DEUX LETTRES
Elle était loin, la joie qui brillait naguère dans le regard de maman Marquis. |
Ce mot prononcé par hasard, tandis qu’elle regardait le portrait d’Angélique : «sa mère » avait dù réveiller un navrant souvenir.
Mais elle”se cramponna, de parti pris, à l’allégresse présente pour repousser la douleur passée, et de nouveau son sourire répondit aux jeunes gaietés du por-
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— Elle me ressemble aussi, murmura-t-elle en dépliant la lettre, et je puis bien au moins baiser ceci tout
‘ à mon aise, sans crainte d'effacer l'écriture. Chère petite
main ! cher petit cœur d’enfant! tu n’es pas né encore aux soucis de la vie! Elle parle de son mariage comme elle parlait voici deux ans de sa dernière poupée. Elle n'a pas peur de ce mariage. On dirait qu’elle n’y croit pas.
Elle s’interrompit pour ajouter d’une voix changée :
— Voici donc le moment venu de rentrer dans la vie. 11 faut veiller sur elle sérieusement et de près. Je ne songeais pas à cela, moi ; pour les vieilles gens le temps passe si vite! je la croyais encore enfant, et la voilà fiancée !
— Ah! s’écriat-elle en‘un élan de vaillance fanfaronne, il ne s’agit pas d’être malade, je vais me soigner, je vais me guérir, et je serai en temps et lieu sur la brèche !
Dans un mouvement qu’elle fit pour se mettre tout à fait sur son séant, le portrait s’échappa de ses mains et glissa hors de la couverture.
Ce n’était pas une petite affaire que de se pencher pour le ravoir.
Devant cette difficulté, maman Marquis retrouva toute sa bravoure et se mit à rire franchement.
— Les médecins me diraient : «Ne bougez pas, ». “2
pensa-t-elle tout haut en rassemblant ses forces pour tenter cette laborieuse épreuve de se pencher hors du
lit : j'en ai eu des médecins, et de toutes les couleurs !*
mais maintenant, je n’ai plus le temps de me regarder souffrir. Sans parler de ma petite- fille, qui doit avoir un ange gardien, il faut qué la maison marche, ici; c’est la vie demon Adèle, la petite bourse de mon Angélique, c’est le gagne-pain et la première mise.
Son bras, qui pendait au dehors, parvint à toucher le
tapis ; elle ne pouvait pas avancer la tête, et sa main cherchait à tâtons sur la moquette.
— Le voilà ! s’écria-t-elle en rencontrant un premier papier. Bah! la mauvaise chance ne peut pas toujours durer ; il y a si longtemps qu’elle loge avec moi, la mauvaise chance !
L’effort qu’elle fit pour ramener sa main lui arracha un.eri de souffrance.
— C’est plus enflé que je ne croyais, avoua-t-elle à
contre-cœur, on dirait qu’il y a du feu là-dedans... Eh
bien! j'aime mieux que ça vienne justement de cet homme-là! il est notre malheur. Ça devient par trop fort aussi, ça use le guignon.….
… Elle s’interrompit et s’écria, en regardant le papier que’sa main avait pèché sur le tapis.
— Miens ! le facteur est venu !
vAutlieu du portrait, elle avait relevé la lettre qui por-