‹ La taille de la vigne: étude pratique et comparée des divers systèmes deChapitre 31 sur 74 · VIGNOBLE DE L ISERE ET DE LA SAVOIE · texte numérisé non relu

VIGNOBLE DE L ISERE ET DE LA SAVOIE

Le département de l'Isère est Tune des régions viticoles les plus curieuses par la variété des méthodes culturales qui y sont usitées.

Aux environs de Grenoble, dans la vallée du Grésivaudan qui s'étend, en suivant l'Isère, jusqu'aux portes de la Savoie, les modes de culture sont analogues à ceux suivis dans cette dernière contrée.

Les coteaux et les terrains situés sur les rampes des montagnes sont couverts de vignes basses, en foule, soutenues par des échalas plantés à demeure.

Dans la plaine et les parties basses, on a préféré le système des souches moyennes et des treillages élevés craignant moins lesgelées de printemps, qui y sont beaucoup plus fréquentes que sur les coteaux.

A Bourgoin, la Tour-du-Pin, on trouve les treillons de Belley, ainsi que les cépages de l'Ain.

A Vienne, la vigne est conduite en partie comme dans le Lyonnais, avec un échalas, mais surtout à la façon des

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ches. Aussi les bras atteignent-ils, en peu d'années, des longueurs considérables, au détriment d'une bonne végétation. La souche de gauche de la figure iA\ représente le résultat de cette taille.

Il est à remarq^^r que plus les vignes sont jeur^ps et moins les archets sont recourbés, plus les bras secondaires s'élèvent, et plus la direction des baguettes se rapproche de la verticale pour l'atteindre souvent sur les vieux ceps.

Ces inclinaisons graduées ont leur raison d'être et on peut donner de cette coutume une explication rationnelle.

En posant, ai; commencement de ce travail, les principes généraux de la taille, nous avons indiqué que, pour diminuer lavigueur d'un rameau, il sufïisait de lui donner une position se rapprochant plus ou moins de l'horizontale, et réciproquement. Les pratiques précédentes ne sont que des applications de cette observation.

D'autre part, l'ampncellement du vieux bois sur une souche est une cause d'affaiblissement : par une inclinaison variable et bien comprise des rameaux, on pourra cpntre-balancer, jusqu'à un certain point, ce mauvais effet ; c'est ce qne )e vigneron a remarqué.

Pendant les premières années, la souche n'a que des rameaux portés par de jeunes bras ; on niodérera sa vigueur par une inclinaison des bois de production. Mais, peu à peu, le vieux bois s'accumule et la végétation diminue; les beaux sarments, d'abord nombreux, deviennent de plus en plus rares et le choix des bois de taille de moins en moins facile. C'est le moment de parer à ce résultat préjudiciable. On élève alors verticalement les baguettes pour les recourber ensuite brusquement et donner à leur extrémité une direction parallèle à leur base; car le vigneron, qui semble ignorer les conséquences fâcheuses de l'allongement des bras, sait que la partie du sarment située verticalement, en

deçà de la courbure, produira de beaux bois qui assureront le remplacement pour Tannée suivante.

Si cette méthode peut subir des variantes suivant les conditions de milieu, la végétation ou les caprices du viticulteur, ses principes et ses résultats restent partout sensiblement les mêmes.

Les travées de lisses sont généralement distantes de 3 ou 4 mètres, parfois davantage, quand on fait des récoltes intercalaires.

Dans les bas-fonds et les plaines, on a adopté le système des treillages élevés^ qui caractérise nettement la viticulture de risère et de la Savoie. C'est dans la vallée du Grésivaudan que nous allons étudier le type de ce mode de conduite.

Ce n'est pas sans étonnement que l'on voit, pour la première fois, ces vignes immenses plantées en rangées parallèles, distantes en moyenne de 7 à 8 mètres, souvent plus, avec écartement dans la ligne de 5 et 6 mètres.

Et l'on se demande pourquoi des corps de souches de 1 m. 20 à 1 m. 40 de hauteur; pourquoi une charpente aussi élevée et aussi dispendieuse? La raison, on la trouve, d'une part, dans la crainte, malheureusement trop justifiée, des gelées printanières ; d'autre part, dans la pratique des cultures intercalaires soumises à un assolement régulier, comme dans une terre complètement nue. On comprend alors que l'on demande à un sol privilégié un double produit : l'un aérien, l'autre superficiel.

Les rangées de treillages sont soutenues tous les 4 ou 5 mètres par de forts piquets appelés fourchauU, Contre les fourchants, qui ont de 4 à 5 mètres de hauteur, on cloue de longues perches, la première à la hauteur où l'on veut étabhr le corps de la souche, c'està-dire de 1 m. 20 à 1 m. 40, et la deuxième, 1 mètre ou 1 m. 20 au-dessus, ce qui donne au treillage une hauteur totale de 2 m. 60 environ. Sur ces perches, vertica"

lement, se placent, lous les 25 ou30 cenlimètres, des ^cblas ou calissons que l'on y altaclie solidement. La figure 142 montre une souche ainsi établie.

Dans les anciens treillages, on voit quelquefois encore

Fig. 142.— Ancienne vigne conduilc en treîlla)(e après la taille.

les fourchauts remplacés par des arbres vivants, érables ou merisiers, qui sont arrêtés à 2 mètres ou 2 m. 50 et formés sur six ou huit maîtresses branches, largement espacées et dont les pousses annuelles sont régulièrement supprimées. Des sarments de vigne ployés en arc sont attachés à chacune d'elles (fig. 143).

Actuellement on ne plante plus d'arbres vivants dana

les vignobles de l'Isère, et ce genre de culture, désigné sous le nom de hautain, ne se trouve plus que dans quelques cantons de la Savoie.

Il n'est pas rare de rencontrer dans les treillages des vignes de plus de cent ans d'existence, mesurant 2S centimèlres et plus do diamètre et 10 mètres denver^re avec de nombreuses branches à fruit.

Pour former la souche et lui faire atteindre le treillage, on met de six à liuit ans ; pendant toute celle période, la récolte est insii^nilianle: ce n'est que vers la tieuVième ou dixième année qu'elle devient abondante. La taille. pratir{uëe pour les treillages est In même que i3elle décrite pour les lisses.

k côté de ses avantages, le système des gMnds treillages présenlti de sérieux inconvénients.

Vu la liauleur qu'alteigiient les vignes, la laille et la vendange ne peuvent s'effectuer qu'à laide d'échelles. Cette diflicullé pourrait être facilement supprimée par l'abaissement des treilles jusqu'à portée de la main, c'est-à-dire par l'établissement de lisses basses.

Sans doute on pourrait objecter que les cultures inter calaires mal comprises seront plus préjudiciables aux vignes en lisses qu'à celles en treillages. Il est certain que deux cultures établies sur le même terrain se nuisent mutuellement; mais tes mêmes espacements étant conservés dans l'un et l'autre cas. les conditions resteront les mômes au point de vue de l'ai imen talion. L'infériorité résultera donc de ce l'ail qlie les lisses basses, dont la hauteur totale ne dépasse pas 1 m. &0, sel-ont en partie cachées si l'on cultive, ce qui h'est pas rare, des céréales ou d'autres plantes élevées et qde les vignes ne pourront pas bénéficier, jusqu'à l'enlèvemenl de ces récoltes, tie l'action directe et bienfaisante du soleil. Mais la récolte des céréales se fait de bonne heure et les champs se trouvent découverts au moment où le raisin exige le plus de lumière et de chaleur.

On sait que les treillages très hauts donnent, avec les mêmes cépages, des vins intérieurs a ceux des vigoes

basses : cela tient essentiellement à la différence de position des raisins. Les treillages sont bien exposés au soleil, itlaîs, ëlâilt ëloignés du sol, ils jouissent peu de la réflexion ëàloHflqiië étltiitlineuSe,qui joue un si grand rôle dans la perfection des fruits. Les raisins qu'ils portent tnûHssefat plus difficilement.

Ces inboflVénients disparaissent avec les lisses qui, plus rap^rochéeâ du sol, assurent aux raisins une maturité plus hâtive, plus égale et plus complète. Leur hauteur sera seulement suffisante pour soustraire, autant que possible, les souches à Taction des gelées blanches.

Dans les vignobles à culture intet*calaire, on aura soin de n'ensemencer qu'à une distance convenable des rangées, pour ne pas gêner la végétation de la vigne et permettre la circulation de chaque côté des treilles pour Texécution des diverses opérations à effectuer (relevage, soufrage, sulfatage, etc.).

D'autre part, les treilles hautes sont d'une construction compliquée et très coûteuse; les lisses basses se prêtent admirablement au système beaucoup plus simple et plus économique qui consiste à substituer aux traverses en bois des fils de feir, et aux fourchants des piquets en fer. Ces treillis, dont la hauteur totale ne dépasse pas 1 m. 80, sont déjà nombreux aux environs de Grenoble, et il est probable que, dans un avenir prochain, ils auront complètement et avantageusement remplacé les treillards actuels.

bans beaucoup d'endroits, le système de taille ordinaire a été remplacé par la méthode Sylvoz, qui en est un perfectionnement et que nous étudierons plus loin.

A Tullins, dans l'arrondissement de Saint-Marcellin, les vignes en lisses ne sont pas conduites comme à Grenoble. Les bras de la souche, au lieu d'être étendus sur la traverse inférieure, sont dressés sur la traverse supérieure. De plus, on laisse à la base de chaque baguette

un courson de remplacemeni, ce qui retarde rallongenienl des bras secondaires (fïg. (4i).

Fig. 144, — Lisse de Tullins,

Dans l'arrondi ssemenl de La Tour-du-Pin, les vignes hautes sont également en lisses, dont la première traverse est à la hauteur du genou et la seconde à la hauteur de l'épaule. A peu près partout, la distance laissée entre les rangées de vignes permet la culture intercalaire.

L'aspect général du vignoble de ta Savoie offre de grandes ressemblances avec celui de l'Isère. Les vignes occupent surtout les rampes inférieures des montagnes, ainsi que les mamelons, jusqu'à 400 mètres d'altitude aux bonnes expositions ; mais on en trouve aussi dans le fond des vallées.

La vigne basse est la forme dominante; les souches sont conduites très irrégulièrement à un, deux, trois ou quatre brasel à des hauteurs variant de 20 àSO centimètres. On trouve même des souches en tête de saule dans la .Maurienne. Chaque bras porte un unique courson à 2 jeux francs et souvent à 1 seul. En Maurienne, sur les vignes en tète de saule, on laisse deux ou trois crochets, quelquefois, quand la vigueur est suffisante, un archet de 7 à 8 yeux que l'on recourbe.

Cette (aille trop courte ne convient pas à la plupart des plants de ce pays, qui sont d'une grande vigueur et exigent, pour produire, la taille longue. L'exemple, pour les vignerons, est cependant saisissant, car, à côté des vignes basses, relativement stériles, ils possèdent de grands treillages d'une fécondité admirable.

Fig. I4S.— Vignes basses des coteaux de la Savoie.

Aux environs de Chambéry, là où Ion récolte de bons vins, h Montmpillan, Saint Pierre-d"Albij;ny, cbaquc souche munie d'un éclialas est dressée sur un, deux ou Irois bras, à 20 ou 30 centimètres du sol (fig. 145).

A part les vignes basses, on rencontre presque partout des vignes en espalier sur lil de fer de 1 niêlrc à 1 m. 50 du sol, puis des treillages élevés, absolument semblables à ceux décrits précédemment. Ces treilles, véritables cliarpentes, sont supportées à 2 mètres et plus par de Pebhaud, 3-* édit. lu

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assez de force pour être couchées sur fil de fer, M. Mesrouze préfère, afin de fortifier la souche, n'obtenir qu'une bonne demi-récolte et tailler comme Tannée précédente sur un seul courson à 3 yeux qui donnera trois rameaux vigoureux.

Fig. 146.— Etablissement des fils de fer dans le système Mesrouze.

C'est au commencement de la quatrième année qu'on établit le palissage. Pour cela, on tend sur des poteaux, placés tous les 6 mètres environ, deux rangs de fils de fer, Tun à 25 centimètres du sol, l'autre à 35 centimètres audessus, c'est-à-dire à 60 centimètres du sol (fig. 146). Ce deuxième cordon est double, c'est-à-dire composé de fils parallèles situés à la même hauteur et séparés par un intervalle de quelques centimètres dans lequel on fait passer les branches à fruit qui se trouvent ainsi maintenues sans lien.

Fig. 147. — Cep conduit d'après le système Mesrouze, après

la taille de quatrième année.

A la taille de quatrième année, on supprime Tune des verges poussées l'année précédente ; les deux autres sont parées et coupées à 1 m. 50 ou 1 m* 80 et couchées l'une

à droite, l'autre à gauche sur le premier fil de fer. La vigne prend à ce momeiil sa forme définitive. On a soin de tailler l'extrémitédes verges de façon à ce que le dernier œil qui doit former le prolongement soit au-dessus, ce qui facilite rallongement (flg. 147).

A l'époque de l'ébourgeonneraent, on supprime les bourgeons b placés sur les coudes ainsi que ceux situés au-dessous des verges, à l'exception des deux des extrémités a' a' (fig. 147) qui doivent former les prolongements.

Lorsque les rameaux sont is'spz développés, on les introduit entre les deux hls de fer supérieurs et on pince légèrement les plus vigoureux ceuxdes e\lrémités sont attachés horizontalement. A la fin de la quatrième année, le cep présente, avant la taille, l'aspect de la figure 148.

La cinquième année, on pratique une taille IransiLoire destinée à assurer pendant cette saison une production suffisante. Elle consiste à laisser sur chaque bras, alternativement, un courson et une verge accouplés de façon à ce qu'il existe entre les coursons un espace égal à la longueur des verges. Ainsi, sur le cep représenté par la figure 148, le rameau a est taillé en courson à 2 yeux et le rameau b qui le suit en verge de bO centimètres; ces deux parties forment un couple. On supprime ensuite radicalement les sarments s, s, pour conserver un nouveau courson en a distant du premier de la longueur d'une

l&l indique la fàçotl d'opérer la taille au début de I sixième atinée Sur le Cep représenté paf la figuré 130.

Fig. iSi.

■ Taille de la sixième anni^e.

Les deux verges figurées sur ce dernier schéma, etqui étaient uniquement destinées à assurer la production dans le cours de la cinquième année, sont supprimées sur le vieux bois. Les coursons seuls doivent fournir, à partir de ce niomenl, les bois nécessaires à l'élablissement et au renouvellement des verges.

Celte suppression faite, il ne reste plus sur cbaque bras que les sarments c, d, poussés des coursons conservés l'année précédente. Les uns e sont taillés à 2 yeux, et les autres d forment des verges.

Quant aux rameaux venus sur le bois nouveau, ils sont traités de la uK^me façon que la cinquième année; les sarments j, s, s sont supprimés, /"forme un nouveau

courson et p une verge. Le rameau de prolongement p est ébourgeonnésursaface inférieure, au moment opportun, ainsi que nous l'avons déjà indiqué.

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