‹ La Tache Rouge, volume 2Chapitre 32 sur 51 · LA LETTRE DE CHANGE · texte numérisé non relu

LA LETTRE DE CHANGE

Nous avons laissé cette belle Esther Jéricot, installée d'autorité dans la chambre que la comtesse Athénaïs habitait encore la veille, au château de la Maisonfort, et prenant tranquillement son déjeuner en compagnie du vieux Clément, valet un peu voleur, qui méprisait sincèrement son maître, mais qui lui était attaché par compassion.

En somme, un parfait domestique.

Clément croyait un peu au succès de la candidature

matrimoniale d’Esther, parce qu’il la savait superbe joueuse, capable de tout oser et très-exäctement renseignée sur le passé du baron Chauffour.

Etant donnée la faiblesse de ce dernier, l'énergie indomptée d’Esther avait chance d’emporter d’assaut la situation.

Dans l'opinion de Clément, il n’y avait point d'amour qui püt tenir chez son maître contre certaines menaces, autorisées en quelque sorte par la promesse de mariage, imprudemment donnée, puis reniée.

Ces écrits, à la vérité, ne confèrent aucun droit légal, et à cet égard la loi est si connue que les promesses de mariage ne trompent plus personne, même les ingénues qui ont la rage d’être trompées. L'usage s’en est à peu près perdu. Elles sont devenues rares et plus démodées que les « croix de ma mère. »

Mais au point de vue moral, c’est différent. Elles fondent à tout le moins un droit naturel de revendication.

La jeune fille qui porte à la main une pareille preuve de son malheur, peut amuser la gaieté cruelle LA Lou Juan jurisprudent aussi longtemps qu’elle supplie et qu’elle pleure; mais, chose bizarre, elle met les rieurs de son côté et don Juan lui-même, sitôt qu’elle trouve la force de frapper.

On fait cercle, alors, autour de don Juan battu; la ga-

Bo

LA TACHE ROUGE | gui

lerie n’a plus assez de mains pour applaudir à la déconvenue de don Juan. .

Les chapitres qui précèdent nous ont dit, à peu de choses près, tout ce que la bonne volonté de Clément putapprendre à Esther Jéricot, future dame de la Maisonfort et autres lieux. Pendant qu’il lui parlait du fantôme, elle sourit plus d’une fois en devinant que le vieux valet la soupconnait toujours d’ètre pour beaucoup dans cette apparition.

De son côté, Clément fut presque renversé par l’émotion profonde &’Esther, au moment où il fut question de Raymond Lamiral et de son aventure dans le parc.

— On: dit que c’est un beau mâle, ce lapin-là, pensat-il tout haut. Son père était diantrement joli homme, et le colonel Albert aussi : j'entends le père de M'° Angélique. Je comprendrais bien que tout en aimant le jeune comte, qui est pauvre, vous gardiez la tocade d’épouser les millions du baron. Ga se fait dans le grand monde, et ce ne serait pas la peine de se marier si on

as des connaissances en ville. Mais ce que je ne co nds pas, avec vos cils noirs et vos yeux d'Espagnole, c’est que vous engantiez ce mignon ténor avec Me Angélique, qui, sans vous offenser, est au moins aussi jolie.que vous. Ça c'est cocasse.

— Il Vaime... balbutia Esther, dont les paupières étaient humides. :

— Raison de plus. Vous n'êtes donc pas jalouse, vous? »

Esther murmura :

— La jalousie m’a fait pleurer des larmes de sang.

— Comprends pas, répéta Clément. Comprends pas du tout.

Esther passa le revers de sa main sur son front comme pour chasser une douloureuse pensée,

A cette heure, elle était belle merveilleusement.

— Il n’y a pas besoin que vous compreniez, Clément, dit-elle à voix basse. Ils seront heureux, c’est ma vo-

lonté. Peut-être que je n’ai pas de cœur. J'ai rêvé de :

toutes les choses folles et grandes qu’on peut tenter avec des millions. Je suis ambitieuse à force de souffrir. Femme, je serai ce que j'étais jeune fille : révoltée, mais

vierge. Je suis d’acier. Mon unique passion m’aura trem-

pée sans me ternir.

Clément toussa.

Esther ent un mouvement de fierté souveraine, mais, Ne

press

presque aussitôt après, son visage reprit une.ex de bienveillante indifférence, et elle dit, sans hâte ni colère.

— Continuez, Clément; il faut que je sache tout.

Pour le coup, le vieux valet comprit vaguement.

Il y eut une nuance de respect involontaire dans son accent quand il répondit :

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— J'ai presque fini, mademoiselle, et je pense bien qu’il faut ajouter aux motifs du départ d’hier la crainte que M. le baron avait de votre arrivée.

— Je le crois aussi, fit Esther, ou plutôt j’en suis sûre. Après?

— J'ai dû vous toucher un mot de la présence de votre papa au château ou dans les environs pendant presque tout le carème. Celui-là gagne rudement ses étrennes si on lui en donne. Il est le factotum et fait plus de chemin que le Juif-Errant. |

Hier au soir, au moment même où tout le monde était sens dessus dessous pour l’histoire du fantôme, M. Jéricot est arrivé de Paris avec des agents de police. On a même parlé de gendarmes habillés en bourgeois, et aussi d’un juge du ressort de Versailles qui est dans une auberge de Mantes.

Les agents ont donné la chasse au fantôme, sans plus de succès que les domestiques et paysans.

Ils n’étaient pas venus à la Maisonfort pour cette besogue-là, vous vous en doutez bien. Il s’agissait de mettre à exécution un mandat d’arrestation, peut-être deux, car Minerve a failli tomber entre leurs mains.

— Oh!'oh! fit Esther. Minerve! La guerre est donc déclarée tout à fait?

Ceci fut dit avec un intérêt très-vif et mêlé de satisfaction,

— Vous allez voir, répondit Clément. Quelques miputes après le départ de la chaise de voyage qui emmenaït on ne sait où la comtesse, le baron et M'° Angélique, Minerve descendit de sa chambre portant un paquet sur

. son dos.

Elle se présenta à la grille, et dit à Antoine qu’elle s’en allait parce qu’on l’avait chassée.

Il n’y avait là rien d'étonnant après le rôle qu’elle avait joué dans l'affaire de la charmille.

Antoine, le portier, lui souhaiïta bon voyage et referma la porte sur elle, car on ne l’aimait pas et chacun parlait tout bas de l’histoire qu’elle avait-eue en justice, il y a seize ou dix-sept ans, lors de l'instruction relative au double meurtre.

Elle s’était retirée de là plus noire encore que sa peau, et l’on s’étonnait bien de la protection que la comtesse et le baron lui avaient accordée; mais, comme disait John, le cocher : les maîtres s’attachent aux bêtes vicieuses.

Et Dieu sait les autres raisons qu'on pouvait donner, ce n’est pas moi qui vous en ferai la liste.

Dès que la grille fut refermée sur Minerve, Antoine, rentré chez lui, entendit du bruit au bord de l’eau. On se battait, c'était sûr. 11 y a de mauvais gars dans le pays. Antoine se dit :

— Ma foi, ça-la regarde, qu’on l’assomme.

Mais au bout d’un peu de temps, on sonna à la grille en demandant du secours.

Antoine ouvrit et vit deux des agents de Paris qui revenaient dans un triste état.

L'un d’eux avait la tête bien malade d’un coup d’aviron reçu au sommet du crâne, et l’autre frottait son bras qu’il ne sentait plus.

Ils ne dirent pas ce qu'ils avaient voulu faire à Minerve, mais ils requirent Antoine de les mener sur l’autre rive avec du renfort.

: Celui qui avait le crâne entamé grondait :

— C'est le diable que cette mauricaude !

Antoine détacha le grand bac, parce que le bateau qui servait aux dames pour se promener en Seine, n’était plus là.

Il passa quatre agents.

En route, il entendit les deux blessés raconter aux deux autres que la « vieille sorcière, » aussitôt qu’elle les avait vus sur son chemin, s'était jetée dans le bateau de plaisance et avait saisi une rame pour se défendre. é

Elle savait comment détacher la barque, car, .dès que les deux agents malmenés par elle eurent reculé de trois ou quatre pas, elle poussa au large et joua des avirons.

— Et, de l’autre côté de l’eau, demanda Esther, que se passa-t-il?

— Quand le bac prit terre, on ne voyait plus personne, et le bateau de plaisance, vide, descendait à la dérive.

Les agents se firent débarquer. Ils étaient armés, cette fois, mais quand ils sont revenus au point du jour, harassés et de mauvaise humeur, ils n’ont rapporté que le paquet de la mulâtresse, ramassé par eux au coin d’une haie.

— Alors, elle court encore?

— Oui, mais je ne crois pas qu’elle ait pris la peine de courir bien loin, car elle a été vue rôdant autour de la métairie de Jean Leblond.

— De ce côté-ci de la rivière ?

— C’est là, en Bonnières, fit Clément qui étendit le bras vers les jardins, à l’autre bout du pare, et j'ai à vous parler de cette métairie-là pour finir. Vrai, les agents de Paris n’ont pas eu bonne chance. On dit pourtant que M. Vidal, leur chef, est un malin. Il paraît que la ferme de Jean Leblond était le quartier général de l'ennemi.

— Quel ennemi? demanda Esther, qui souriait.

— Celle que vous anpelez maman Marquis et le bel amoureux d’Angélique, M. le comte Raymond. Vous pensez s’ils étaient bien logés là! M. le comte n’avait que le parc à traverser pour venir au rendez-vous de la de-

EN moiselle.

BEN Le

— Et leur présence dans le pays n'avait excité aucun soupcon ?

— C'était arrangé supérieurement, répliqua Clément, qui raconta en peu de mots le retour de la vieille mère émigrée et de son fils.

— Je ne sais pas, continua-t-il, si c'était le beau garçon ou la petite bonne femme qui avait inventé ce truc-là, mais il a marché sur des roulettes. Tout le monde se. souvenait très-bien des Leblond, qui étaient allés en Amérique chercher fortune. On a pleuré le mari mort, et à la paroisse de Bonnières, le premier dimanche, plus de vingt métayères reconnurent Madeleine Leblond et son fils Julien, qui avait pourtant un peu changé de mine depuis le temps. Ce qui m'étonne, c’est qu’on ait découvert la supercherie.

— Je pourrais vous l'expliquer, dit Esther, M"° la marquise recevait des lettres de Paris par le canal d’une nommée Bastien.

— La nourrice de M'° Angélique! j'ai idée que vous en savez au moins aussi long que moi, dites donc : faut-il continuer ?

— Je sais beaucoup de choses, en effet, répliqua Esther, mais j'ignore tout ce qui s’est passé ici. Allez toujours. |

— Eh bien ! les agents se sont mis en campagne, hier

soir, un peu avant minuit, sous la conduite de M. Vidal. M. Jéricot était avec eux.

Il y avait en tout sept personnes.

Ils allaient à coup sûr, car M. Jéricot avait fait atteler la carriole du jardinier pour emmener les prisonniers à Mantes, chez le juge de Versailles qui attendait à l’auberge.

La justice fait bien les choses quand il s’agit de plaignants comme M. le baron.

On a traversé le parc à bas bruit, et on est arrivé à la ferme de Jean Leblond, qu’on a cernée. Toutes les machines de la soirée d’hier avaient donné la fièvre à notre petit monde. Valets, servantes et paysans se sont coulés derrière l'expédition, qu’ils croyaient dirigée contre le fantôme.

Valets, servants et paysans, n'auraient pas donné leur nuit pour une journée de paye.

Ils en ont eu tout de mème pour leur argent.

Vers une heure du matin, les dispositions étaient bien prises, un des agents a frappé à la porte de Jean Leblond, qui a montré sa tête, coiffée d’un bonnet de coton, à la lucarne de son grenier.

Dans son temps c'était un rude afuteur. 3

Il a épaulé un vieux fusil à pierre qui envoyait jadis

bon an mal an une centaine de gigots de chevreuil à

ét à: :

Chevet, et il a lâché la détente, sans même demander ce qu’on lui voulait.

Heureusement que l'agent a tourné le dos; c’est par derrière qu’il restera grêlé.

Les autres ont crié :

— Ouvrez, au nom de la loi!

Et le bonhomme est venu tirer tranquillement la barre

. de sa porte en disant :

— Tiens, tiens! vous n'êtes donc pas des incendiaires, vous autres ? Fallait prévenir.

On est entré, on a fouillé; Jean Leblond a paru le plus surpris de tous en trouvant vides les lits de son neveu Julien et de sa belle-sœur Madeleine.

— Bravo! fit Esther. Il avaient reçu ma lettre!

— Les oiseaux étaient dénichés, continua Clément. Vous voyez bien que ces pauvres agents ont joué de malechance !

Esther était devenue pensive; elle dit :

. — J'avais peur en arrivant. Mon exprès n’était parti de Paris qu'après mon père, mais il paraît qu’il a mar- -ché plus vite.

— Ma foi, s’écria Clément, je me doutais que c'était vous. Vous êtes aux premières loges pour tout savoir par le, papa Jéricot, qui travaille comme un forçat et dont vous défaites l'ouvrage tout doucement. Vrai, je parierais pour vous, et j'espère que vous vous souil, 20

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viendrez du vieux Clément quand vous serez M®° la baronne.

Esther se leva. Elle avait un sourire bon prince qui promettait.

Pendant que le vieux Clément prononçait ces dernières paroles, des voix se firent entendre à l’étage supérieur, accompagnées par un cliquetis d’assiettes et de fourchettes.

— Qu'est cela? demanda Esther.

— C’est M. Polydore qui a probablement des dames, répondit le valet de chambre. Il n’est pas méchant garçon, et il a du talent; mais il a pris un pied... M. le baron est si mollasse ! Dans le cas où vous voudriez remplacer Polydore, je crois que j'aurai votre affaire.

Cette fois Esther se mit à rire pour tout de bon.

— Nous en recauserons, dit-elle. Je crois que, pour le moment, c'est un monsieur qui est avec Polydore ; une de mes connaissances qui a voyagé avec moi sur le bateau à vapeur.

— L'intrigant! grommela Clément. Il a une chance de loup : ce que j’en ai dit n’était pas pour lui faire du tort, mais rien qu’en champagne à 44 francs la bouteille (il n’en boit jamais d’autre), je suis sûr qu’il coûte ici plus de cent louis.

On entendit par la fenêtre l'explosion d’un flacon cham-

penois, suivi d’un cri de joie, poussé par Etienne Poquet qui n’avait de sa vie été à pareille fête.

C'était Esther qui avait raison.

Le puissant Polydore n’avait point de dames aujourd’hui.

Il déjeunait en tête à tête avec son cousin, le futur conseiller général du département de la Sarthe.

S'il y a quelque chose, dans l’univers, de plus grand que l’orgueil d’un artiste, c’est la vanité d’un valet.

M. Polydore était un valet et se croyait un artiste.

Rassemblez les prétentions griffues, pointues, implacables d’un vieux jeune-premier de théâtre, d’une petite marchande retirée des affaires, d’un compositeur d’opérettes pour les salons, d’un maître de ballet, de trois coiffeurs, de cinq dentistes, de douze conférenciers de l'un et l’autre sexe, et vous n’atteindrez pas à la hauteur des satisfactions que M. Polydore éprouvait à se contempler lui-même.

Il était si heureux que Boiteau, son domestique, avait quelquefois envie de l’assassiner.

La salle à manger, de très-bonne taille, était ornée de « natures mortes» et de trophées de chasse comme celle d’un true gentleman.

11 y avait aussi trois ou quatre de ces estampes que les Anglais enluminent si bien et qui représentent des chevaux trop longs, entourés de jockeys écarlates.

NS

La nappe damassée portait le chiffre et les armes de Chaufour; le service se faisait en vaisselle plate.

Boïteau, habillé de noir et cravaté de blane, avait l'air d’un prisonnier de guerre, condamné à changer les assiettes de deux sauvages.

Rien ne saurait dire l’humiliation et la haine qui ravageaient le cœur de ce vaincu.

Il savait l’orthographe !

— Et c’est tous les jours comme ça? demanda Poquet, déjà poète et qui voyait des éblouissements danser devant ses yeux.

— Tous les jours, répondit Polydore, à l'exception de ceux qui sont embellis par mes sultanes. Pas vrai, Boiteau ?

— Oui, m’sieu! répliqua Boiteau du haut de son fauxcol.

Mais il ajouta entre ses dents : É

— Elles sont propres, tes sultanes, abominable gâtesauce !

— Alors, fit Poquet, votre maître vous donne la permission d'introduire chez lui des demoiselles ?

— Mon maïtre ! répéta Polydore avec majesté, la permission ! Des demoiselles? Connais-tu ça, Boiteau ?

— Non, m’sieu! répliqua le martyr en meurtrissant ses doigts crispés contre une assiette. Ah! burlesque gredin !

— Petit cousin Etienne, reprit Polydore, en mettant le couteau dans un superbe pâté à la croûte mordorée, les sujets de ma force n’ont pas de maîtres, ils ne reçoivent pas de permission, ils ne fréquentent pas de demoiselles !

Poquet regardait les truffes qui s’écroulaient par la brèche ouverte dans le rempart du pâté.

— Parbleu ! fit-il, mettez-moi en pénitence, mais pas avant le dessert. Je ne suis pas de votre monde, moi, et si chaque sottise qui tombe de mon bec se changeait en perle fine...

— Il est gentil, pas vrai, Boïteau ? interrompit le clément Polydore.

— Oui, m’sieu ! charmant... (À part). Un affreux singe!

Polydore inonda de truffes le repentir de son petit cousin et reprit bonnement : ;

— Il n’y a pas d’affront. Tout le monde ne peut pas vivre dans les sociétés choisies. M. le baron et moi nous Ê ne sommes pas des camarades parce que je tiens ma distance, mais il sait bien qu’il serait mal venu à critiquer ma conduite. Eh! Boiteau ?

Boiteau approuva du bonnet, maïs cassa une carafe.

— Maladroït ! fit M. Polydore; après ça, c’est au patron. Pour en revenir, je suis ici chez moi comme il est chez lui en bas, et j'ai une plus belle vue. Boiteau lui-

l'AS .

même a ses trois chambres où il fait ce qu’il veut, et quant aux dames, ça arrive souvent que des duchesses viennent pour M. le baron et se trompent d’escalier. Boiteau le sait bien. Eh! Boiteau ?

Boiteau dit : :

— Sale bête!

Ceci tout bas; et tout haut :

— Ça ne fait pas de doute.

— Ma parôle! s’écria Poquet ému jusqu’à l’enthousiasme, il y a des moments où j’ai idée d’étudier la cuisine.

M. Polydore, cette fois, prit un visage sévère.

— Mon garçon, dit-il, vous buvez là un sauterne comme l'Empereur n’en a pas, ni le baron non plus, car il n’y a que moi à bien savoir sa cave. Et vous lampez ça comme du petit chablis. Etudier la cuisine! Ça paraît tout simple. J’ai entendu des gens qui sortaient des pièces de M. Scribe et qui disaient : Je veux faire des comédies. Hein ! Boiteau ?

Boiteau eut le courage de sourire finement.

— Je n’ai pas voulu prétendre, commença Poquet qui sentait sa faute.

— Pas d’excuse, on est ici à la bonne franquette. Mais si la chose s’apprenait, pensez-vous que Boiteau ne m’aurait pas pigé mes recettes? IL est ambitieux, le malin, seulement pas mèche ! la nature est la nature. Je ne suis

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