CHAPITRE IV
Le pincement et le rognage sont deux opérations distinctes.
Le pincement consiste, nous l'avons vu, à supprimer, avec Tongle, Texlrémité des jeunes rameaux de la vigne avant ou pendant la floraison. Par le rognage on retranche une partie plus ou moins importante des sarments, ordinairement sans mesure et sans discernement ; on le pratique une ou deux fois, depuis le moment où les grains sont noués jusqu'à la maturation des raisins.
Le rognage a été appliqué de tout temps dans de nombreux vignobles, bien que les praticiens n'aient le plus «ouvenl aucune opinion fondée sur sa valeur ou ses inconvénients. Au lieu de reposer sur une interprétation judicieuse des faits, il paraît être une de ces pratiques qui se transmettent de génération en génération, dans les usages des agriculteurs, sans qu'une observation rigoureuse en ait jamais démontré l'utilité.
Il faut chercher la cause de la généralisation du rognage dans les facilités qui en résultent pour la culture ^t le dressement des vignes, bien plus que dans les avantages qu'il peut assurer au point de vue de la quantité ou ^e la qualité de la récolte. Sur ce dernier point, d'ailleurs, les avis sont extrêmement partagés et les expériences engagées jusqu'à ce jour n'ont pas résolu la «question d'une façon définitive.
Pratiqué après la floraison, le rognage ne peut agir contre la coulure ; mais, par la suppression de feuilles à divers étals de développement, il peut, soit augmenter, soit diminuer la richesse en sucre des grappes : selon les cas, il est donc tantôt utile, tantôt nuisible.
En somme, la maturation de la grappe est liée à l'activité végétative de la vigne. Si de nouvelles pousses se développent avec de jeunes feuilles, au moment de la véraison par exemple, ces dernières, qui, nous le savons, se conduisent en parasites, utiliseront une partie des matières élaborées par les feuilles adultes au détriment des grappes : d'où une teneur en sucre moindre dans les raisins et un retard dans leur maturation.
Si on supprime les jeunes feuilles en tranchant les extrémités des sarments, les grappes auront à leur disposition plus de matières nutritives : d'où une richesse en sucre plus grande et une maturité plus hâtive.
Fait à propos, le rognage peut donc rendre des services ; mal appliqué, il ne peut être que préjudiciable à la vigne.
Après diverses recherches sur plusieurs cépages, MM. Viala et Rabault ont reconnu que le rognage à 4 feuilles au-dessus des grappes, pratiqué peu de temps après la floraison, avait pour efl'et d'augmenter la richesse en sucre des raisins sur quelques plants très vigoureux, mais qu'effectué le 25 juillet ou le 20 août, il avait un effet inverse ; que certains cépages de végétation modérée n'en profitaient jamais ; qu'un rognage fait au dessous de 4 feuilles était toujours nuisible.
Le moment favorable pour cette opération est un peu variable avec les conditions climatériques. A notre avis, on doit l'exécuter à l'époque où la végétation se calme, après la grande poussée du printemps et avant la poussée d'août, fin juin ou première quinzaine de juillet généralement. Plus tôt, il provoquerait la sortie de rejets et sous-bourgeons très nombreux, et le but, qui doit être de supprimer les feuilles en voie de croissance^
serait manqué. Plus tard il ne procurerait [ilus les avantages qun nous avons signalés.
On doit considérer comme toujours nuisibles les rognages trop courts, faits régulièrement à 4, 6 et même 8 feuilles au-dessus des grappes. Dans les vignes munies
Fiiî. 216. — Vifiiies ro^iiOcs au uiveau tic l'L'chalas.
de supports, la coutume esl de Iranclier les sarments, à la serpe ou à la faucille, au-dessus du niveau des éclialas ou du dernier III de fer. Autant r[ue possible, les rameaux devront conserver de 1:2 à 13 feuilles au moins ; nous répéterons encore que l'inlérftt porte seulement sur la suppression des jeunes feuilles du sommet. Dans bien des pays on procède à un second rognage, à l'époque de la maturité, en vue surtout de faciliter la circulalion dans le vignoble. Cette opération, pour ne pas nuire tant à la qualité de la vendange qu'à l'aoùtement des bois, devra porter seulement sur les extrémités excentriques des sarments les plus vigoureux.
- - -rf * '
D'une façon générale, les vignes faibles ne doivent pas^ être rognées ; les vignes à forte végétation profiteront seules de l'opération, quand elle sera faite selon la règle que nous venons de formuler.