‹ La taille de la vigne: étude pratique et comparée des divers systèmes deChapitre 67 sur 74 · LE SOL · texte numérisé non relu

LE SOL

Nous avons fait connaître l'influence que pouvait avoir le système de taille sur la végétation et la fructification de la vigne, en réglant la circulation de l'eau dans la plante. Les observations présentées à ce sujet permettent d'expliquer les avantages ou les inconvénients que présentent les diverses formes de conduite et de taille selon les conditions de milieu.

Les vignes basses en gobelet, à bras et à coursons courts, qui fournissent par conséquent une grande quantité d'eau à leurs bourgeons, ont la plus forte végétation; elles sont aussi les moins fructifères parce qu'elles ne

portent qu'un petit nombre d'yeux et que ces yeux sont relativement les moins fertiles.

Les vignes à grand développement de charpente (cordon ou espalier), quoique taillées court, donnent des rameaux moins vigoureux, mais plus fertiles que les souches basses, parce que leurs bourgeons sont moins bien alimentés en eau, en raison de la longueur des vaisseaux conducteurs.

Dans Tun et Tautre cas, on augmentera la production en taillant longs les sarments de Tannée et on Taccroîtra encore en repliant ou en entortillant les longs-bois. Ces mesures, on le sait, ont pour résultat d'entraver la circulation de la sève.

L'eau étant le facteur essentiel de la végétation et de la fructification, le choix d'un système de taille doit être subordonné à son abondance ou à sa pénurie.

On a compris que la vigne résiste d'autant mieux à la sécheresse que sa charpente est plus réduite et sa taille plus courte; les systèmes à grand développement et à taille longue l'exposent, au contraire, à son action.

Sans doute, la conduite en cordon et à longs-bois assure la production d'une plus grande quantité de grappes que la souche basse à coursons ; mais on peut obtenir avec les souches en gobelet des rendements très élevés en augmentant le nombre de coursons. Et môme, à égalité de végétation^ le rendement peut être aussi considérable sur les vignes basses, car les raisins portés par les coursons sont mieux alimentés et à grains plus gros que ceux des longs-bois, généralement moins garnis et à grains plus petits. D'autre part, la maturation s'effectue ordinairement dans de meilleures conditions sur les vignes taillées à coursons, et, à égalité de production, la qualité du vin est meilleure avec les vignes taillées court.

On s'explique ainsi que la forme en gobelet bas soit à peu près exclusivement appliquée dans tout le Midi de la France. Elle est bien appropriée aux conditions de ce

milieu sec et chaud et aux aptitudes des cépages q soatcultivés. Les rameaux non relevés s'étalent au -dP! du sol qui avoisine la souche et Tabrilent contre dessiccation trop rapide. Sous les pampres, le raisi développe davantage que s'il était exposé au sole échappe beaucoup mieux au grillage, si redouté dar région méditerranéenne.

Le gobelet, sans échalas, constitue le mode de d sèment le plus économique que l'on puisse imag pour la vigne II permet aussi le croisement des labi d'été, si nécessaires pour maintenir la propreté « fraîcheur du sol.

Néanmoins, diverses tentatives ont été faites dan Midi en vue de substituer au gobelet ordinaire d'au systèmes de conduite. La taille de Quarante, décrite cédemmenl, est la dernière de ces tentatives et 1' des plus intéressantes. Les résultats obtenus pa D' Gimié, son propagateur, et quelques-uns de ses i tateurs sont des plus encourageants; mais nous croj qu'il serait très imprudent d'en généraliser l'emploi t les vignobles méridionaux. A ce propos, M. Degrul exposé son opinion, qui est la nôtre, de la man suivante, dans le Progrès agricole et vilicole :

"Les résultats obtenus dans certaines situations, a bien par la taille en cordons permanents que par la tj de Quarante, paraissent avoir «hypnotisé» un gr nombre de viticulteurs, qui ne rêvent plus que de dou ou de tripler, par un simple changement de taille, la j duction de leur vignoble.

»Le rêve est fort beau et peut sans doute se trans mer en une douce réalité, pour quelques-uns; mais, f le plus grand nombre, il esta craindre que leur tenta n'aboutisse qu'à une complète et fâcheuse déception

iiOn onblie peut-être trop facilement, en effet, qu facteur essentiel d'une production excessive est Veav que l'on ne saurait prétendre accroître sensiblemeni rendements, quel que soit le mode de taille adopté, >.

vigne est exposée à souffrir delà sécheresse, ce qui n'est qu*un cas trop fréquent dans les vignobles méridionaux.

»Dans les régions à climat humide, on pratique depuis fort longtemps des tailles tout à fait semblables à celle dite de Quarante, à cette seule différence près que les longs-bois, au lieu d'être repliés Tun sur Tautre, sont simplement étalés dans le sens du courson qui les porte, ou encore recourbés en arceaux.

«Telles sont la taille duMédoc, la taille en espalier des Hautes et Basses-Pyrénées, la taille en tonnelle de TAllier, la taille avec deux arquets du Puy-de-Dôme, la taille à courgées du Jura, la taille en quenouille d'Alsace, etc., toutes ces méthodes sont, à quelques détails près, de la taille Guyot double.

»Ces constatations n'enlèvent rien au mérite de ceux qui, comme MM. Gimié, Laforgue, Coste-Floret, ont tenté, dans le Midi, l'aventure des tailles longues ; ils en ont d'ailleurs été récompensés par le succès, nous dirions volontiers par trop de succès, car nous craignons que leur exemple ne soit funeste à d'autres.

«L'adoption et le maintien des tailles longues dans toutes les situations que nous avons citées tout à l'heure se justifient, à nos yeux, parleurclimat. Aussi bien dans le Sud-Ouest que dans le Centre et l'extrême Nord-Est, de longues sécheresses sont rares, l'humidité est, au contraire, la caractéristique de ces régions, et ce n'est que bien exceptionnellement que la vigne y est exposée à souffrir de la soif. Dans ces conditions, les longs-bois conservent tous les avantages sur la taille courte ; plus fructifères, ils mènent toujours leur récolte à bonne fin sans souffrir d'arrêts prolongés dans leur végétation.

))La situation est la même dans les terrains du Midi où la sécheresse n'est pas à craindre, soit que le sous-sol abondamment pourvu d'eau puisse réparer sans interruption les pertes de la surface, soit que l'irrigation permette d'assurer au moment opportun la fraîcheur indispensable aux fonctions de la plante. Elle est même ici

- 30ÎS — plus favorable que partout ailleurs, puisque l'on dispose tout à la fois de l'humidité et du soleil I c'est d'ailleurs ce qui explique le succès de MM. Gimié et Laforgue, ainsi que de leurs imitateurs placés dans des conditions analogues.

«Mais les terrains très frais ou arrosables ni qu'une bien petite exception dans le Midi ; la règl« sécheresse, contre laquelle on a peine à lutter avec les anciens procédés de culture.

«Partout où l'on a de la fraîcheur en surabon quelle qu'en soit la source, on peut sans crainte a des tailles longues qui, si elles ne donnent pas s< de bons vins, en produisent toujours en grande dance. Mais il convientd'ètre prudent, trèspruden les terrains secs, où l'on serait exposé à voir se grir rapidement la végétation, après peut-être i deux récoltes extraordinaires. Il faut, dans les silt incertaines, tout au moins «tâler le terrain» par ui préalable, avant de risquer des dépenses consid< d'établissement, qui pourraient être en pure perti

Dans les climats tempérés, plus ou moins hu on réserve les terrains secs et les expositions cl aux vignes basses.

Si, dans le Midi, on a avantage à laisser les ra s'étendre naturellement au-dessus du sol, il n'en de même dans les régions humides où, au contr est utile de relever les pampres afin de faciliter Vi fement de la terre et des grappes. Les formes en et en espalier répondent bien à cette nécessité sont-elles fréquenlés dans le Sud-Ouest et aurloi l'Est.

Il est admis que plus les raisins sont près di plus leurs qualilés se développent. Autrement vignes basses sont considérées comme produise vins meilleurs que les vignes élevées à grand di pement. La raison de cet avantage se trouve da Perbaud, 3— édit.

maturité plus hâtive et plus parfaite des fruits due à riofluence du rayonnement et à la réduction de l'arborescence. La différence est d'ailleurs moins sensible dans les régions chaudes du Midi et du Sud-Ouest que dans les contrées plus froides de TEst, où la maturité des raisins laisse parfois à désirer.

Cette comparaison ne peut porter que sur des vignes soumises à la môme taille, quoique disposées de façons différentes. On sait que, dans tous les cas, les longs-bois, qui augmentent la production, déterminent une diminution de la qualité.

Ce n'est pas la forme du cep qui influe sur la qualité du vin, mais le développement de la charpente et surtout la taille des bois de Tannée. Ainsi les vignes sont dressées en espalier dans le Bordelais, en cordon dans la Bourgogne et en gobelet dans le Beaujolais, et tous ces vignobles produisent des grands vins. Mais partout les souches sont très réduites.

Dans les régions tempérées ou froides, il est donc préférable de maintenir les souches le plus près possible de terre. Mais une au Ire considération doit intervenir: au printemps, le rayonnement se traduit par un refroidissement qui peut provoquer la gelée. Ce phénomène est surtout redoutable dans les plaines et les vallées basses. Dans ces milieux, les souches devront atteindre une hauteur suffisante (de m. 50 à 1 mètre) pour échapper, autant que possible, à l'action du refroidissement, qui est d'autant moins intense qu'on s'éloigne davantage de la surface du sol.

En résumé, les formes à charpente réduite et les tailles courtes sont indiquées pour les climats chauds et les terrains secs ; les formes à grand développement et les tailles longues doivent être réservées pour les climats tempérés et les sols frais ou arrosables.

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