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CHAPITRE V INCISION ANNULAIRE

L'incision annulaire consiste à enlever un anneau d'écorce, de quelques millimètres de largeur, à la base des rameaux fructifères au moment de la floraison (fig, 217) ou à l'origine des sarments de Tannée précédente. Pour comprendre son action, il faut savoir que la séoe brûle s'élève des racines aux feuilles dans les vaisseaux du bois et qu'après avoir subi là de profondes modtUcations, elle est ensuite répartie dans toutes les parties de la plante par les vaisseaux

du liber (vulgairement ap- Y\g sn Rameau avant siiI)l pelé écorce) sous le nom lniiMon lonulaire en A.

de sève élaborée.

L'incision va en profondeur jusqu au boi& On interrompt ainsi la comnumicalion des vdiiisFaux du liber dans lesquels circulent les matières élaborées par les feuilles que Ton oblige, par suite, à se' concentrer en plus grande quantité dans les raisins.

L'incision agit encore d'une autre façon : l'assise génératrice étant entamée, il ne se forme, à cette place, ni écorce, ni bois: ce dernier tissu, qui s'accroît en dessus et en dessous, garde son diamètre primitif à ce niveau.

Tout en s'opposant à la descente de la sève élaborée, l'incision gône donc aussi la montée de la sève brute et exerce encore, de ce fait, une action favorable sur la fruclilicalion.

Comme toute plaie faite sur le végétal, l'incision annulaire tend à se cicatriser. Cette cicatrisation commence au-dessus de la coupure et est toujours plus accusée de ce coté (fig. 2t8) ; elle se manifeste par, la formalion d'un bourrelet de tissus cicatriciels ou callus qui recouvre peu à peu la plaie. Le bourrelet supérieur peut rejoindre" le bourrelet inférieur, mais il n'y a pas soudure complète entre eux.

M. de Follenay, (|ui a écrit sur l'incision un ouvrage fort- intéressant, s'exprime ainsi à son sujet :

<< L'incision annulaire n'est, du reste, qu'une application plus énergique, el par conséquent plus effective, du '''|o,^'/,i,principe même qui de- des tissus

Fig. al8 — Rameau . , . cicatriciels

ïùci-mment incisé. puis si longtemps a ^^^ „„ ,^. déterminé les vigne- meau iucirons, au lieu de laisser les branches à fruit s'allonger plus ou moins verticalement vers le ciel, à les abaisser au contraire horizontalement, à les contourner, à les courber, à les arquer, à les ployer en corgilles, pour relarder la sève descendante dans son retour aux racines, comme aussi la sève ascendante dans sa montée vers les feuilles, et

permettre ainsi aux bourgeoQs intermédiaires de la branche à fruit d'en absorber davantage, d'attirer et de fixer plus complètement ses principes au profit de la fructification. Par ces procédés divers, comme par l'iacision annulaire, mais bien moins énergiquement, ils transforment la vigueur de la végétation en fertilité, en modérant, par cette pratique rationnelle de l'abaissement, la production du bois et des feuilles, au profit d'une meilleure nutrition et dune plus abondante fructification des bourgeons de la branche à fruit».

Le but de l'incision annulaire, comme celui des diverses pratiques ci-dessus mentionnées, est donc surtout d'empêcher une végétation excessive au profit de la fructilication. Ses effets sont de diverses natures ; non seulement elle arrête la coulure, mais elle favorise le grossissement des grains ; elle avance de quelques jours la maturité des fruits et, d'après quelques observateurs, elle augmente leur richesse en sucre et, par suite, le degré alcooUque du vin.

On doit viser au maintien d'une juste proportion entre la partie de la sève accaparée par les fruits et celle qui est destinée à la formation du bois et à l'accroissement du végétal. C'est grâce à une répartition convenable de la force vitale de la plante qu'on obtiendra une belle végétation et une fructilication abondante, en un mot tous les bons effets de l'incision. Pour arriver à cet équilibre, l'opération doit être exécutée sur les branches à fruit ou sur les branches mixtes, et seulement sur une partie de ces branches, quand la taille ne comporte pas de branches à bois ; ces dernières ne doivent pas être incisées.

L'incision annulaire peut se pratiquer avec tous les systèmes de taille ; toutefois, elle paraît mieux s'accommoder des tailles longues. Elle peut être faite, soit sur les rameaux nouveaux, soit sur les bois de l'armée précédente. On ne doit pas l'opérer sur le tronc ni sur les bras, excepté, peut-fltre, dans le cas où l'on voudrait

tirer la quinlessence d'uDR vigne épuisée sur le point d'être Binicliée.

La ligure iiO représente une vigne conduite en souche liasse et à coursons sur laquelle on a opéré l'incision annulaire en A, B et C. On remarquera que la moilié seulement des rameaux ont été incisés et qu'on a choisi de préférence les sarments tes plus élevés des coursons. C'est, qu'en effet, lesrameaux inférieurs doivent généralement servir pour l'établissement des coursons futurs, et l'on sait que les bois de remplacement ne doivent pas subir, autant que possible, l'incision annulaire.

La figure 220 représente linci- - sion praliquée sur des rampaiu de l'année, mais on peut également l'effectuer sur les coursons eux-mêmes. Toutefois, comme chaque cuurson est chargé de Fi" 2^0 - incNion annu- <to"'ï'=r i^ '"' seul le fruit de lanîaire |iralii|iu'o sur une née et la taille de l'année suivante, souoi roTii 1LI eacour- jj semble nécessaire de ne faire l'incision qu'au dessous de l'œil supérieur si le coursoo n'a que 2 ou 3 yeux, et au milieu s'il <'ii porle i L'œil ou les yeux situés au dessous de l'entnille pourront aussi donner du fruit, mais seront chargés surtout de fournir lesboisiiercniplacement. Les bourgeons supérieurs, plus spécialement consacrés à la fructilKMtion. pourront être pinces plus ou moins sévèremenl, tandis que l'on favorisera le plus possihie le développement des bourgeons inférieurs.

Les l'anieaux placés au dessus de l'incision sont tous abattus lors de la laille, et le nouveau courson est établi

sur le sarment iaférieur le plus convenable et le placé pour éviter rallongement des bras.

Quel que soit le nombre des yeux laissés aux on maintiendra l'équilibre nécessité par l'emplo cision, ainsi que la vigueur du cep, en incisant se la moitié des coursons et en établissant un ro pour lapplicalion de l'opération sur chaque bra de rôle.

La figure 221 indique la façon d'opérer sur u

(le fer.

conduile en espalier; la moitié des rameaux sor en A, B, C et D. On aura soin de n'inciser qi courson sur tous les bras qui en posséderont de ne jamais inciser les prolongements.

En pratiquant celle opération sur les treilles < à la production de^f raisins de table, on pourra o plus beaux fruits. Dans ce cas, on incisera de pr le rameau herbacé, au dessous de la dernière vers le commencement de la floraison.

Si l'espalier comporte des bras munis chat courson el d'un long bois, ce dernier seul e {fig. 222). Quand la souche ne porte qu'un ou ] longs-bois, sans courson de remplacement, \"\n< doit être faite qu'au-dessus de 3 yeux à partir dt

La largeur de l'incision peut cire fixée de 3 i mètres ; elle varie avec la vigueur des ceps et

but qu'on se propose d'atteindre: toutefois elle doit être assez faible pour que Tentaille puisse se cicatriser pendant Tété.

Fig. 222. — Incision annulaire pratiquée sur une souche conduite

d'après le système Guyot.

On peut opérer Tincision annulaire depuis l'apparition des fleurs jusqu'à la véraison. Pour éviter la coulure, le moment le plus favorable parait être le commencement de la pleine floraison. Pratiquée après la floraison et avant la véraison, l'incision annulaire restera sans effet sur la coulure, mais favorisera le grossissement des grains et hâtera la maturation.

L'exécution de l'incision annulaire a été, pendant longtemps, un grand obstacle à sa mise en pratique. Une des plus anciennes descriptions de l'opération se trouve dans le tome X du Cours complet d'agriculture^ de l'abbé Rozier : «Enlevez adroitement avec une petite lame bien tranchante, sur le vieux bois qui porte immédiatement un nouveau bourgeon, une portion de l'enveloppe corticale jusqu'à la partie ligneuse et seulement de la hauteur de quelques millimètres. Ayez soin que toute la partie ligneuse soit mise circulairement à découvert,

mais sacs être endommagée, sans avoir reçu la moindre atteinte».

"... Malheureusement, écrit un peu plus loin le célèbre agronome, ce procédé exige trop de temps et de? — ■ — trop minutieux pour pouvoir être exécuté en j exploilalion, et ailleurs que dans les jardin» et ^ treilles spécialement affectionnées».

Depuis cette époque, on a imaginé divers i ments spéciaux qui rendent l'opération à la fois ; et rapide. Hais tous ne la font pas d'une façon Iri recte, et souvent les effets de l'incision sont pat par une exécution défectueuse, notammeni par l'a du bois ou l'éraillement de l'écorce. 11 est donc es de choisir un bon instrument.

11 y a lieu de distinguer les instruments pour l'ir simple ou circulaire et ceux pour sion double ou annulaire.

Les premiers coupent l'écorce san lever. Certains de ces instruments, a coupe-sève, font trois ou quatre coi circulaires à 1 millimètre envirc l'autre. L'outil a la forme représentée par la figure 2^3. Dans quelques modèles, chacune des branches porte deux lames en croissant qui font quatre sections distinctes; dansd'autres, l'une des branches porte un double croissant, et l'autre un seul, opérant .

Fi(t, 2Î3. une section au milieu de Fig. 22i, - Coupe-sève. cgHes faites par la première branche.

Quelques instruments sont construits en for pinces crénelées ou dentées (fig. 224). On fait av

une vérilable déchirure à laquelle on doit prélérer une coupure nette.

Parmi les lastrumentsdu deuxième groupe se trouvent le pince-sève Renaud et les inciseurs Folleoay.

Le pince-sève henaud, représenté par la ligure 225, opère bien la section ainsi que l'enlèvement de lécorce.

Fig. 235. Rr, 226.

Fig. 225 — Pince-sève Renaud. — Fig. 226. — Ineiseur aonuiaire

de Follenay.

11 ne peut pénétrer dans le rameau à inciser au delà de 1 millimètre et demi, largeur des lames coupantes. L'épaisseur de l'incision opérée par ce pince sève est de 3 millimètres.

Ce petit instrument, très léger, est dun maniement facile.

L'inciseur annulaire de Follenay (Hg. 226) a tout à fait les apparences d'un sécateur: il opère nettement el sans

déchirure la section de l'écorce ; on arrête ta coupure à 1 millimètre environ suivant la pression de ta main sur les branches. Lecorce est enlevée en m«^me temps, comme avec l'instrument précédent, par deu\ traverses intérieures représentées en section dans la figure ii").

L'inciseur de Kollenay se Tabrique en deux nnméros différents: le N° i opère une incision de l> millimètres de largeur, le N° 2 une incision de 4 millimètres seulement.

Il existe aussi un inciseur de h'ollenay sans branches qui peut fonctionner dans un très petit espace (Hg. 227); il est Fin. 2*7. - Incidestiné plus spécialement à opérer lin- ^lav'^sârs (irancision sur les treilles palissées contre Hiôs. les murs.

Au sujet de l'etécution de l'incision avec les instruments spéciaux en général, nous ne saunons mieux faire que de reproduire la description donnée par M. Ch Ballet, dans sa brochure sur la '.oulure d's rimins : «Pour opérer l'incision, dit-il, on tient l'instrument par les branches avec une seule main, tandis que l'autre main soutient le brin à inciser; puis, saisissant le rameau entre les lames, on imprime à l'outil un mouvement tournant alternatif de droite à gauche, le rameau représentant l'axe de rotation, de telle sorte que la coupure de l'écorce soit régulière sur la surface externe de la circonférence du sarment. L'écorce de la vigne étant pour ainsi dire confondue avec l'aubier à peine lignilié, il ne faut pas appuyer trop fort sur l'outil, sans quoi le scion ■ou le rameau tomberait».

M. de Foilenay estime qu'il faut en moyenne, avec son inciseur, à une femme ou à un jeune garçon, de trois à quatre jours pour inciser i hectare de vigne.

Avec les instruments perfectionnés dont on dispose aujourd'hui, la question de main-d'œuvre est donc devenue tout à fait secondaire, et cette considération n'est

plus de nature à arrêter sérieusemeat les viticulteurs. Mais si Tincision annulaire présente des avantages réels, elle offre aussi quelques inconvénients. Ses effets sont, on le sait, d'ordre pathologique; si, au point de vue de la fructification, ils se traduisent par les résultats que nous avons indiqués, ils sont plutôt défavorables à la végétation. Les feuilles des rameaux incisés prennent avant celles des autres rameaux une teinte rougeâtre qui se montre même sur les vignes qui ne se colorent pas ainsi normalement en automne : c'est là un indice d'affaiblissement. Par suite de Texcès de production que l'incision détermine, elle a Tinconvénient de fatiguer les vignes auxquelles elle est appliquée régulièrement. D'autre part, les rameaux incisés sont fragiles à cette place et peuvent être facilement cassés par le vent dans les vignobles où on ne les accole pas contre des échalas ou des fils de fer.

En résumé, Tincision annulaire ne paraît pas susceptible de devenir une pratique générale et régulièrement suivie dans les vignobles. Son but principal étant de lutter contre la coulure, le mieux sera de ne planter que des cépages fertiles, parfaitement sélectionnés, avec lesquels on pourra se passer de son concours.

Néanmoins, cette opération peut rendre des services dans certaines conditions, notamment sur les treilles destinées à la production des raisins de table, et aussi dans les années où la floraison a lieu par un temps défavorable qui doit faire craindre la coulure. Mais, dans tous les cas, on devra se souvenir des indications que nous avons rappelées.

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