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mienne, donnent sur le même jardin, seulement le jardin
est à elle, et moi je n’ai que le pot de fleurs qui est sur
mon balcon. Mais les jardins vont et viennent comme | tout ce qui se vend et ce qui s’achète; on assüre qu'il y É aura bientôt des affiches sur la porte de Me la com- ‘à tesse.
— On se trompe, interrompit le baron sèchement.
— Savoir, fit Esther, moi je crois que c’est vous qui vous trompez. En tout cas, le jardin me va, l’hôtel aussi, et si mon mari tient à me plaire, je le prierai de me faire ce cadeau-là. :
-— Il est donc vraiment question de vous marier? demanda le baron, qui ne put réprimer une intention de moquerie.
— Mais oui, il en est très-sérieusement question, ré-
pondit Esther.
— Et comptez-vous pour cela sur certain bon billet?
— Souscrit par vous? non. J'ai mieux que votre si- | gpature. Et en vérité j'ignore pourquoi cela vous fait sourire, mon cher monsieur Chauffour. J'ai vécu libre-
ment, c'est vrai, et bien fin sera celui qui jamais me tiendra prisonnière, mais je suppose que je ne vous ai | jamais fourni prétexte de me regarder avec cet aîr per- ; siffleur. Je n’ai fourni ce prétexte à personne, entendez-
vous? À vous et à tous ceux de votre sorte j'ai toujours
dit 207. Il y avait sur la terre un homme, un seul, à qui
y j'aurais peut-être dit oui, mais celui-là ne m’a' rien de- . mandé. Et pour en revenir, aucune baronne, depuis que . le monde est monde, n’aura porté si haut que moi, le - jour de ses noces, le bouquet de fleurs d’oranger.
—Abhl ah! fit le baron, dont la voix trahit une cer- 1 ri taine inquiétude, vous allez être baronne ? | — Est-ce que je n’en vaux pas bien la peine ? répliqua Esther qui se reprit à marcher. Je suis belle, c’est vous qui l’avez dit, je suis honnête.
— Certes, balbutia le baron, mais.
. — Mais quoi? |
. — Rien qui puisse vous désobliger, ma chère enfant, répondit Chauffour, qui prit cette fois le ton d’une affectueuse bonhomie, je voulais seulement savoir le motif
de cette communication, un pareil jour, à une pareille heure. Serais-je assez heureux pour vous être utile en quoi que ce soit ?
— Naturellement, reprit Esther avec gaieté, les gens comme vous sont toujours très-utiles quand ils ne sont pas nuisibles. Dans la circonstance, vous pouvez être plus qu’utile, je vous regarde comme indispensable.
+ Elle riait à son tour et poursuivit en piquant chacune à de ses paroles.
Ce "
bin A — J'ai eu l'honneur d’être distinguée par vous; vous | m'avez fait la cour. À | — Démandez, mademoiselle, interrompit le baron avec un peu de brusquerie. Si vos prétentions ne sont Æ pas trop élevées.
ch, “8 Esther s'arrêta de nouveau.
__ — Mes prétentions sont toutes simples, prononça-t-elle
d’un ton sérieux et rassis, je vous ai repoussé, autrefois, A depuis lors, j'ai changé d'avis et je vous accepte. Le baron fronça le sourcil pour tout de bon.
__ — Vous acceptez quoi ? balbutia-t-il.
* — Ce qu’un honnête homme peut offrir à une honnête fille : votre cœur, votre main, votre nom. = L $ = Le baron Chauffour fit un pas en arrière, et son 76208 | gard interrogea les alentours, comme s’il se fut attendu | à voir des gens apostés sur les trottoirs voisins. L'idée d’un guet-apens lui avait traversé l'esprit. … Mais la rue était complétement déserte ;iln'y avait là que John en train d'arrêter le coupé à une quarantaine er de pas. | PR 3 Le baron jura en anglais et en français, puis il dit :
— Nous avons écarté cette folie : ma promesse. Je suis prêt à vous la payer ce qu’elle vaut en argent. Quant à : mon nom, quant à ma main...
k 4 et vous en convenez? ù ë — Allons done, s’écria le baron que la colère prenait, ns si l'on insultait toutes celles à qui on propose une affaire — Prenez garde ! fit Esther en baïssant la voix. — Vous êtes une folle, conclut brutalement Chauffour, allez au diable !
Il voulut tourner les talons, mais la main d’Esther, AA forte topime celle d’un homme, le retint par le bras. 4 dira. Prenez garde! répéta-t-elle, vous me connaissez. Plus l'entreprise est extravagante en apparence, mieux ‘ vous devez croire que je ne m’y suis pas embarquée légè- rement. Vous ne pouvez pas m’échapper, baron, je vous J'ai dit, j'ai‘un talisman.
— Quel talisman ?
#4 Eten — Une histoire.
2 — Quelle histoire ? 3
L M — Elle serait bien longue à raconter, mais on peut vous en dire du moins les premiers mots. M'écontez-
| vous?
— J'écoute.
RES 1 y avait une fois une jeune fille, blonde comme
ee” l'or et belle comme l'amour... Mais j'ai oublié de vous
= “ire d’abord le titre de l’histoire, elle s’appelle 4 Tache
sue À
|csstttt
fi Le baron tressaillit violemment et porta ses deux
AL. # à * mains à son front comme si une ivresse subite l’eût fait
chanceler. | — Le titre produit déjà son effet, dit Esther sans rien perdre de sa tranquillité ironique, mais l’histoire vaut encore bien mieux que son titre. La jeune fille avait tout ce que les fées, réunies autour d’un berceau, peuvent donner à la plus charmante des princesses, mais il y avait sur sa gorge d'ivoire une place que la main d'un enchanteur cruel avait marquée.
— Taisez-vous ! gronda lé baron Chauffour en proie à une agitation extraordinaire : vous mentez ! Ses jambes tremblaient et sa voix s’arrêtait dans sa gorge.
— Sous le sein d’albâtre de la jeune fille, poursuivit | Esther paisiblement, juste à la place du cœur, la main du méchant génie qui, dans notre histoire, a pour nom Le Crime, avait tracé un signe funeste et si extraordinaire… ; À di — Taisez-vous! répéta le baron, dont la voix râlait. Puis tout à coup, cédant au transport d’une colère fu- Le F rieuse, il se rua sur Esther comme une bète fauve, essayant de la saisir par le cou pour l’étrangler. | La belle fille esquiva son atteinte, et le baron, inca-
pable d’arrêter son propre élan, alla se heurter contre le .
tr
mur de la maison voisine.
— Tu mens! gronda-t-il pour la troisième fois en se Et relenant des deux mains à la muraille.
— Je savais bien, dit Esther qui gardait son impitoya-. ble sang-froid, j je savais bien que l’histoire valait encore z Inieux que le titre; mais vous en avez assez entendu pour aujourd’hui, monsieur le baron; nous remettrons la Suite à un prochain numéro, s’il vous plaît.
= — John! appela-t-elle, here, John! votre maître n’en . peut plus, mon garçon; il doit avoir bu beaucoup de punch cette nuit. allons ! plus vite que cela !
Fr he coupé s’approcha au trot, et John descendit pour
prendre le baron entre ses bras.
Celui-ci se laissa conduire sans prononcer une parole à la portière de son coupé.
. Ce fut Esther qui dit en caressant l’encolure du che- "val.
— Menez-le se coucher bon train, mon garçon, mais regardez de temps en temps à l’intérieur pour voir si … par hasard il ne lui surviendrait point une attaque d’a- 4 poplexie. Ce serait fàcheux. Vous m’avez bien reconnue, n'est-ce pas ? »
-— Yes, grommela John, miss Esther Jéricot.
rès-bien ! Quand M. le baron s’éveillera, vous lui direz qu’il aura bientôt de mes nouvelles.
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