VO AOT UT FREE VE UT PT ER SA
— Qu’avez-vous? qu’avez-vous? demanda la petite femme en se penchant vers lui.
— Rien! ce n’est rien, fit encore’ Raymond dont la voix se brisait dans sa gorge; j'ai pleuré, c’est vrai, mais c’est fini.
Et comme de grosses larmes coulaient sur sa joue, il ajouta :
— Ah! tenez, pourquoi aurais-je honte avec vous, maman ? Sans le savoir, sans le vouloir, vous venez de me déchirer le cœur!
— Mais comment? mais pourquoi? s'écria la petite femme.
— Je n’ai aimé qu’une fois, je n’aimerai qu’une fois en ma vie,-et vous avez élevé une barrière infranchissable entre moi et celle que j'aime.
— Est-ce possible ! balbutia maman Marquis.
Et ses traits, au lieu d'exprimer le regret, peignaient plus d’espoir encore que de surprise. }
— Parlez! fit-elle avec pétulance, où est l'obstacle ? dites ! dites!
A travers ses mains, qui couvraient son visage, Raymond répliqua :
— Le sang de mon père.
Et comme maman Marquis restait stupéfaite, il ajouta tout bas :
— J'ai essayé de ne pas vous croire, mais la vérité a
été plus forte que moi : je vous crois en ‘aépit de moimême : vous avez dit vrai, M la comtesse de Saïint- Pierre d’Agave a, ordonné le meurtre de mon père, et M"°’ la comtesse d’Agave est la mère de celle que j'aime.
— Angélique, c’est Angélique! s’écria maman Marquis en un élan de joie qui dut paraître insensé; mon enfant, mon cher enfant, ai-je bien entendu? Dites encore cela, car ma tête est si faible! Je n’ai pas rêvé, n’estce pas? Vous, Raymond Lamiral de Thiais, vous aimez Angélique de Saint-Pierre d’Agave!
Raymond la regardait, étourdi par cette explosion d’allégresse qui lui semblait être de la folie.
Tout à coup elle voulut se lever, elle avait oublié sa blessure. L’effort qu’elle fit lui “arragha un cri, mais la douleur ne l’arrêta pas, et ses deux bras entourèrent le cou de Raÿmond, qu’elle attira sur son sein avec une force extraordinaire.
Elle riait, elle pleurait, elle disait : |
— Nous sommes sauvés ! c’est la main de Dieu! elle a bien tardé à s’abaisser vers moi, mais elle est là, je la reconnais. Jamais, entends-tu, mon fils chéri, en toute :
ma vie, je n’ai eu que du malheur. Chaque fois que j'ai …
tenté le sort, il a été contre moi, toujours, toujours! Ici enfin, il est pour moi, c’est mon premier bonheur, et chacun sait bien que tous les bonheurs se suivent! Ils.
le pied dans un trésor, que sais-je? Embrasse-moi
SE R aussi nombreux que les mauvaises chances d’a:
trefois. C’est la veine qui commence, la grande v e,
poursuivie depuis si longtemps : je le sens, j'en su sûre. Ma fortune morte va renaître, je vais me guérir :
je suis guérie! Mes numéros vont sortir, je vais mettre
donc, enfant, je te dis que Dieu a eu pitié enfin, je te dis que nous sommes sauvés, je te dis que nous allons être heureux !
M ae eus ue £ te2 r
e LA MARQUISE
| Raymond restait défiant et inquiet devant l’exagéra- À __tion de cette joie qui était pour lui du délire. $ — Tu me crois folle, reprit la petite femme dont l’atrh tendrissement allait jusqu'aux désordre, mais gardait. des allures espiègles et presque enfantines; tu ne m'as
jamais vue ainsi, el certes, je n’ai pas l'habitude de tu-
toyer mes pensionnaires, mais c’est que me voilà si con-
tente! ET né
à Raymond qui restait triste baïssa les yeux. x — Tu sais pourtant bien comme je taime, poursuivit