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LA CULTURE EN GHAINTRES

C'est dans la commune de Chissay (Loir-et-Cher) que l'ut appliqué pour la première fois par un vigneron intelligent, Denis Lusseaudeau, ce système de culture qui devait bientôt enrichir toute cette région.

Les avantages de celte méthode parurent en effet si évidents qu'en peu de temps les chaîntres (i) avaient complètement remplacé l'ancienne culture du pays.

A Chissay, on a opéré, jusqu'à ce jour, de la façon suivante : On met en place des plants enracinés de deux ou trois ans, que l'on préfère, à tort, à ceux d'un an ; pour cela on creuse, sur un simple labour, de petites fossettes rectangulaires appelées cassettes^ espacées de 2 ou 3 mètres sur des lignes distantes entre elles de 6 mètres. Ces lignes sont orientées de façon à donner le moins de prise possible au vent dominant.

Plantées dans de bonnes conditions et taillées comme nous allons Tindiquer, ces vignes commencent à produire à quatre ans ; elles sont en plein rapport à leur huitième feuille. Le Cot ou Malbec, qui se prête très bien à la taille longue et aux conditions de ce milieu, est le cépage employé .

Pour tirer parti des surfaces considérables qui restent entre les plants, on sème, la première année, du blé ; la seconde, de l'avoine, et la troisième, des pommes de

(1) Chaintre signifie, d'après le D' Guyot, Chaînes traînantes. Cheintre, au contraire, suivant d'autres, désigne, dans le patois du pays, la partie d'un cliamp portant une culture différente des voisines ; ce mot comprendrait aussi dans son acception un champ à cultures variées. Cheintre ou Chinlre signifie aussi, dans certains pays, l'extrémité des champs où tourne la charrue pour reprendre un nouveau sillon.

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Fig. 20G. — Vigne en clialaLre déjà ancienne, d'aprfs i. Guyot. PiBBjtuD, 3- édiL 13

qu.

sol pendant plusieurs annéex. Un moyen mixte permettrait de concilier le mieux possible les intérêts du propriétaire et de la vigne : ce serait de n'ensemencer le sol qu'à une distance convenable de chaque côté des souches.

On ne pourrait mieux comparer les vignes en chalnires qu'à des espaliers horizontaux et mobiles formés tantôt d'un brasunique(Jig. 206j, tantôt de deux membres symétriques formant entre eux un angle plus ou moins^ ouvert (fig. 207).

Pour établir ces charpentes, on procède de la façon suivante : La première année, on supprime tout ce qui a poussé»

sauf un seul sarment, le plus beau etle plus bas, auquel on ne laisse que i ou 2 yeux. On continue ainsi jusqu'à ce que la souche ait une végétation assez puissante pour donner des sarments de 1 mètre. Pendant ces premières années, les rameaux sont attachés

- ChaliUres à deu\ bras.

— tte —

verticalement le long d'an éclialas, ce qui favoi dé vel o ppem ent .

La figure â08 indique la façon d'o|>érer la il taille, qui n'offre aucune différence avec la première ; toutes les deux ont pour objet de fortifier le cep.

A la troisième (aille, quatrième année, on conserve encore exclusivement le sarment le plus fort et le plus près de lerre en , le coupant en a à 1 mètre environ (fig. 209).

Tous les yeux de ce rameau sont éb(»^néf , à tion des trois extrêmes, qui formen ni les vergei née suivante. Ce sarment, d'abord dressé c< échalas, est couché sur le sol dans le éouranl

Fig, 209. — Troisième taille (i"

parfois on le fixe à un piquet en recourbant sa forme de col de cygne, courbure qui facilite plu déplacements de l'immense espalier.

Cet abattage des verges sur le sol se fait àès bourgeons ont 3 ou 4 centimètres de longueu niMneat on supprime pour toujours les tuteurs

Le moment est venu de commencer la charpente. A la quatrième taille, on conserve donc sur la tige de Tannée précédente, que Ton a soigneusement ébourgeonnée,

Fig. 210. — Taille de la cinquième année.

deux rameaux a, 6, par exemple, comme l'indique la ligure 210, le troisième est supprimé.

Fig. 211. — Végétation produite par la (luatrième taille et indication

(le la cinquième taille.

La figure 211 représente la végétation produite par la taille de cinquième année. A la cinquième taille, sixième année, on supprime la branche o n en o, et on coupe tous

les autres sarments, à rexception de B qui forme un

Fifç. 212. — Cep avant la sixième taille.

nouveau bras latéral et de C qui prolonge Taxe. Le cep

ne conserve ainsi que trois

verges.

La taille de septième année diffère peu de la précédente.

On supprime les branches latérales au-dessus du sarment le plus rapproché du maîtrebras, puis on laisse une verge de plus. La figure 212 montre les points où seront faites les sections : le cep conserve quatre verges.

Chaque année, on continue à allonger la souche en lui laissant à droite et à gauche de nouveaux bras latéraux.

C'est ainsi qu'après la septième taille on aura le cep représenté par la figure 213.

Fig. 213.— Cep après la septième taille (8"»* année).

Lorsque la vigne a aUemI toute sa loDguevur et qu'elle présente Taspecl de la figure 214, on l'entretient dans cet état par des tailles analogues ; chaque année, on renouvelle les verges, ainsi que l'indique la figure.

On choisit toujours, pour cela, le rameau le plus rapproché du corps de souche; malgré celte précaution, il se forme bientôt des bras secondaires qui finissent par atteindre de grandes proportions. Dans ce cas, s'il pousse sur la maîtresse-branche un bourgeon bien disposé, on le conserve pour remplacer la verge voisine.

Fig. 214. — Chaînlrc en plein développement avec indication de la

huitième taille

On établit aussi à Chissay des chaîntres à deux bras dont la formation est tout à fait semblable ; les deux rameaux qui partent du même pied subissent toutes les opérations que nousvenons d'indiquer. On les dirige l'un à droite, l'autre à gauche de la rangée ou du même côté quand on se trouve près de la rive {fig. 207).

Afin de faciliter les déplacements que Ton fait subir aux ceps à l'époque des labours, on n'établit plus, aujour-

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d'hui, la première verge qu'à 1 mètre environ de la base, Dans les premières plantations en chaîntres, les têtes de souches étaient formées dès Torigine, ce qui donnait aux cep» une telle rigidité que plusieurs personnes étaient nécessaires pour les déplacer.

Dans les vignes en chaîntres, on procède à de nombreux ^bourgeonnements successifs depuis le moment où les rameaux ont de 10 à 15 centimètres jusqu'en juillet ; on débarrasse ainsi la tige d'une végétation inutile qui se iléveloppe sur ses parties dénudées, notamment vers la base. On effeuille, également, à l'approche de la maturation.

Les labours terminés, après la floraison, on pose les Terges sur de petite» fourches en bois de 40 centimètres ée long ou de simples piquets, entaillés à leur extrémité, appelés fourckines. On en met à chaque verge autant qu'il en faut pour que les^ raisins ne touchent pas la terre.

On obtient ainsi un véritable espalier suspendu horiijontâlement. Les fourchines deviennent nécessaires dès •que la vigne commence à produire. On compte qu'à partir de la dixième année il n'en faut pas moins de 12.000 par hectare. Leur coût est d'environ 6 fr. le mille et leur <lurée de quatre à cinq ans, suivant la qualité des bois. C'est one dépense annuelle, i>ar hectare, de 20 fr. au maximum.

On sait aussi que les gelées de printemps sont d'autant plus à redouter que les rameaux sont près de terre ; c'est donc une bonne précaution que de soulever à ce moment tous les ceps aune certaine distance dusol, àVaide d'une fourchine placée près de la base» ou de plusieurs quand la longueur de la souche l'exige. Si, malgré cela, quelques sarments n'en sont pas sufAsamment éloignés, on les relève en les attachant plusieurs ensemble.

Le» fourchines sont enlevées chaque année avant l'hi- Ter et disposées en petits tas sur le champ ou bien rentrées à l'abri.

Dans les vignes en chaînlres, les labours se font à la charrue et se complètent à la main sur la ligne des ceps. Pour permettre le passage de Tattelage, on détourne les chatntres en leur faisant décrire un arc de cercle, et on les installe successivement et provisoirement sur la planche voisine.

Pour l'exécution du second labour, chaque cep est ramené à sa place par une rotation inverse.

L'heureuse disposition que nous venons de décrire réunit tous les avantages de la culture en grande forme el de la conduite en souche basse.

M. Foëx, dans son Cours de viticulture^ s'exprime ainsi au sujet de ce système : « En résumé, la culture en chatntres parait susceptible d'applications avantageuses pour la production des vins communs, lorsque Ton dispose de terres riches et profondes, capables de bien nourrir des vignes à grand développement et lorsque Ton opère sous un climat où Téchaudage n'est pas trop à redouter».

L'expérience a montré, en effet, dans là région méridionale, où les façons du sol doivent être fréquentes, vu la grande sécheresse du climat, que les déplacements des chaîntres pendant l'été, nécessaires pour l'exécution de ces opérations, entraînaient souvent l'échaudage des raisins.

Cette méthode réalise les avantages de la culture en vigne basse. L'espalier horizontal, maintenu par les fourchines à 30 ou 40 centimètres du sol, est assez élevé pour que les grappes ne se salissent pas et assez bas pour assurer au fruit un degré gleucométrique élevé et une maturation complète.

Nous avons décrit la culture en chaîntres avec toutes les modifications qu'elle a subies depuis sa mise en pratique. Maître Denis, ainsi que l'appelaient ses compatriotes, plantait, au début, en rangées espacées de 12 mètres et cultivait les interlignes comme de véritables champs ordinaires. Depuis, les rangées ont été rapprochées à 5 ou 6 mètres, distance bien suffisante

pour permettre le développement complet des chalntres qui ne dépassent pas celte longueur.

De plus, on a supprimé les cultures interc vigne occupe seule tout le terrain, du moir trois premières années. C'est là une réformt haute importance, car il est démontré que des cultures intercalaires est nuisible à la vi]

Nous avons dit que le cépage cultivé à Clii:

Cot el qu'il y donnait, ainsi dirigé, de très l tats. Mais leCot n"est pas la seule vigne qui ce genre de culture ; tous tes plants qui det grand développement peuvent ùtre conduits e

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