AI SOPRANO
à les entendre, elles sont comme des noix dans leur
brou; il n’y a qu’à les peler pour trouver l'ange !
— Elle disait vrai, prononça tout bas Raymond, elle -
ne ment jamais. C’est une étrange fille. Je l’écoutais, je la croyais et je me demandais ce qui m’empèchait de lui
rendre les deux mains pour les porter à mes lèvres et lui dire : Je vous aimerai, je vous aime.
Au-delà de ce grand jardin où les arbres dépouillés se balançaient lentement à la brise, il y avait un hôtel dont on apercevait la façade entre les branches. Je ne sais ras ce qui attirait mes yeux vers cet hôtel que je voyais pour la première fois; je ne sais pas pourquoi j'étais distrait, mais je sais que le visage d’Esther s’assombrit tout à coup et qu’elle jeta un regard irrité vers les fenêtres de l’hôtel en murmurant le nom d’Angélique. }
— C’est vrai, dit maman Marquis dont les prunelles brillèrent; des croisées de Victor Jéricot on aperçoit l'hôtel de Saint-Pierre d’Agave!
— Le soupçon d’Esther n’avait pas de fondement, reprit Raymond; il n’y avait personne aux fenêtres fermées de l'hôtel; mais comme si la colère de son regard eût évoqué la vision qu’elle redontait, une croisée s’ouvrit à l'instant même, au premier étage de l’aile qui se rapproche du Luxembourg, et un blond visage d'enfant apparut entre les rideanx relevés.
Ce qui se passa en moi, je ne saurais le dire; certes,
proie à une agitation extraordinaire, c’était mon premier
C7" SMS Re LA TACHE ROUGE ; :
NES je n’aimais pas cette enfant dont je distinguais à pêlne re les traits sous l’or de sa chevelure, et pourtant, quand je me retournai, Esther avait des larmesdans se yeux.
— C'était mon bonheur, murmura la petite femme en
borheur !
— Derrière la figure de l'enfant, reprit Raymond qui semblait rêver, un second visage se montra aussi sOmbre que le premier était radieux.
— La menace après la promesse! mu uura maman À Marquis, Minerve ! , net L — Minerve, répéta Raymond; Esther me dit le me dé la mulâtresse comme elle m'avait dit le nom de l'enfant. j Et tout à l'heure, quand vous m'avez raconté la terrible nuit du 23 au 24 septembre, j'ai compris pourquoi la première vue de cette malheureuse m'avait mis du froid dans le sang.
Ce fut tout. L’air était vif, la mulätresse, avec un mi de mère, éloigna la jeune fille de la fenêtre et jeta une mante sur ses épaules qui déjà frissonnaient.
Je ne vis plus rien, sinon Esther, qui, supiant / demanda : Reviendrez-vous ?
Je promis de revenir, et cette LÉ seublala
+ ds ER PTT
nues que j'eusse paséée jamais, tant j avais hâte d’être au lendemain matin. #
” Le lendemain, je ne voulais pas retourner chez Esther; quelque chose m’éloignait de cette maison dont le maître vous est connu, je le sais, et qui prêètait à quelques-uns d’entre nous de petites sommes moyennant de gros intérêts; mais une force plus puissante que ma volonté m’entraina jusqu’au seuil et je le franchis.
Elle m’attendait. Ses beaux yeux étaient battus comme
: par la fatigue des larmes. Ce jour-là je sus comment se
nommait la famille qui demeurait dans le grand hôtel. La troisième fois que je vis Esther, elle me dit :« Vous le venez pas ici pour moi.»
C'était si vrai que le rouge me monta au front. ‘ Elle me dit encore : J’ai bien souffert depuis trois jours; vous l’aimez, j'ai voulu en douter, mais l’évidence éblouit mon cœur en le blessant. C’est un de ces amours
qui ne meurent point, parce qu’ils sont nés fatalement. rt L Vous .aimera-t-elle comme je vous aurais aimé? Je le
souhaite, car mou plus grand chagrin serait de vous voir malheureux, et je crois 55 je me résignerai à n’ètre que votre amie. É
Je le répète, c'est une étrange fille. Je ne sais pas si où pourrait dire qu’elle est bonne. Je sais et j'affirme
qu’il y a de la grandeur dans son âme, tombée par dé-
-sespoir tout au fond d’une ambitietiée intrigue. J'ai de
l'affection pour elle et j'ai aussi de la .
car elle m’a servi comme le plus brave et le plus dévoué des amis.
J’ignorais encore hier comment M. Victor Jéricot s’était introduit à l'hôtel de Saint-Pierre d’Agave, Esther . me l’a dit ce matin : Jéricot procure de l'argent àla comtesse, qui est très-pauvre.…
— Très-pauvre, répéta maman Marquis comme un écho. | *
Puis elle ajouta tout bas : k
— L'or va toujours vers l’or, c’est l'autre qui a profité fngrime : l’autre tout seul!
— Esther, poursuivit Raymond, est de celles qui ne peuvent pas rester neutres. Il lui fallait traverser mon
amour ou le servir, et je crois que bien des fois elle fut
- sur le point de se mettre contre moi. Le besoin auquel
je cédais sans cesse de parler d’Angélique l’irritait et la faisait presque l’ennemie de sa rivale. e
Chaque jour, en ce temps-là, je me rendais au boin à à l'heure de la promenade, et je suivais de loin la voiture de M”° la comtesse de Saint-Pierre d’Agave, heureux quand mon regard avait rencontré celui d’Asgélique. Il me semblait qu’elle me reconi aissait à force de me trouver sans cesse sur son passage, et parfois. je m'imaginais que son sourire répondait à l’aveu timide qui s’échappait malgré moi de mes yeux.
en
Ps res Een
AA ‘y 8 à 7: [17 " de ni né ae * 420 è PAYS
Li)
* C'était Esther que je faisais la confidente de tous mes rêves et de tous mes espoirs.
Un matin, pendant que je lui racontais avec feu je ne sais quel aventure enfantine, la chute d’une fleur, je crois, qui s’était échappée du bouquet d’Angélique et que j'avais ramassée dans la poussière comme skelle eût été pour moi, Esther m'interrompit et me dit avec une rudesse presque brutale :
— Vous me faites pitié, Raymond; vous redevenez enfant à force d’adorer votre fade madone. Cette poupée vous rendra idiot ou fou !
Quoique je fusse habitué aux vivacités de sa franchise, elle ne m'avait jamais parlé ainsi, et j'allais me retirer offensé, lorsqu'elle me prit les mains en ajoutant :
— Je vais être présentée ce soir à M° la comtesse par mon père, qui croit que je meurs d’envie de voir M'° Angélique, et c’est pour vous que j'ai fait cela, Raymond.
Je baisai la main que je tenais, et, pour la première fois, j’eus un grand espoir, car il n’y a pas à dire, maman, cette Esther est une fée.
Quand je la revis, il y avait un sourire moqueur au: tour de ses lèvres.
— Elle est encore plus jolie de près que de loin, me
DNRPAUN