MS 0 LA TACHE ROUGE
ne sais pas lire. Prenez, maîtresse, vous ne me devez rien.
Elle déposa le billet sur la tablette du secrétaire, comme si elle eût compris la répagnance de la petite femme à le recevoir,de sa main.
Puis, se tournant vers Raymond, elle ajouta :
— Vous ne me devez rien non plus, maître, pour avoir soustrait à tous les yeux les lettres que vous déposiez sur sa fenêtre. Elles ont été à leur adresse depuis la première jusqu’à la dernière, car je sais deviner, si je ne sais pas lire. Ecoutez, je l’ai tenue petite enfant dans mes bras, je l'ai vu grandir et embellir; serait-il possible de dire comme je l’aime! Tout ce que je lemande, c’est qu’on ne lui apprenne jamais à me haïr, quand je serai morte, car je vous promets de mourir dès que je l’aurai sauvée |
Maman Marquis et Raymond étaient puissamment émus tous les deux; pourtant, ils ne répondirent ni l’un ni l’autre.
La mulâtresse attendit un instant, puis elle poursuivit d’une voix où il y avait des larmes :
— J'ai mérité cela : ce n’était pas une condition que je vous faisais : je la sauverais quand mème elle devrait détester ma mémoire. Mais pour la sauver, il ne faut pas attendre à demain. Voilà ce que j'étais venue vous
nine.‘ TS LS
* dire : demain elle aura quitté Paris, demain il sera trop
tard.
— On l’enlève!.…. balbutia la petite femme épouvantée :
Raymond s’écria, en franchissant d’un pas toute la distance qui le séparait de la mulàtresse :
— C’est donc ce soir qu'il faudrait agir! Comment faire ? :
Minerve répondit :
— Si vous voulez venir avec moi, je vous ouvrirai les portes de la maison pour vous conduire jusqu’à Angélique; si vous ne voulez pas, je la prendrai moi-même comme une chère enfant, et je vous l’apporterai dans
mes bras.
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