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Le teint fleuri de l’avocat n’avait perdu aueune de ses
chaudes nuances. Il répondit d’un ton pénétré :
© — Mon cher Edouard, laissez-moi vous appeler ainsi pour une fois, comme au temps où je vous faisais sauter sur mes genoux dans l’antichambre de votre excellent père; je reste son débiteur quoique j'aie agi de mon mieux pour lui prouver ma gratitude, et si jamais vous avez besoin de moi, vous pourrez voir de quelle pâte je suis fait. En conscience, je ne croyais pas m’attirer cette querelle d’Allemand en vous mettant à même d’acquérir, sans beaucoup de peine, l’amitié d’un personnage puissant, dont l’honorabilité est au-dessus de toute discussion.
l — Aussi ne me permettrai-je nullement de discuter hors de propos cette honorabilité, répliqua M. Durand, dont la réserve semblait augmenter. M. le baron Chauffour et M"° la comtesse de Saint-Pierre d’Agave ne sont pas présentement en cause. Si j'ai pris connaissance de l'instruction suivie, puis abandonnée, c’est uu peu sur votre propre demande, et c’est aussi parce que j'ai reçu du parquet une pièce.
— Quelle pièce ?
— Elle a trait à l'instruction nouvelle et est par conséquent confidentielle... mais quant à ce qui regarde l’acte d'accusation de 1840, vous savez mieux que moi que la lecture d’un seul et même document peut produire
des impressions très-diverses sur différentes intelligences.
— Est-ce à dire?... commença l'avocat en élevant le ton. " »
— Ce n’est à dire rien du tout, maître Manceau, interrompit le jeune magistrat presque sévèrement ; vous avez ici des hommes de la préfecture, je n’ai aucun ordre à leur donner. Qu'ils agissent selon leur consigne. Moi, je retourne à Versailles soumettre à qui de droit ma conduite et des scrupules qui peut-être ont leur origine dans mon défaut d'expérience. J’ai besoin d’être fixé à cet égard.
On frappa à la porte, et la servante qui entra dit :
— Il ÿ a en bas deux dames qui demandent M. le juge. ;
Manceau était en train de s’éloigner d’un air boudeur. Il s’arrèta.
— Une jeune et une vieille, eontinua la servante, qui aimait évidemment à causer. La jeune est jolie comme un cœur et habillée à la mode de Paris. La vieille n’est pas tout à fait si noire qu’une négresse, mais peu s’en faut.
— Minerve! pensa l'avocat intrigué au plus haut point.
— Sont-elles ensemble ? interrogea le juge.
— Ça en à l’air, mais la vieille n’a pas montré la cou-
| onitsez),, PET NI. FOPFIDT "+ OR | OMS 70. CRT
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leur de ses paroles. C’est la jeune qui a dit : « Vous direz qu'on vient du château de la Maisonfort et de la part de M. Victor Jéricot. C'est pressé comme tout ! » — Faites entrer ! s'écria involontairement Manceau. ; M. Durand le regarda de façon à lui arracher un geste d’exeuse, puis il dit :
— Du moment que c’est l’avis de maître Manceau, faites entrer. ; L'avocat murmura, en roulant vers la cheminée un fauteuil où il s’assit :
— Affaire d'habitude. Je ne croirai à la guerre que si vous la déclarez formellement. M’est-il permis de vous | fournir uu renseignement ?
| — Je crois savoir, répliqua le juge, que l’une des deux personnes annoncées est sous le coup d’un mandat d’arrèt.
— Minerve, oui, ancienne esclave des Saint-Pierre | d’Agave, accusée principale dans l'affaire du 24 septembre, mais ayant agi à l’instigation de la vraie coupable, | Constance Angèle, marquise de Saint-Pierrre d'Agave, que nous cherchons, que nôus trouverons.. que je trouverai, moi, si vous désertez la chasse; cette Minerve protégée à la fois par son néant et par la commisération de mes clients, vivait. s — À l'hôtel de M" la comtesse, je sais cela, inter-