‹ La Tache Rouge, volume 1Chapitre 31 sur 86 · ER RES · texte numérisé non relu

ER RES

ITS LA TAGHE ROUGE tait un timbre de province et qui était adressée 4 M°° Marguerite. :

Son premier mouvement fut de l'ouvrir, et elle devait attendre quelque grande émotion de ce côté, car ses deux mains tremblaient en touchant l'enveloppe.

Mais il y avait de l’enfant chez cette pauvre petite femme ; elle glissa la lettre sous son oreiller et tenta un second effort pour ravoir le portrait.

Cette fois, sa main rencontra le pli de gros papier sale que la Bastien avait envoyé par Maniquet.

Cette seconde lettre était adressée à M®° Marquis.

La petite femme reconnut l'écriture, car elle murmura d’une voix où il y avait de l’épouvante :

— Qu'est-il donc arrivé depuis ce matin? C’est bien ce matin que je l’ai vue; et depuis quinze ans, elle me m'a jamais écrit qu’une fois ! M

Elle mit la seconde lettre avec la première, et, s’obstiant à sa tàche, elle glissa jusqu’au bord du lit pour voir où était le portrait.

Elle le ramassa et le fit rentrer dans son enveloppe, après avoir embrassé encore une fois les caractères tracés par la main de la jeune fille. à

Tout cela était fait avec lenteur, — avec la lenteur

. calculée des crédules qui hésitent au moment de con-

sulier un oracle. Dr

On eût dit que la petite femme craignait maintenant %

L De d'ouvrir les deux lettres qu'elle avait cachées sous son #} ‘chevet.

Elle les prit cependant, après avoir abrité de nouveau dans s sein l'enveloppe qui contenait le portrait de la Elle ne bavardaïit plus.

Elle déchira d’abord le cachet de la lettre qui portait

+ le timbre de Meulan, et qui était ainsi conçue :

« Maison des aliénés de Meulan, docteur Bélin, directeur.

« Madame Marguerite, à Paris, «Malgré la modicité de la pension payée pour Mr Adèle Lamiral, votre fille, elle continue d'être chez

LE l’objet de soins spéciaux qui vont sans cesse en sus:

… méultant, par suite de la constante aggravation de ‘son 1 état. ‘Déjà bien des fois, nous avons songé à vous rendre cette infortunée, que nous ne pouvons pas guérir ni

«Mais nous nous sommes toujours souvenus que M Lamiral était entrée chez nous à la recommandation de M. le baron Chauffour, cet homme respectable

qui fait vivre la moitié de notre pays par l F ru

de ses carrières, et dont les biens territori entent sans cesse dans l'arrondissement de es.

s'aug-

in conséquence, nous pat'enlous, craigoant de

- même soulager, au gré de notre bon vouloir. RER

mécontenter un grand propriétaire, un industriel toutpuissant, qui s’est montré jusqu’à présent le bon voisin de notre établissement.

« Mais il y a quelque temps, M. le baron vint visiter les travaux avec M”* la comtesse de Saint-Pierre d'Agave, à qui appartenait autrefois le domaine de la Maiïsonfort en Bonnières, et sa jeune demoiselle. Il témoigna le désir que deux nouvelles galeries fussent ouvertes pour porter les noms de ces dames. Les ingénieurs se mirent à l’étude, et la galerie Athénaïs va défoncer le champ Melaine qui joùte au sud-ouest de notre enclos, en contre-bas du mur mitoyen servant de clôture à notre principal potager. M. le baron n’a pas le droit d’en agir ainsi. Aux termes de l'enquête qui a précédé son entrée en exploitation, il lui est enjoint de protéger les propriétés riveraine par une marge considérable, et ce en considération de la qualité de nos terrains, qui se drainent d'eux-mêmes dès qu'on leur enlève l’appui du niveau de plan.

«Tont récemment, un exemple fächeux a démontré le bien june de l’enquête. M. le baron, ayant établi une g erie dans sc ; domaine de Maisonfort, tout contre la fhènevièze de -ean Leblond, en la commune de Bou- “ères, prit la/peine de faire construire un mur de re.\blaï qi #zxma la bouche aux plaintes dudit Jean

nd ; “dis, malgré le mur, solide comic un rempart

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de forteresse, la chènevière de Jean Leblond ne produit Plus que des orties. | « Nous avons grande confiance dans l'équité de nos 4

tribunaux, et la justice de notre cause ne fait pas l'ombre x d’un doute ; cependant nos conseils judiciaires nous ont Ne détourné de l’idée d’un procès, à cause de la grande influence de M. le baron Chauffour. 11 ; «Notre établissement n’est pas riche, et nous ne x ER * pourrions lutter contre un des plus forts propriétaires R: du département, contre un des industriels les plus puis- | £ 5 sants de la France. + 5 POLE « Parfois, les petits moyens sont les bons ; nous 4e avons pensé à vous, madame, qui habitez Paris, et *

Î qui seriez peut-être à mème de porter quelques pa- E. roles à M. le baron. Un ou deux puits de plus ou de | 288 moins sont peu de chose dans son immense exploitation; » on pourrait même dire que l'exploitation elle-même : est peu de chose au milieu de l’ensemble énorme de ses affaires. Eee de ; «Nous avons donc compté sur vous, madame, etsur otre bonne entremise, vous faisant savoir que si vous à ki | réussissez à nous être utile, nous consentirons de notre S 5 côté à garder encore la malheureuse M=° Lamiral, % malgré les émbarras qu’elle nous donne, sans aucun “3

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