‹ La taille de la vigne: étude pratique et comparée des divers systèmes deChapitre 5 sur 74 · PRATIQUE DE LA TAILLE · texte numérisé non relu

PRATIQUE DE LA TAILLE

A. — Exécution des coupes; méthode

Dezeimeris

Un sarment est composé de segments, appelés mérithalles^ séparés les uns des autres par des cloisons ligneuses ou diaphragmes. Chaque mérithalle comprend un œil et une portion de rameau, plus ou moins longue selon les cépages, la situation des bois et Tétat de la végétation (fig. 5).

Les sarments conservés doivent être sectionnés, de préférence, sur les nœuds. A. ce niveau, en effet, se trouvent les cloisons ligneuses qui s'opposent à la pénétration de Teau extérieure dans le bois et diminuent les chances d'altération de l'extrémité des branches à fruit. Cependant, quand les nœuds sont très éloignés, on coupe le sarment à quelques centimètres au-dessus du dernier œil en faisant une section oblique, de façon à faciliter Tégouttement de Teau.

Quand on supprime totalement un sarment, on doit le couper au-dessus de l'empattement et non pas à ras du vieux bois : la plaie est ainsi de surface plus réduite et la cicatrisation se fait dans de meilleures conditions.

On a cherché à diminuer les inconvénients qui résultent de l'allongement des bras en évitant le plus possible les cicatrices profondes sur leur parcours. C'est pour

arriver à ce résullat que M. Dezeimerisa préconisé, i) ya quelquesannées, une méthode de taille applicable à tous les systèmes de conduite et qui s'inspire des considérations précédentes.

M. Dezeimeris s'appuie sur ce fait que toute plaie produite par la taille, pratiquée de la façon ordinaire, sur l'empattement même des i bois h supprimer, entraine, avec la décomposition des tissus sous-jacents, une mortification interne qui entrave d'autant plus la circulation de la sève que les amputations sont plus nombreuses et plus rapprochées sur le même membre. Il fait justement remarquer que l'ébourgeonnement doit être le préliminaire de la taille pour ne pas avoir à exécuter, plus tard, des coupes sur des bois inutiles.

Il insiste également sur les avantages d'une taille faite sur le nœud immédiatement supérieur au dernier conservé, le diaphragme de ce nœud formant une cloison protectrice qui met l'œil inférieur à l'abri de diverses causes d'altération.

Ce sont là des règles depuis longtemps indiquées et que les viticulteurs soigneux savent observer. Mais, ce qui constitue à proprement parler l'innovation de la méthode, c'est la façon d'opérer la taille des vieux bois. Ce nouveau mode opératoire consiste à ne jamais supprimer ras les vieux bois ou les sarments qui ont porté du fruit l'année même Pbhraud, 3" édit. 2

,:. 5.— Coupe iongitu- 'dinaïc d'un sarment montrant les parois ligneuses 3, 3 qui entourent la moelle et les diaptiragmes 2,2,3,2,

où ils cessent d'être utiles, mais à les couper au niveau du premier nœud, pour ne les enlever que Tannée suivante. Les rameaux qui poussent à la base des chicots ainsi réservés sont détruits, et une bonne cicatrisation commence à se produire avant leur suppression complète.

En somme, d'après cette méthode, on ne doit couper une branche quelconque ras de son support qu'après avoir laissé à la sève le temps de reconstituer sa canalisation autour de la partie à supprimer. De cetle façon, quand on procède à Tablation des tronçons, généralement deux ans après, leur mortification est complète et la sève qui circule tout autour de leur base provoque la formation de bourrelets qui recouvrent bientôt la section du bois mort. Au point do vue théorique, cette méthode est conforme aux données do la physiologie végétale, et son résultat immédiat doit élre d'assurer aux vignes, avec une plus longue durée, une meilleure végétation.

Mais les souches ainsi conduites, chargées de chicots morts, n'ont pas, après la taille, belle apparence, et les vignerons, qui aiment à voir leurs ceps bien parés, hésiteront à suivre les prescriptions de M. Dezeimeris. Il faudrait, pour qu'ils consentent h les appliquer, qu'elles assurent de sérieux avantages. Or, les essais entrepris jusqu'à ce jour pour établir la valeur pratique de cette méthode n'ont pas toujours démontré sa supériorité sur la taille ordinaire.

En Suisse, on a de tous temps obvié aux inconvénients qui résultent de l'accumulation des cicatrices sur la vigne. l*our cela, on a soin de prendre les coursons toujours du même côté, afin que la moitié inférieure du bras reste saine dans toute sa longueur. En opérant ainsi, la sève a toujours une voie ouverte à sa libre circulation.

C'est là un procédé qui vise au même but que la taille Dezeimeris et que Ton consentirait peut-être à suivre plus volontiers.

B. — Epoque de la taille

La taille est possible pendant toute la durée du repos de la végétation, c'est à-dire depuis le moment de la chute des feuilles jusqu'à celui où les vignes commencent à pleurer. Mais quelle est Tépoque la plus favorable? Cette question demanderait à être résolue par des expériences méthodiques, comparatives, engagées dans toutes les situations et pendant une série d'années offrant toutes les variations climatériques possibles. Rien de semblable n'a été entrepris jusqu'à ce jour. On ne connaît que quelques observations isolées, portant sur tel ou tel cépage, mais d'une portée trop restreinte et d'une durée trop limitée pour qu'on puisse en généraliser les conclusions. Nous ne pouvons que tenir compte des indications fournies par les remarques séculaires, mais sans précision, faites parles vignerons dans les différents vignobles.

D'une façon générale, on doit préférer la taille tardive, exécutée après la période des grands froids ; en effet, les bourgeons se développant d'autant plus rapidement qu'il en reste un moins grand nombre sur les souches, la laille faite avant l'hiver a pour conséquence le débourrement plus précoce, qui expose davantage les vignes aux gelées de printemps. Celle observation a surtout de l'importance pour les vignobles où les gelées sont fréquentes.

Mais, tant que les sarments sont en place, la circulation est difficile dans les vignes et on ne peut se livrer à diverses opérations culturales; d'autre part, dans les grandes propriétés, on se trouve dans l'obligation de commencer la taille de bonne heure, en raison du temps qu'elle nécessite pour son exécution. Pour ces motifs, on taille souvent, en automne, notamment dans le Midi de la France. Pour réunir tous les avantages, fréquem-

ment on opère la taille en deux temps dans cette région: à l'automne, on supprime tous les sarments inutiles et on rabat tous les autres à 30 ou 40 centimètres; ces derniers sont taillés à la longueur voulue au printemps, quand presque tous les dangers de gelée ont disparu. La première taille provisoire porte, dans THérault, le nom d'espoudassage^ et, dans les Charentes, celui de fiaiiçailles.

On doit, dans tous les cas, éviter de tailler au moment des grands froids, car les sarments sont alors très cassants et les coupes ne sont pas nettes ; de plus, les tissus nouvellement coupés sont plus sensibles à l'influence de la gelée.

6\ — Les instruments de taille

La taille de la vigne s'opère avec la serpe ou le sécateur. Pendant longtemps, la serpe a été le seul instrument utilisé ; elle est encore employée, de préférence, par un certain nombre de viticulteurs dans la Bourgogne, la Savoie, l'Isère, la Gironde, les Charentes.

Dans les vignobles de l'Est, la serpe, dont la lame a la forme d'un croissant, est de petite dimension (fig. 6). Dans d'autres régions, elle comprend une lame recourbée avec laquelle on tranche, en sciant, les sarments ordinaires, et une lame droite qui sert à supprimer les rameaux poussés sur le tronc (fig. 7 et 8).

La serpe a l'avantage de faire des sections très nettes, très régulières, mais son maniement exige une certaine habileté. Aussi, en bien des vignobles, lui a-t-on substitué le sécateur qui permet de faire un travail plus rapide avec des ouvriers peu expérimentés.

Dans les vignobles du Centre, de l'Est, on emploie le petit sécateur à ressort que l'on fait fonctionner avec une seule main. Dans le Midi, on utilise des sécateurs

sans ressort, de grandes dimensions, qui exigent les deux mains pour la manœuvre et permettent de couper, sans grand efTort, des bras de souche (fig. 9).

Fig. 6.— Serpe bourguignonne. Fig. l,~ Serpe du Médoc.

Lorsqu'on taille avec le sécateur, il faut avoir soin de placer toujours le crochet en dessus, de façon à ce que

Fig.-8.— Serpe des Charentes.

la partie du bois sur laquelle il porte et qui est un peu e par la pression se trouve éliminée par la coupe.

tiples, plus de soins que Tespalier ou le cordon dont la charpente est simplifiée.

D'autre part, il n'existe aucune corrélation entre la disposition du cep et le système de taille appliqué annuellement aux bois nouveaux : chaque forme admet la culture à grande ott à petite arborescence et la taille longue ou courte.

Le choix de la forme à adopter, du développement à donner, du Système de taille h suivre, dépend de circonstances qui seront examinées au cours de cet ouvrage.

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