HISTORIQUE D£ LA CULTURE DU ROSIER
Certaines fleurs ont été, aux xvii*' et xvin® siècles, Tobjet d'une passion poussée parfois jusqu'à la folie; on sait combien les tulipes, les anémones, les jacinthes, étaient alors recherchées; la plus petite variation de forme et de couleur constituait une variété nouvelle, délices de son heureux et unique possesseur ; de véritables fortunes étaient à peine suffisantes pour solder ces trésors de Flore : une seule tulipe fut, dit-on, échangée contre une des premières brasseries d'Anvers! 11 est curieux que la rose seule ait échappé à cette mode ; jusqu'à la fin du xvm*' siècle on se contentait de cultiver dans les jardins les principaux types de cette fleur, sans songer à en augmenter le nombre par le semis de ses graines.
Les ouvrages de l'époque contiennent à peine quelques lignes sur le rosier; et citent brièvement les noms des espèces connues. Mizault, auteur du premier ouvrage spécial qui ait été publié sur l'horticulture, ne cite que quatre espèces de roses {De re hortensi, 1535). En 1600, le célèbre agronome Olivier de Serres donna la nomenclature suivante {Théâtre d'agri^ culture) : a Les rouges sont celles de Provins propres à faire la conserve. Les incarnates dites de Provence, celle d*oii distille la bonne eau de rose, l'une des blanches outre la
couleur est au reste semblable à Tincarnate^ Fautre est la damasquine ou musquate^ ainsi dite par sa précieuse senteur.»
Vers 1680, La Quintinie, jardinier du roi Louis XIV, réunit les plus belles fleurs pour orner les jardins de Versailles ; mais il semble, en parcourant ses ouvrages, qu*il faisait peu de cas de la rose, il s'est contenté de citer les roses alors cultivées. c( La rose odorante, la rose sans odeur, la rose de Hollande à cent feuilles, la rose blanc de lait, la rose blanc roux ou rose de Virginie, la rose blanche tachée, la rose rouge pâle, la rose couleur de chair, la rose rouge couverte ou de Provins, la rose panachée, la rose capucine, la rose de tous les mois, qui est une espèce de muscade rouge portant ses fleurs en bouquets, la rose qu'on appelle grande, enfin la rose de Damas ou muscade. »
Voici, d'après Filassier {Dict. dujard. franc, 1795), les roses cultivées dans les jardins à la fin du siècle dernier : a Lacentfeuilles, le rosier des quatre saisons, l'un à fleurs couleur de chair, l'autre à fleurs blanches et le troisième à fleurs rose très-pâle, le rosier mousseux, le rosier muscat à fleurs simples ou doubles, le rosier pompon de Bourgogne, le rosier pâle et le nain de Champagne à fleurs pourpres, le rosier cannelle, la rose purpurine de France, la rose incarnate, le rosier d'Espagne, le rosier de Pensylvanie, la rose cramoisie, la rose reine ou prolifère, la rose des Alpes, la rose ponceau ou capucine, la rose de Provins qui a deux variétés, l'une dite de chou, parce que ses pétales en prennent la forme, et l'autre à fleurs doubles plus nombreuses, mais plus petites, la rose d'Angleterre ou panachée de Flandre, le rosier jaune, le rosier blanc, le rosier de Damas, le rosier de Virginie. »
On voit qu'à cette époque on cultivait un grand nombre d'espèces de roses, mais les variétés qui présentent une modification de l'espèce, soit dans la forme ou le coloris de la fleur, étaient inconnues. Les Hollandais furent les premiers à cultiver les roses en collection et ils restèrent, jusqu'en 1820, à môme de fournir les autres pays des plus belles variétés. Le goût des roses reçut en France la première impulsion d'une gracieuse protectrice des fleurs, l'impératrice Joséphine,
qui se plaisait à faire rassembler à la Malmaison les plantes les plus belles et les plus rares; elle encouragea Dupont^ un des premiers qui aient formé en France une culture spéciale de rosiers; en 1814, sa collection comprenait déjà 163 variétés, la plus grande partie en provins non remontants. Vers la fin de Tempire, Descemet, borticulteur à Saint-Denis, possédait également un fort belle collection comprenant 300 variétés environ ;^raignant les désastres de l'invasion de 1815, il la céda à M. Yibert, qui la fit transporter à Ghenevières-sur-Marne; malgré l'époque avancée de la saison , il s'y trouvait compris un semis de 10,000 rosiers, qui furent la souche de la célèbre collection de Vibert, restée sans rivale pendant une vingtaine d'années.
Il y a 40 ans, on ne cultivait en collection que les roses non remontantes : provins, provence et damas ; quelques variétés dites quatre-saisons commençaient à être recherchées, mais l'introduction, à cette époque, des belles espèces dites des Indes, quoiqu'elles fussent originaires de Chine, fit peu à peu une révolution dans cette culture : nous citerons en première ligne les bengale, rapportés de Canton et introduits en Angleterre, en 1780, par le voyageur Kee, puis cultivés pour la première fois en France, au jardin des Plantes, en 1800. Cette rose fut l'objet de nombreux semis de la part des amateurs. En 1818, le docteur Cartier, un des rosiéristes les plus distingués de l'époque, obtint le bengale ordinaire à fleurs doubles. Les variétés de choix montèrent bientôt à une cinquantaine, qui furent en partie abandonnées à l'apparition des rosiers remontants; les fleurs des premières étant peu volumineuses et privées d'odeur. Cependant, on recherche toujours, pour corbeilles et bordures, le brillant cramoisi supérieur, Varchiduc-charleSy Vordinaire et madame-hréon, variété plus moderne et d'un mérite supérieur. Citons encore le bengale lawrence, véritable miniature introduite de l'île Bourbon par miss Lawrence, auteur d'un ouvrage anglais sur les roses.
Une autre espèce, remarquable par l'élégance de son feuillage et la teinte délicate de ses fleurs, la rose thé, originaire
de Chine, fut introduite en Angleterre en i789et ne parut dans nos cultures qu'en ^ 810. Les cultivateurs de TAnjou, contrée favorable à cette espèce délicate, la cultivèrent particulièrement et obtinrent successivement, à partir de i830, les thés bougére, niphetos, moiré, safrano et sombreuiL Citons également les roses thé triomphe-du-ïuxembourg et prince-d'esterhazy, obtenues par le célèbre rosiériste du Luxembourg, M. Hardy, dont l'admirable collection fut longtemps en première ligne; elle était surtout précieuse en ce qu'elle contenait les principaux types des espèces du rosier, tant indigènes qu'exotiques. A Lyon fut obtenu le thé mélanie^willermoz, dont les pétajes blanc de cire sont d'un bel effet, mais la perle du genre est la magnifique rose la gloire-de-dijon, obtenue en 4843 par un horticulteur de cette ville, Jacotot père.
Les espèces grimpantes du Japon et de la Chine, si vigoureuses et si florifères, seraient beaucoup plus répandues si elles étaient moins sensibles à la gelée ; cependant, lorsqu'elles garnissent un mur aux trois expositions, elles y forment un magnifique rideau de fleurs. Citons particulièrement l'élégant muUiflore, originaire du Japon, introduit en Angleten^e en i804, puis en France en 1820; le banks, vigoureuse variété qui se couvre de milliers de petites fleurs blanches ou jaune nankin, et qui, dans le Midi et en Italie, atteint la cime des plus hauts peupliers : cette espèce intéressante fut reçue de Chine en Angleterre en 1804, puis introduite en France en 1 820.
11 était à désirer qu'une espèce plus rustique pût servir dans nos jardins à l'ornementation des rochers, arbres et berceaux. Ces conditions ont été rencontrées dans le rosier ayrshire, magnifique variété, supposée hybride du rosier des champs, r. arvensis, et de quelque espèce des Indes, qui fut découverte dans un jardin du comté d'Ayr, en Ecosse. On a obtenu de ce rosier plusieurs belles variétés donnant dans une seule année des pousses de plus de dix mètres, qui se couvrent ensuite d'une splendide floraison.
En 1844, M. Noisette, horticulteur distingué, reçut de son frère Philippe Noisette, horticulteur à Charleslown, aux États-
HISTORIQUE DB lA CULTlTRB DU ROSIER. 47
Unis, un rosier d*un aspect particulier, des plus vigoureux, et remarquable surtout par ses fleurs en nombre considé* rable sur le même pédoncule; c*est, dit-on, un hybride de la rose musquée fécondée par quelque espèce indienne. Parmi les plus belles variétés de cette race, nous citerons le charmant rosier aimé-vibert, qui partage avec la rose du roi le mérite d*êlre la variété la plus cultivée : c*est ce rosier au feuillage foncé et aux fleurs blanc pur et en bouquets, si commun sur les marchés aux fleurs et toujours si recherché. Les rosiers lamarque, ophirie, solfatare, obtenus il y a une trentaine d'années par les rosiéristes de TÂnjou, n*ont pas été sur^ passés depuis par les nouveautés obtenues dans ce beau genre.
Deux anciennes races issues du damas continuèrent à jouir d'une grande réputation ; très-florifères, très-odorantes et trèsrustiques, elles sont cultivées en grand pour les bouquets et pour la parfumerie. On connaît la gracieuse réputation de Fontenay-aux-Roses, où la rose dite des quatre saisons couvre des champs entiers de ses charmantes fleurs d'un beau rose vif. Un autre village des environs, Puteaux, se livre à la même culture ; la rose qu'on y cultive diffère quelque peu de celle de Fontenay et sa souche drageonne moins. Une variété, dite de portîand, est surtout remarquable par sa floraison continue et la bonne tenue de ses rameaux. En 1846, M. Écoffay, jardinier au fleuriste de Sèvres, château de Saint-Cloud, obtint de semis l'admirable por^/and, dit rose du roi, variété remontante si florifère et d'une tenue si parfaite. Les roses remontantes étaient peu connues à celte époque, on ne citait dans celte série que les bifères palmyre et venusta, La rose du roi fil négliger les roses non remontantes et fut bientôt universellement cultivée; elle convient surtout pour la culture en pots et la culture forcée.
On peut dire que c'est grâce à celte variété que se forma une industrie spéciale destinée à fournir en toutes saisons des rosiers en pots et fleuris. Le commerce dont la rose du roi est l'objet est des plus importants ; de nos jours, un jgrand nombre de fleuristes s'occupent en grand de sa cul-
ture ; dans la Brie, des champs nombreux et étendus sont spécialement consacrés à sa multiplication et les sujets greffés sont livrés ensuite aux horticulteurs parisiens. Cultivés en pleine terre ou en pots, avec une habileté remarquable, ils apparaissent sur les marchés, complètement fleuris et brillants de fraîcheur et d'éclat ; achetés le plus souvent pour célébrer une fête de famille, ils vont orner le brillant salon du premier étage et la pauvre fenêtre de la mansarde ; mais ici, que de soins lui sont donnés, avec quel intérêt on suit son développement, quelle douce joie quand le calice verdâtre laisse apparaître le vif incarnat des pétales ! chacunf de ses fleurs est connue et aimée : à leur vue, les longues heures de travail s'écoulent plus douces pour l'humble ouvrière ; mais aussi, quelle amertume quand, faute d'air et de lumière, le pauvre rosier se flétrit et se meurt 1
En 1820, nos richesses furent encore augmentées par l'introduction de la rose de l'île Bourbon. A leur retour des Indes, les vaisseaux qui relâchèrent à l'île Bourbon, y introduisirent les ben gales et autres espèces des Indes ; ces espèces y prospérèrent et servirent à former les haies des plantations. En i817, M. Bréon, directeur du jardin botanique de l'île, découvrit un pied de rosier d'une végétation particulière dans la haie d'une plantation de l'ancienne Compagnie des Indes, appartenant à M. Edouard Périchon ; ce rosier était probablement un hybride du bengale et du rosier bifère, espèces dont la haie était formée. M. Bréon en envoya des graines à M. Jacques, jardinier au château de Neuilly ; celuici les sema et obtint quelques* variétés du pied mère, nommé à l'île Bourbon rosier édouard. En 1824, un individu de ce pied mère fut rapporté de l'île Bourbon par M. Neumann, jardinier du Muséum.
A leur apparition, les variétés de ce rosier étaient peu recherchées, lorsqu'un amateur distingué, M. Desprez, à Yebles (Seine-et-Marne), obtint, en 1831, deux variétés remarquables qui attirèrent l'attention sur celte race : c'étaient madame-desprez et charles^esprez^ puis, plus tard, la belle rose comice-deseine-et-mame. Citons en passant les plus beaux gains de
yarictés diverses obtenues par cet amateur^ dont les semis de roses se montaient à plus de quatre mille sujets chaque année. Le noisette-desprez, vendue par lui 3,000 fr., et son gain hors ligne la haronne-prévost, véritable type de perfection comme forme et coloris ; c'est surtout cette rose qui sert de modèle aux fabricants de fleurs artificielles ; elle a, dit-on, pour cela, plus de tenue que la rose cent-feuilles : les peintres recherchent plutôt celle-ci pour sa forme parfaite et gracieusement inclinée. Ils copient surtout sa belle variété dite cent-feuilles des peintres, d'un plus fort volume et plus ouverte. C'est cette rose qui a servi de modèle à nos premiers peintres de fleurs. Van Spaendonck, Redouté, etc.
Egalement artiste dans ses recherches du beau chez la plus belle des fleurs, Desprez les continua jusqu'à sa mort, en 4848. Cet amateur enthousiaste se fit apporter à ses derniers moments la rose préférée parmi celles qu'il avait obtenues pour y jeter un dernier regard.
On a gagné depuis des variétés remarquables en île-bourbon , entre autres paul-joseph et proserpine, obtenues par J. Lebougre, jardinier à Sainte-Radegonde (Seine-et-Oise). M. Souchet, cultivateur à Bagnolet près Paris, obtint d'un semis de quelques graines récoltées sur un rosier île-bourbon, neuf variétés remarquables, entre autres souchet, charles-souchety gloire-de-paris, comte-de-rambuteau, qui eurent une grande réputation et font encore partie des collections. A la même époque, Beluze, horticulteur à Lyon, obtint l'admirable souvenir-de-la-maîmaisony le chef-d'œuvre du genre. 11 parut à la suite quelques belles variétés en île-bourbon; mais depuis qu'on a obtenu de superbes hybrides remontants dans les coloris rougê vif, on néglige un peu les île-bourbon, dont les fleurs ne s'ouvrent pas toujours également bien.
Nous avons vu que les bengale étaient sujets à varier par le semis et à s'hybrider avec nos espèces européennes; il en est sorti une race dite hybride du bengale, non remontante, il est vrai, mais d'une vigueur et d'une rusticité remarquables. Cette race, qui provient probablement du croisement des bengale avec les provins, fut obtenue de 1813 à
1840. Les variétés premiferement obtenues ne donnaient pas de graines fertiles, lorsqu*en 1830, Guérin, horticulteur h Angers, obtint le superbe rosier maîtofiy dédié par lui à sa nièce Joséphine Malton; puis M. Jacques, jardinier au château de Neuilly, obtint de son côté athaliriy tous les deux excellents porte-graines. Une superbe variété hrennusy également vigoureuse, fut obtenue à la même époque par le célèbre rosiériste Laffay, de Bellevue près Paris.
De malton et athaîin sortirent les premiers hybrides remontants, probablement issus de leur croisement avec lesportlands. Le premier fut la gloire-d'angers, obtenu par Guérin; mais ces premiers hybrides^ généralement d'une faible végétation, n'étaient pas franchement remontants ; les rosiéristes leur ont donné le nom de petits remontants, pour les distinguer des hybrides remontants si recherchés aujourd'hui.
C'est à M. Laffay que revient l'honneur d'avoir créé la magniBque race hybride remontante : les premières variétés, le prince -albert et la princesse-hélêne, furent obtenues par lui en 1837, mais son triomphe fut la superbe rose la reine, gain de 1843. Citons encore les roses gracieuses duchesse-de-sutherland, auguste-mie, madame-laffay. (Cet habile rosiériste habite maintenant l'Algérie.)
Une fois l'impulsion donnée, celle belle race hybride prit la première place dans nos jardins; de nombreux semis furent faits, qui portèrent à plus de mille le nombre des variétés successivement citées dans les catalogues. Parmi les rosiéristes qui obtinrent les résultats les plus remarquables, citons l'habile semeur Margottin, dont il suffit de noter les magnifiques gains : jules-margoitin , lord-palmerston , triomphe-de-V exposition , souvenir-du-comte-de-cavour; M. Verdier père, si expérimenté dans cette culture, et qui a obtenu françois-lacharme et madame- furtado ; M. H. Jamain, si connu par ses belles cultures; M. Fontaine, dont les gains les plus remarquables sont : léon-hotschoubey et comtesse-cécile-de-chabrilîant ; Paillet pour madame-de-montigny , etc.; des belles et grandes cultures de la Brie sont sorties également de fort beaux gains; Quétier, de Meaux, l'heureux obtenteur des roses duchesse -d'orléans
et comte-de-nanteuil; MM. Granger et Cochet, de Suisnes, dont les roses de semis sont fort remarquables. Parmi les plus belles obtenues par des amateurs, citons la rose éblouissante généraljacqueminoty obtenue à Meudon par M. Roussel. De nombreux semis ne lui avaient jusqu'alors rien donné de remarquable, lorsqu'il les légua, à sa mort, à son jardinier Rousselet, qui en obtint. Tannée suivante, cette rose de premier ordre.
Depuis quelques années, Lyon rivalise avec Paiis pour les roses; deux semeurs heureux et habiles s'y font remarquer : M. Guillot père, dont nous citerons lord-raglan, sénateurvaisse, souvenir-de-laweson-gower ; M. Lacharme, bien connu pour ses beaux gains anna-de-diebachy louise-perronny, prairedvr-temoir et victor-verdier. Citons encore M. Nérard, horticulteur, pour son beau gain géant-des-batailleSy si universellement connu.
Angers est également renommé pour les belles roses remontantes sorties de ses cultures. M. Guinoiseau-Flon a obtenu dans les coloris tendres julie-guinoiseau. Le successeur de Guérin, M. Boyau, a obtenu la rose madame-bolly variété remarquable par son feuillage magnifique. 11 est sorti également de beaux gains des pépinières de M. A. Leroy et de M. Robert, de celte ville.
Citons, parmi les autres villes, Montauban, Orléans, Nancy, Caen et Dijon, qui se sont fait remarquer par quelques roses de premier ordre sorties de leurs pépinières.
La rose est l'objet d'une culture fort avancée en Angleterre et en Belgique. Les roses de coloris tendres et semi-doubles y fleurissent admirablement; mais le rosier y fructifie mal : aussi cite -t- on peu de gains originaires de ces contrées. Parmi les rosiéristes anglais d'une grande réputation, nous citerons Rivers, William Paul, Wood, puis, pour la Belgique, VanHoulte,deGand.
Le tableau ci-dessus ne donne qu'une faible idée de Timportance de la rose au point de vue de sa culture commerciale; c'est par millions de francs qu'il faut évaluer la valeur des rosiers livrés par les cultures de Paris et de ses Bnvirons. Il ne nous est pas possible d'en donner un calcul
approximatif; mais^ rien que pour les églantiers^ M. Margottin nous a affirmé que le prix d'achat payé par les rosiéristes de Paris s'élevait à plus de 100,000 francs par an.
La multiplication en grand du rosier, en exceptant les cultures particulières de nos premiers rosiéristos, se fait surtout dans la Brie. Les cultivateurs de plusieurs villages près Brie- Conate-Robert se livrent particulièrement à ce genre de culture. Si on parcourt cette contrée pendant la floraison des roses, on est frappé de Faspect admirable de ces vastes plantations qui contiennent parfois jusqu'à 30,000 sujets réunis. Pleins de vigueur et de jeunesse, ils forment un brillant contraste avec la teinte verdâtre et uniforme des champs voisins; c'est surtout aux premières heures du jour que ce spectacle est d'un effet ravissant. A peine les rayons du soleil levant viennentils dissiper le rideau de vapeurs qui s'étend sur la campagne, que Ion voit briller de vives couleurs des milliers de roses entr'ouvertes, dont les teintes, pleines de fraîcheur, sont encore relevées par le scintillement des gouttes de rosée, retenues dans chaque corolle ! Mais, dans ces campagnes solitaires^ nul n'est là pour les contempler; le laboureur passe indifférent, courbé sous le poids de ses instruments de labeur; seule, Valouctte s'élève dans les airs, du milieu de ces fleurs et célèbre par son chant ces splendides beautés de la nature.
Mais l'hiver est venu, les champs et les jardins sont dépouillés de leur parure; seuls, quelques boutons s'entr'ouvrent avec peine sur les tiges grêles et dénudées du rosier du Bengale. Pénétrons dans le plus pauvre faubourg de Paris, en suivant la triste i*ue de Lourcine. Au fond de la cour d'une de ses maisons, un vaste terrain se présente à nos yeux, complètement couvert de serres étroites et en partie enfoncées dans le sol. Après y avoir pénétré avec peine, on ressent une douce chaleur, les yeux sont éblouis par le magnifique spectacle de quarante mille rosiers en pleine végétation et couverts d'une multitude de fleurs dans toute leur perfection, dont les vives couleurs sont encore relevées par un feuillage délicat et d'un beau vert tendre.
Plus loin, sous de vastes châssis, une véritable forêt de lila3