‹ La Tache Rouge, volume 1Chapitre 41 sur 86 · MORE TMS PAGE ROUGE · texte numérisé non relu

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‘du matin jusqu’au soir en faisant sonner votre argent

prisonnier dans ses poches.

. Les tribunaux se sont occupés de ce scandale; ils lui ont dit : Dégonfle ta caisse et rends un peu d’argent, ne

füt-ce que pour nous donner une contenance à nous au-

tres juges.

Mais le vivant scandale n’a rien rendu et se promène, la tête haute, dans cette ville où le vol d’un sou met les

affamés en prison!

Il votait hier au Corps législatif. Les sentinelles portent : à

les armes à sa croix d'HONNEUR !

Je m’arrète, car une loi inique et qui va disparaître |

protége encore le coquin, doré par le pillage, contre la plainte de l’honnête homme dévalisé.

Les deux liasses les mieux chargées d’embonpoint, parmi celles qui encombraient maintenant la tablette du secrétaire, portaient des étiquettes semblables, et le

. même mot : indemnité, imprimé en caractères différents, se montrait en tète des feuilles qui, rompant l’alignement, laissaient passer leur extrémités roulées ou froissées.

Entre tous les maux dont les révolutions politiques et

financières ont tristement altéré le sens original, il faut

citer ce mot « indemnité, » auquel les délais administratifs et la convoitise des gens d’affaires ont donné une si-

sa M.

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wb,

SRE DATA PEER A Re CE Es due |! LA TACHE ROUGE

__” monter trop haut.

Que Dieu soit avec ceux qui comptent pour vivre sur la chose exprimée par ce mot!

Chimère des pays d’or, papier-monnaie, feuilles sè-

ches, tout vaut mieux que le leurre connu sous le nom

d’indemnité,

Il en coûte moins cher, en effet, de jeter le linceul sur un défunt que d’entretenir autour d’un malade incurable l’armée des médecins et des apothicaires.

L'une des liasses appartenait à l'indemnité des biens nationaux, attribuée par la restauration aux émigrés français, l’autre à l'indemnité accordée aux colons dé-. possédés de Saint-Domingue.

C’étaient, en tout et l’un portant l’autre, quelques millions, qui valaient bien désormais vingt-cinq centimes, au prix du papier chez l’épicier.

Qui était donc cette pauvre petite femme ?

Quel nom avait ce frêle et dernier débris d’une longue tempête, d’un implacable naufrage ?

Sa famille devait être un équipage perdu dont la bar-

| que avait donné contre tous les éeueils de cet orageux

océan qui fut notre âge.

D'où était-elle venue? ou plutôt d’où était-elle tomhée? En somme, la simplicité résignée, la gaieté presque gaillarde qu’elle mettait à soutenir sa lutte de tous les jours défendait à l'imagination d’aller trop loin, ou de

1 Ce n’était pas 12 princesse étrangère à coup sûr, on ne la devinait Française et Parisienne jusqu’au bout des 4 ongles. &' . Son aspect seul éloignait l’idée de tragédie; la tragédie, d’ailleurs, peut-elle persister à Paris, comblé de tant de vaudevilles?

A Mais d’où venait-elle, et qui était-elle ?

4 É. La chute d’un passsant dans la rue fait rire beaucoup x ” de gens, qui pourtant n’ont point de méchanceté dans É l'âme. Les romanciers dits populaires et les auteurs. de | bas théâtres, se servent journellement de ce moyen facile e poor exciter l’hilarité de leur public. | … On aime à dire patatras, c’est un fait aussi évident que à “à ie

* Dans l’ordre moral, en rit aussi volontiers, très-volon- | tiers même des vieilles personnes qui onf eu des mal- “7 1 Ce funeste mot malheur, appliqué à une portière, par ae

exemple, ou à une garde-malade conservant quelques ‘2 prétentions au beau langage, produit des gaietés homé- : | | riques. 0 On pourrait presque dire que la misère et le découra- DA gement sont des mines d’où l’on tire un comique déna- £ ph turé, mais inépuisable et apprécié surtout, chose bizarre, 16e à qui sont pauvres et menacés de perdre courage

u l’autre.

Paris rapin, Paris grisette, Paris étudiant, Paris madapolam et Paris crevé, tout ce Paris provincial qui pêche la vie quotidienne en eau cowrante et que le grand - : Paris, du haut de ses faubourgs nobles, regarde avec une curiosité protectrice dans les miroirs de nos Gavarni (le vrai est mort, hélas!) Paris qui essaye en vain de dorer sa jeunesse ou d’étamer son àge mûr, Paris qui doit sa redingote et son chapeau, son mantelet de velours ou son châle tartan, Paris d'aventures, en un mot, n’est et ne sera jamais qu’un vieil enfant mal élevé, dont les espiègleries surannées, rapiécées, usées jusqu’à la corde, peuvent être bien ou mal prises, selon l'intelligence, la

position et la moralité de chacun.

“ Cet âge est sans pitié, disait La Fontaine en parlant. d’aatres gamins. Le mot est vrai surtout lorsqu'il s’agit de la vieille enfance.

Ce Paris-là ne respecte rien, sinon le dieu de la chanson, par la grâce de qui le roi d’Yvetot s’empifire et # règne. On l’amuse, bon garçon.et bonne fille qu’il prétend + être, avec les balivernes des revendeurs d’esprit. Car l'esprit, vêtement de l’âäme, a son marché et ses trafiquants au rabais comme les étoffes magnifiques ou . grossières qui habillent notre corps, et finit en loque comme elles, à force de se dégueniller en passant d'é paules en épaules. AL:

Ce Paris-là, j'en ai bien peur, aurait trouvé n

: plaisanterie dans le tableau présenté par la chambrette me .de notre petite femme. :

| C'était drôle, ce vieux meuble baroque, tout sie de chimères soigneusement étiquetées, et c'était drôle aussi cette vieille femme remuant ce tas d'illusions avec le res-

pectueux émoi de l’avare qui baigne ses mains trem-

à blantes dans l’or de sa cassette. À

Oui, c'était très-drôle, d'autant que nous n’avons pas tout dit.

de: J1 y avait là autre chose que les parjures du passé, ily avait aussi les mirages décevants de l’avenir. . Le présent seul parlait vrai entre ces deux cohues de

| Loti et le langage du présent était souverainement ;:

I disait : faiblesse, maladie, abandon.

\i tous ces millions de la veille et du lendemain, CR

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