‹ La Tache Rouge, volume 2Chapitre 23 sur 51 · DERRIÈRE LA DRAPERIE · texte numérisé non relu

DERRIÈRE LA DRAPERIE

La veille du jour où notre histoire s’est renouée loin de Paris, dans ce riant paysage des environs de Mantes, le château de la Maisonfort avait justement perdu ses derniers visiteurs.

Soit hasard, soit que la comtesse Athénaïs et le baron Chauffour, sentant venue l'heure d'agir, eussent éloigné leurs hôtes à dessein, la maison était solitaire et silencieuse pour la première fois depuis bien longtemps.

Au diner, on avait eu froid dans la salle à manger,

qui semblait énorme; chacun comptait involontairement autour de la table les places vides des convives absents.

La conversation languissait. Le baron n’avait pas ce qu’il fallait pour égayer cette tristesse, et la comtesse Athénaïs, qui était une brillante causeuse à l’occasion, paraissait préoccupée.

Angélique seule avait à peu près sa figure de tous les jours, car, depuis deux semaines, on la voyait bien souvent rêver.

Le repas fut court. On se réfugia afsalon, où un beau feu de charme pétillait dans la vaste cheminée,

Angilique se mit au piano.

Le baron et la comtesse restèrent en tête à tête au coin du foyer.

Angélique effeuillait le recueil les mélodies de Schubert.

— Vous souvenez-vous bien de mon père, madame? demanda tout à coup le baron qui sembla s’éveiller d’un sommeil.

La comtesse eut un sourire équivoque et répondit :

— Je n'ai garde de l’oublier jamais.

— Oui, murmura Chauffour après un silence, vous lui gardez rancune, 11 vous avait pris vos petits biens pour en faire une grande fortune. Dans son esprit, c'était là une revanche. Il a vécu heureux, il est mort respecté : c'était une remarquable intelligence.

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