ÉCONOMIQUES
La culture de la vigne ayant pour but final la réalisation de bénéfices en argent, il est indispensable de tenir compte des conditions économiques, quand il s'agit d'adopter un système détaille.
Dans les plaines du Midi, où l'on ne peut espérer obtenir des vins de grande qualité, on doit chercher, par tous les moyens possibles, à augmenter le rendement, La taille est un de ces moyens ; elle sera, dans ce cas, aussi généreuse que le permettra la vigueur et la fertilité du cépage. Les vignes productives à la taille courte seront chargées en coursons et porteront, en outre, un ou deux longs-bois qui seront supprimés dès que la végétation de l'ensemble du cep paraîtra souffrir de leur présence.
Dans ces vignobles, on adoptera le mode de conduite qui assure la culture la plus économique. Le gobelet, sans échalas, est celui qui répond le mieux à ce desideratum, et on le préférera à toute forme, quand on n'aura pas une condition spéciale à satisfaire.
Les méthodes à taille longue, exigeant l'installation de treillis, comme celle de Quarante, ne paraissent recommandables que pour les sols profonds, frais ou arrosablés, oii l'on obtient des rendements considérables.
Dans les terres basses de l'Ouest, duCenlre et de l'Est, là où, grâce à la fertilité et à la fraîcheur du sol, on vise également à des rendemenls élevés, et où la valeur des vins atteint des prix suffisamment rémunérateurs, on pourra établir des cordons auxquels on fera rendre le plus possible.
Sur les coteaux et sur tous les sols susceptibles de pro-
duire des vins de choix, on taillera de façon à obtenir la plus grande qualité sans rechercher la quantité. Dans ce cas, les vignes seront dressées soit en gobelets échalassés, soit en cordons ou en espaliers à faible arborescence.
Ici se pose la question de savoir si quanliié et qualité sont absolument incompatibles.
On peut dire que la quantité est subordonnée — sinon proportionnelle — au nombre de bourgeons à fruit conservés à la taille d'hiver. Sur un cep, douze coursons à 2 yeux, par exemple, produiront plus que dix. En conséquence, une forte végétation promet une abondante production.
La qualité est liée à la marche de la végétation, notamment à l'époque de la véraison. Une sécheresse excessive comme une humidité trop grande, en ralentissant trop tôt ou en prolongeant trop longtemps la végétation, entravent la maturation et empêchent aux fruits d'atteindre toute leur perfection.
La qualité dépend aussi, nous l'avons dit déjà, du développement des ceps. Quatre souches à un seul bras ou une souche à quatre bras, tous terminés par un courson à 2 yeux, doivent donner sensiblement la même production par unité de surface. Mais la qualité des produits n'est pas la même dans les deux cas : elle est supérieure avec les ceps les plus réduits. L'augmentation du développement de la charpente d'une souche, considérée isolément, correspond donc à une diminution de la qualité : c'est un fait constaté.
Dans ces conditions, il paraît impossible de concilier quantité et qualité.
Supposons maintenant que l'on veuille doubler la production d'un vignoble. Pour y parvenir, il faut, théoriquement, doubler le nombre de bourgeons à fruit. Ce résultat peut être atteint de deux manières différentes: en donnant à chaque cep deux fois plus de bras et de
coursons, ou bien en plantant deux fois plus de ceps. Mais, dans le premier cas, le développement de chaque vigne étant augmenté, la qualité se trouvera diminuée ; dans le second cas, au contraire, la végétation des ceps restant la même, la qualité ne changera pas.
En conséquence, pour augmenter la quantité sans porter atteinte à la qualité, il suffit de planter serré en donnant à chaque vigne l'arborescence jugée la meilleure pour Tobtention de la qualité. Ainsi s'explique la densité des plantations dans les vignobles à grands vins, comme la Champagne, la Bourgogne, le Beaujolais, etc.
Enfin, tous les systèmes de conduite n'offrent pas les mêmes avantages pour la défense contre les maladies de la vigne.
L'oïdium et le mildiou peuvent être combattus facilement avec toutes les dispositions; mais il n'en est pas de même pour le black-rot. La préservation contre ce dernier parasite n'est obtenue qu'avecdes sulfatages très complets, appliqués à la fois sur les feuilles et les raisins Or, la pulvérisation est difficile dans l'intérieur des ceps conduits en gobelet, non échalassés; elle est beaucoup plus facile et plus rapide avec les vignes échalassées ou palissées.
Dans les vignobles contamiaés par le black-rot, qui offrent les conditions favorables au développement intense de ce champignon, on adoptera donc, de préférence, la conduite en treille.
Dans les régions où la pyrale exerce des ravages, on réduira le plus possible la charpente des ceps, au moins pendant les périodes d'invasion. On facilitera ainsi l'application des traitements, échaudage ou clochage, qui ont pour but de détruire cet insecte réfugié, pendant rhiver, sous les écorces de la vigne.
Nous avons envisagé séparément toutes les conditions qui président au choix d'un système de taille et d'un
mode de conduite de la vigne. Ces conditions peuvent se trouver combinées de façons très diverses ; nous ne pouvons entrer dans Texamen de toutes ces combinaisons. Mais, après ce qui a été dit précédemment, nous pensons qu'il sera facile à chacun de reconnaître les systèmes de taille et de conduite susceptibles de fournir les meilleurs résultats dans un milieu donné.