussitôt revenus.

Lisez ainsi ce morceau refait en partie :

Mais de ce trouble aussitôt revenus , Les chevaliers et les guerriers d'Artus Ont, à sa voix, rougi d'un tel outrage. Tous, hors Gauvain , qui courait mal exprès ,

(Contre Tristan et Lancelot qui enlevaient Genièvre,]

Sur deux guerriers qu'ils poursuivent de près Pensent saisir un facile avantage.

Ce fut alors que le regard des cieux Vit un spectacle à jamais glorieux :

Vers le château de la joyeuse garde Gourant guider Genièvre qui tremblait, Tandis que l'un des héros l'escortait, L'autre toujours faisait 1 arrière-garde. Il signalait son bras entreprenant, Bravait cent fois la mort en la donnant , Puis revenait , quand sa main était lasse , Vers son ami , qui reprenait sa place.

Cette manœuvre illustra leurs exploits Aussi souvent que l'année a de mois.

Et cependant ils gagnaient de l'espace.

Mais ils voyaient, toujours plus poursuivis,

A chaque instant croître leurs ennemis;

Et leurs coursiers, contre une telle ligue,

Sentaient l'ardeur céder à la fatigue.

Se retournant alors, les deux héros

Ont à-la-fois montré leurs fronts terribles;

Et , mesurant les trois meilleurs chevaux ,

En ont choisi les maîtres pour rivaux.

Ceux-ci, frappés de coups irrésistibles,

Tombent. Le reste, en sa course arrêté,

De quelques pas recule épouvanté.

Eux, saisissant 1 instant que leur ménage

Un tel succès, avec vélocité

Des trois vaincus recueillent l'héritage;

Tous deux, laissant à regret leurs coursiers,

En montent deux, excellents destriers.

Bravant l'effort des ennemis sans nombre ,

Sur le troisième, encor plus souple et fier,

Genièvre aussi s'élance sous leur ombre,

Et tous les trois partent comme l'éclair.

Comment conter, comment pourra-t-on croire,

Un tel combat, cette fuite-victoire?

Des deux héros les rivaux en fureur

Croissaient toujours et de nombre et d'ardeur.

Mais sans frémir l'un et l'autre contemple

Un tel danger et de tels assaillans.

Plus dune fois, montrant leurs fronts vaillans,

Il leur fallut faire encore un exemple

Sur les plus fiers et les plus iusoleus.

Les voyez-vous, dune odieuse rage

( tardant Genièvre et ses tendres appas ,

Cheveux épars, défier le trépas?

Et tous les deux, beaux comme le courage,

Ils s'écriaient : Non , vous ne l'aurez pas.

Puis ils couraient, la carrière agrandie,

Joindre et garder Genièvre plus hardie.

Vous le sentez : sur la route tous deux

Laissaient des flots de leur sang généreux ;

Mais pour le cœur, ils en avaient de reste.

Jls souriaient au péril manifeste ;

Ils prodiguaient les faits miraculeux;

Et si par fois l'un d eux, dans la détresse,

Sentait son bras un peu moins affermi ,

Un seul instant dissipait sa faiblesse :

Tristan avait regardé son ami ,

Qui regardait, au besoin, sa maîtresse.

Mais les voilà, ces secourables tours

Qui vont garder leurs cœurs et leurs amours .

Leurs ennemis, dont la foule s'écrie,

A cet aspect redoublent de furie.

Mais les héros ont redoublé d'effort.

On ne peut pas périr si près du port.

Malgré le nombre et malgré les blessures

Que trahissaient leurs sanglantes armures .

Vous eussiez vu ces amis valeureux

Multiplier leurs coups aventureux.

Leurs écuyers guettaient leur arrivée.

Le pont-levis se lève derrière eux.

Ils sont vainqueurs, et Genièvre est sauvée.

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