TANT APT
bien l’histoire de votre famille, Monsieur le comte Raymond Lamiral de Thiais ?
Le jeune homme était devenu très-pâle; il ne répondit . point à cette question.
— J'ai idée, poursuivit Esther, en baissant la voix malgré elle, que là-bas en Bretagne d’où vous venez, comme ici à Paris, on a jeté sur le passé un voile impénétrale,
— Allez vous le déchirer pour moi? demanda Raymond avéc effort.
— Je ne saurais, répondit la belle fille, dont la voix changea encore une fois, je n’ai pas le mot de l’énigme, je ne l’aurai peut-être jamais. Tout ce que je puis dire, c’est qu’il y a du sang au fond de cette histoire, du sang et des montagnes d’or. Cette maman Marquis dont nous parlions tout à l’heure serait peut-être à même de vous en apprendre davantage. Figurez-vous que ma mère était juive, je ne sais pas trop si mon père est chrétien; mais moi j'aurais fait une musulmane achevée. Je crois que tout est écrit d'avance là-haut ou ailleurs, et que nul d’entre nous n'échappe à sa destinée. Votre père était comte; on lui a volé des millions; ces millions sont quelque: part, et vous attirent à votre insu. Quoique vous en : ayez, et si désintéressé que vous puissiez vous croire, vous êtes entraîné par le drame de ce sang et de cet or. Chaque pas que vous avez fait au hasard de votre vie
4 Elle eut tout à coup un rire nerveux qui donna à sa
béauté un caractère étrange et presque menaçant. * Raymond la regardait en silence.
|. 1 LT Vous m’écoutez, mon pauvre troubadour, reprit-
elle, parce que vous espérez toujours que je vais enfin
ki
… drame, elle y est plus avant que vous : le drame lui
vous parler d’Angélique. Angélique est aussi dans ‘le
e par-dessus la tête. Je l’ai vue, ce soir, quiessayait, F$ tu moment de partir pour le bal de l’hôtel Schwartz, … un très-joli burnous de cachemire, envoyé par sa grand’-
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te qui habite loin de Paris, en Anjou, dit-on. Cette nd’tante, c’est encore le drame. Personne ne l’a jamais ER
. Le burnous de cachemire, j'ai entendu Minerve, la mulà- © tresse, grommeler entre ses dents : « Maîtresse 1’aime A “nl cadeaux-là, ni celle qui les fait. » Mattresse, c'est LA
a comtesse Athénaïs, mère d'Angélique. Sa mère?
longues dents blanches derrière ses lèvres en deuil. Elle nous guette, vous et moi; elle se doute de quelque chose, et je l'ai vue de mes yeux flairer les lettres que vous déposez si imprudemment sur le balcon de votre ange. Elle les tourne, elle les retourne et c’est tout, parce qu’elle ne sait pas lire, mais il y aura un cou tordu dans cette aventure-là ou une cervelle broyée, c’est moi qui vous le dis!
Esther s’interrompit brusquement pour prêter l’oréille.
Raymond demanda d’un accent snppliant :
— Angélique vous a-t-elle parlé de moi ?
— Ecoutez! fit Esther au lieu‘de répondre :
Un groupe s’approchait, venant du péristyle de l'Opéra, et on entendait des voix qui appelaient Raymond.
En même temps, un grand laquais descendait le perron de l'hôtel Schwartz en criant avec majesté :
— Les gens de M. le baron de Chauffour!
— Un mot, un seul mot! dit le jeune homme en pressant la main d’Esther.
Celle-ci l’écarta sans façon.
— Pas-une syllabe, répliqua-t-elle, il y a temps pour tout; désormais ce sont mes propres affaires qui sont sur le tapis et vous me gènez, seigneur cavalier. Adieu.
Elle ajouta, en s'adressant au groupe qui battait la rue :