‹ La Tache Rouge, volume 2Chapitre 15 sur 51 · ES TS CRE · texte numérisé non relu

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mandie. Maïs attendez, je n’ai pas fini. Quand les domestiques, obéissant enfin, ont pris le courage de se former en troupe pour monter l’escalier de l’aile droite, ils ont trouvé toutes les portes closes et les serrures intactes.

— Toutes ? répéta M. Polydore.

— Toutes ! Par où diablé le mauvais plaisant d’acquéreur aurait-il introduit ses marionnettes ?

— Est-on entré dans la chambre du crime? demanda le chef.

— Voilà le curieux. Devinez qui est entré le premier ? M. le baron, blème comme un cierge et tenant un pistolet dans chaque maïn. Il n’y avait personne dans la chambre, seulement la poussière qui couvrait le parquet gardait des traces de pas : des pieds d’eénfant ou de femme.

— On a visité aussi les cheminées, je suppose ?

— On a tout visité, jusqu'aux armoires, et pendant qu’on s’occupait à cela, vous voyez bien ce treillage qui supporte la glycine, au retour du pavillon?

— Parbleu! c’est clair : le fantôme s’est évadé par là?

— Envolé plutôt, car ses voiles blancs ressemblaient

“à des ailes. On l’a vu traverser la pelouse comme si le

vent du soir l’emportait.

— Puis plus rien ?

— Si fait. Le baron a promis dé aute à celui qui

La

s’emparerait du fantôme, beaucoup d’argent, et tout le monde s’est mis en chasse. Il y avait des gaillards venus de Paris. Mais vous ne savez pas encore cela, patron : une demi-douzaine d’agents sous la conduite de l’inspecteur Vidal.

— Pour courir après le fantôme ?

— Où pour autre chose. Ils se sont mis en chasse avec les domestiques et les paysans, ils ont battu les charmilles, les massifs, et devinez ce qu’ils ont trouvé?

— Je jette ma langue aux chiens.

— Un joli petit fantôme, — un autre — tout blanc aussi, mais qui avait les cheveux blonds comme l'or, et qui était suivi par un troisième fantôme plus noir que la nuit...

— Il en pleut donc!

— On dit même qu’il y avait un quatrième fantôme, mais du sexe masculin.

— Ta parole! fit M. Polydore ct se frottant les mains, déjà!

— Vous devinez donc? demanda Boiteau un peu désappointé.

— Type de don Juan, repartit le chef, qui semblait être dans l’enchantement, tu peux rire de moi si tu veux, ça m'est égal. Tu n’as pas encore eu assez de succès auprès des dames pour m’apprécier. Ce bâtard de nègre jaune n’a que ce qu’il mérite, et la candide An-

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gélique n’a pas même attendu le conjungo pour... C’est superbe. Vive le quatrième fantôme !

— Et le quelque chose de sombre? Devinez- vous aussi ?

— Minerve ! parbleu ! Je te-dis que c’est magnifique ! Sait-on qui est le Lindor?

Au moment où Boiteau allait répondre, une voix de femme se fit entendre au-dessous d’eux.

Elle disait :

— Voilà une aventure bien mystérieuse ! Et les agents de Paris n’ont pas été plus adroïits que les paysans ? Mon père avait donc pris le dessous du panier? 11 connaît cette marchandise-là, pourtant : il aurait pu choisir.

M. Polydore se pencha.

Il vit juste au-dessous de lui, sur le balcon du premier étage, devant la chambre occupée naguère par la comtesse Athénaïs, une tête de femme coiffée de cheveux noirs abondants et soyeux.

— Esther Jéricot! fit-il; puisque la bonne pièce est revenue, voilà de quoi expliquer bien des diableries ! Ce n’est pas le château qu’elle veut avoir au rabais, celle-là, c’est le maitre lui-même.

Il se retourna parce qu’on frappait trois coups discrets à la porte de l’antichambre. k

C'était Antoine le concierge, qui s'arrêta en dehors du seuil et fit plusieurs saluts avant d’entrer.

— La santé de M. le chef est bonne? dit-il. Tant mieux. Il y a en bas un jeune monsieur très-bien qui prétend être le cousin de M. le chef.

— Son nom? demanda Polydore, qui avait pris une pose royale. J’ai beaucoup de cousins, et ils sont tous très-bien.

— Etienne. Etienne Poquet.

— Une des plus honorables familles du département de la Sarthe, dit Polydore avec bienveillance, étudiant distingué de la faculté de Paris. Bonne conduite, bel avenir. Nous le pousserons au conseil général, et même plus haut. Faites monter mon cousin.:. Non, attendez! dans cinq minutes seulement.

Antoine, au lieu de se retirer, tournait son bonnet entre ses doigts.

— Eh bien ! fit le chef.

— C'est qu’il y a encore une autre personne, dit Antoine, avec M. Clément, le valet de chambre : la demoiselle de l’automne dernier... Il se passe de drôles de choses ici, monsieur le chef.

— Je sais tout, répliqua celui-ci qui se redressa majestueusement, M. le baron est une pauvre nature; mais je l’arrêterai au bord de l’abime.. c’est dix minutes qu'il faut faire attendre le cousin. Val et ne crains rien : je veille sur vous tous, mes subalternes, que je ne crains pas d'appeler mes camarades,

Il se retourna, vers Boïteau, qui chantonnait à la fenêtre.

— Toi, reprit-il, ôte les housses des fauteuils au salon et déshabille le lustre. N'oublie pas la salle à manger, sors l’argenterie. Je vais passer ma robe de chambre rouge et or. Il faut que cet oiseau d’étudiant voie du premier coup la position qu’on a su se faire, et sans aller à l’école, encore!

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