‹ La taille du rosier, sa culture, ses belles variétésChapitre 11 sur 69 · HISTORIQUE DB LA CULTURE DU ROSIER · texte numérisé non relu

HISTORIQUE DB LA CULTURE DU ROSIER

est couYerte de milliers de grappes d*un blanc virginal. Ces fleurs^ obtenues dans toute leur perfection par M. Laurent, Thabile créateur de ces merveilles, iront orner les fêtes de rhiver. Luxe inutile, dira-t-on ; source de travail, doit-on dire. Depuis le pauvre bûcheron des contrées les plus arides de la Champagne, qui gagne son pain de Thiver en allant arracher des églantiers sauvages, jusqu'à la jeune fille, dont les habiles mains dressent les parures de fleurs, que de travail la rose procure ! A combien de familles n'assure-telle pas la subsistance !

Les roses d'Europe sont, on le voit, l'objet d'une culture importante; mais, en Orient, le but de cette culture est moins Tembellissement des jardins que la production de l'essence et l'eau de roses. On ignore généralement l'importance de cette culture industrielle : aussi croyons-nous qu'il n'est pas sans intérêt de traduire ici une note publiée dans un journal anglais, par un chimiste américain de l'université de Louisville, M. Lav^rence Smith, qui a longtemps habité la Turquie :

a Dans la Turquie d'Europe, au midi de la chaîne de montagnes de Balkan, à soixante milles environ d'Andrinople, se trouve la ville de Kesanlik, située au milieu d'une vaste plaine entièrement consacrée à la culture du rosier. Cet arbrisseau y atteint une hauteur de quatre à six pieds environ, et fleurit pendant six semaines, de mai en juin. Les roses sont cueillies au point du jour, avec leur calice et à demiouvertes; chaque buisson rapporte journellement une livre et demie de fleurs.

« Une fois cueillies, les roses sont portées immédiatement chez le distillateur, car elles ne peuvent se conserver plus d'une journée sans fermenter. Elles sont mises de suite dans un alambic de cuivre d'une contenance de trente gallons environ, dans la proportion de soixante livres de roses pour quinze gallons d'eau. On distille une première fois, pour recueillir la moitié de l'eau dans de larges bouteilles; puis, cette eau est distillée une seconde fois. On laisse ensuite reposer; l'huile essentielle qui surnage est recueillie avec

une cuiller. L'autre moitié de l'eau restée avec les fleurs est passée, ajoutée à une nouvelle distillation de roses fraîches, puis vendue sous le nom d'eau de roses.

« La quantité de fleurs nécessaire pour produire un drachme et demi d'essence varie, selon la température^ de trente à soixante livres. Si la température est humide, le produit atteint son maximum; si elle est trop chaude, les rosiers fleurissent trop vile et le produit diminue. En général, sous la direction de M. Smith, dix mille livres de roses fraîches produisaient trente -six onces d'essence, dont le prix de revient était de 34 livres (850 francs). La quantité d'essence produite par le district est estimée devoir être annuellement de vingt-huit à trente-trois mille onces; mais cette quantité est fort augmentée par l'addition d'essence de géranium, qui se vend en grande quantité dans le pays pour falsifier l'essence de roses. »

Dans le midi 'de la France et dans deux ou trois villages des environs de Paris, la rose est également cultivée, mais d'une manière plus restreinte, dans le but d'en tirer l'eau de roses ; toutefois les produits obtenus n'atteignent pas ceux des roses de l'Orient pour la quantité et la qualité.

Le rosier est rustique et peu difficile sur la qualité du sol : aussi se rencontre-t-il à toutes les expositions et dans les terrains de qualités les plus diverses. Ce mérite, que peu de végétaux possèdent, le rend pour ainsi dire d'une culture universelle; aussi est-il peu de jardins où il ne puisse végéter* Hais ce n'est que dans une bonne terre végétale, fraîche sans être trop humide, et suffisamment profonde, qu'il atteint tout son développement et toute la richesse de sa végétation. Il est de toute nécessité que le sol soit neuf, c'est-à-dire qu'il n'ait pas été épuisé par la culture d'arbustes du même genre.

Du reste, s'il s'agit d'un jardin, il est le plus souvent inu-^ tile de conseiller tel ou tel sol ; le rosier étant cultivé pour Tornement des habitations, on n'a pas dans ce cas le choix du terrain, il ne s'agit plus que de tirer le meilleur parti de celui que l'on cultive. 11 n'en est pas de même de la multiplication du rosier, car du choix du terrain dépend souvent la réussite de l'opération pour le rosiériste commerçant, qui n'est rémunéré de ses frais que dans le cas d'une réussite parfaite comme reprise et végétation. Les terres sablo-argileuses, plutôt fortes que trop légères, surtout celles qui se trouvent dans une vallée fertile et un peu fraîche, don-r nent les meilleurs résultats. Certains sols calcaires, assez frais et de bonne nature, en donnent également de bons ; mais il ne suffit pas que le sol soit favorable, il faut, avant tout, qu'il ne soit pas sujet aux ravages du mans ou larve

du hanneton. Nous avons vu de vastes plantations d* églantiers complètement ruinées par cet insecfe, qui semble préférer les sables gras, ni trop secs ni trop humides.

Nature du sol. Le sol cultivable se divise, selon sa composition, en trois sortes de terres : le sable, Targile et ]a chaux. Ces terres sont rendues végétales par la présence de l'humus, terreau provenant de la décomposition des substances végétales et animales, qui donnent à la terre cette teinte plus ou moins noirâtre. Si cet humus est en excès, comme cela existe dans les marais, il constitue les terrains tourbeux. L'humus est également en excès dans les jardins maraîchers par suite de l'emploi fréquent du fumier, ce qui forme alors un sol composé de terreau presque pur.

Un sol de bonne qualité est formé d'un mélange convenable des terres ci-dessus ; pures, elles sont infertiles.

Le sable (silice, terre légère) est très-perméable à l'eau, mais la perd très-promptement; aussi les sables sont-ils arides par excès de sécheresse. Le rosier y végète et y fleurit de bonne heure au printemps, mais il y souffre de la sécheresse en été, son écorce se durcit et se brûle, les fleurs sont imparfaites et peu durables. Le rosier sur églantier y est peu vigoure ux ; si le sable est gras et frais, le rosier y végète admirablement, sa floraison y est fort belle et abondante. Malheureusement, ces terres légères sont sujettes au mans du hanneton.

V argile (alumine, terre forte, terre froide) absorbe difficilement l'eau et la perd de même; la végétation est forte et prolongée, les roses sont belles, mais peu abondantes et peu odorantes. Quand l'argile est de bonne nature, ni trop compacte ni trop humide, elle constitue une bonne terre à blé, les rosiers y végètent parfaitement, le feuillage est d'un beau vert et les fleurs sont belles et durables.

La chaux (calcaire, terre blanche, marne, craie, plâtre). Cette terre est généralement pierreuse, elle absorbe facilement l'eau, mais la retient assez longtemps; la surface du sol est sujette à se durcir, à se tasser, et la gelée le soulève et

déchausse les racines. Le rosier y végèle généralement bien, les roses ont un riche coloris et sont Irès-odorantes.

Certains sols calcaires, trop divisés par la culture et le terreau, ne conviennent pas au rosier : les racines périssent dans ce sol devenu trop brûlant. Tels sont quelques vieux jardins des faubourgs de Paris où le rosier ne dure que peu d*années. En général, une terre neuve, surtout une terre de champ ou de prairie, est la plus convenable à cette espèce.

On fait bien d'améliorer le sol avec des terres neuves de nature différente, mais ce mélange est fort coûteux et n'est jamais bien intime. Les débris de démolitions, plâtras, etc., sont excellents pour les sols froids, argileux, sablonneux et tourbeux, et, en général, pour tous les sols neufs et humides.

Le rosier vient à toute exposition, même au nord, mais il faut avant tout qu'elle soit aérée; car il dépérit dans les jardins privés d'air de l'intérieur des villes. Une exposition trop chaude et en plein midi lui convient peu, ses fleurs y sont flétries à peine ouvertes. Il vient parfaitement à une exposition découverte, surtout s'il se trouve, à une distance peu rapprochée^ quelques arbres placés au midi, qui le garantissent pendant les heures les plus chaudes de la journée ; toutefois, le plein soleil sera préférable à l'ombre, car le rosier végète mal à l'ombre des arbres; de même il redoute d'être trop rapproché d'un mur, à moins qu'il ne soit soumis à l'espalier, le voisinage de ce mur lui renvoyant trop de lumière oU d'ombre et le privant d'air.

Les rosiers multiflores, banks et autres espèces grimpantes, conviennent pour les murailles et, plus particulièrement, au levant et au couchant. Las banks et ayrshires sont recherchés pour berceaux, rochers, troncs d'arbres, etc.

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Le rosier se reproduit naturellement par le semis et par le développement des drageons, qui sortent des racines et forment de nouveaux sujets à peu de distance du pied mère. On le multiplie aussi par la division de ses parties, la séparation des touffes, la marcotte^ la bouture et la greffe. Excepté le semis, qui donne des sujets plus ou moins semblables au pied mère, mais jamais complètement identiques, les autres procédés par division reproduisent le pied mère sans aucune modification.

Nous allons étudier successivement ces divers procédés, en faisant remarquer que le semis n*est pratiqué que dans le but d'obtenir des variétés plus méritantes, et que certains procédés de multiplication, tels que la greffe à œil dormant, la bouture à froid et la marcotte, sont les procédés les plus simples, les plus sûrs, les plus généralement usités, et ceux qui donnent les sujets les plus vigoureux et les plus durables ; que la greffe à œil poussant, la greffe forcée, laèouture forcée^ ne sont usitées que dans le but d'obtenir une multiplication plus prompte, surtout lorsqu'il s'agit d'activer la multiplication d'une nouvelle rose dont on ne possède que peu de sujets ; mais généralement les sujets obtenus par ces procédés pèchent par leur défaut de vigueur et de durée.

Le rosier est, du reste, une des plantes qui possèdent les facultés les plus puissantes de reproduction ; il suffit qu'une portion de tige ou de racine soit en contact avec le sol, pour développer des racines et former un nouvel individu. M. Lecoq a fait des boutures avec une feuille munie à sa base du

lambeau d'écorce sur lequel se trouve placé Tœil^ et ces boutures^ mises sous une bâche chauffée^ puis couvertes d*un \erre à bière^ se sont développées au bout de six semaines. Ce procédé est curieux^ mais d'une réussite difûcile> une bouture sur huit au plus se développant.

Le semis.

Nous avons dit que les graines du rosier à Tétat sauvage le re produisent avec fort peu de variations dans la forme^ rien ne venant troubler son mode naturel de végéter. Nous avons dit également que^ par TefTet de la transplantation dans un sol et sous un climat dilféient^ cet abrisseau variait dans sa descendance d'une façon remarquable. Les sujets qui en proviennent conservent généralement les caractères propres à Tes* ^ce, mais ils varient fortement par la forme> le plus ou moins d'ampleur de la fleur et par son coloris; les unes sont simples^ et c'est le plus grand nombre ; les autres sont doubles ou semi-doubles^ et parfois il se rencontre^ parmi ces dernières, des fleurs remarquables comme perfection : c'est dans le but de les obtenir que l'on fait des semis de roses. Ces fleurs méritantes reçoivent un nom particulier pour les distinguer des autres roses; multipliées par division^ elles constituent alors une variété horticole.

Un petit nombre de rosiéristes s'occupent de semis ; quelques-uns ont acquis une véritable renommée à ce sujet. Tout en attendant beaucoup du hasard^ ils ne s'y fient pas complètement, et préparent le succès par un choix intelligent des porte^graines. Il est probable que, d'une variété méritante et se distinguant par des caractères tranchés, il y a plus d'espoir d'obtenir des gains également méritants ; cependant, il ne faut pas croire que ce soient les variétés les plus parfaites fui donnent toujours les plus beaux gains. Quelques roses semi-doubles et de second ordre ont souvent donné des va* viétés hors ligne.

Certaines variétés fructiûent mal, quelques-unes sont com-

60 HULTIPLIGATION DU ROSIER.

plétement stériles^ d'autres, au contraire^ fructifient parfaitement et sont d'excellents porte-graines.

De nos jours, les nouveautés en roses augmentent d*une manière remarquable. Elles se distinguent plus ou moins de celles déjà connues ; quelques-unes, trop vantées à leur apparition, sont vite oubliées ; d'autres, véritables modèles de perfection, conservent longtemps la première place dans nos jardins : elles ne disparaissent que lorsqu'un autre gain du même genre, comme forme et coloris, vient les surpasser comme beauté, perfection et vigueur. C'est cette cause qui a fait disparaître des collections d'amateurs éclairés certaines variétés méritantes, il est vrai, mais que d'autres variétés ont avantageusement remplacées depuis.

La nature étant infinie dans ses formes et variations de coloris, on ne sait où doivent s'arrêter ces variations dans les nouveautés. 11 y a trente-cinq ans, un amateur distingué, PiroUe, croyait presque avoir épuisé tout ce que ce beau genre était susceptible de donner en formes et .coloris. Cependant des milliers de roses nouvelles ont été obtenues depuis , et la belle série des hybrides remontants a été créée.

11 ne faut pas, toutefois, que ce désir d'obtenir des nouveautés fasse rejeter une variété parce qu'elle est ancienne, du moment qu'elle n'a pas été remplacée dans son genre par une plus méritante. De faux amateurs poussent cette manie, toujours coûteuse, au point de n'estimer et ne rechercher une rose que parce qu'elle est nouvelle. Il nous est quelquefois arrivé de parcourir une collection avec son propriétaire, rosomane passionné, et d'avoir remarqué que son admiration croissait en raison de la rareté et de la nouveauté de telle ou telle variété ; aussi quel prix n'aurait-il pas donné d'une rosé bleue, mais à la condition d'en être le seul possesseur I

Que de belles roses ont été abandonnées parce qu'elles étaient anciennes et qu'elles ne remontaient pas ! cependant toutes n'ont pas été remplacées par des variétés du même genre et du même coloris. Quels rosiers remontants ont pu remplacer comme végétation les hybrides brennus et malton.

HULTIPLICATION DU ROSIER. 61

et former^ comme ce dernier^ une superbe tête de deux à trois mètres de diamètre couverte de milliers de fleurs ? Les sujets qui ornent le jardin de M. Margottin^ à Bourg-la-Reine^ et le magnifique rosier malton, de la taille d'un petit pommier^ que tant de personnes se rappelent avoir admiré dans le rosarium du Luxembourg où il attirait tous les regards^ quand il se couvrait de milliers de fleurs d'un pourpre éblouissant^ sont les preuves qui peuvent servir à constater ce regi'et.

Les baies du rosier sont récollées fin novembre > puis semées immédiatement avant Thi^er ; le semis qui se fait au printemps lève tardivement et irrégulièrement; beaucoup de graines ne se développent que la seconde année et une grande partie avortent. Une fois les baies récoltées, on les écrase dans un vase plein d'eau; les graines tombent au fond, on les fait se ressuyer, puis on les sème en pleine terre, en caisses ou terrines.

Pour semer en pleine terre, on prépare une plate-bande, formée d'un mélange de terre de bruyère et de terre franche, le long d'un mur au levant. Une terre sablonneuse se dessèche trop facilement; une terre trop forte forme une croûte et fait obstacle à la sortie du germe. Le sol bien égalisé, on sème assez clair, on couvre le semis de deux à trois lignes de leiTe de bruyère (trop profondément enterrée, la graine ne lève pas); puis on le couvre d'une cloche ou d'un châssis, pour protéger le sol contre le tassement produit par les pluies de l'hiver, et garantir le jeune plant des gelées tardives du printemps. Le semis sous châssis donne de moins bons résultats que celui qui est fait sous cloche.

11 faut se garder d'étendre un lit de mousse sur le semis^ car cette mousse reprend racine sous la cloche et nuit aux jeunes rosiers. On ouvre les cloches et châssis quand le temps est beau, puis on découvre complètement en avril.

Si on semait en pleine terre, sans cloche ni châssis, il serait préférable, pour éviter les accidents d'hiver, de stratifier la graine aussitôt récoltée, c'est-à-dire delà mettre lit par lit dans un pot de terre avec du sable fin, puis de placer ce pot dans une cave fraîche et froide. Si la température y est trop

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élevée, la germination se fait trop promptement. On sème en mars les graines germées , puis on recouvre le sol pendant quelques jours avec un léger paillis ou de la mousse, que Ton retire au moment de la levée des graines, qui sortent de terre en mars et avril.

Les semis en pleine terre ont Tinconvénient grave d'être souvent bouleversés par les courtillières et vers de terre : aussi quelques personnes préfèrent-elles les semis en caisse ou terrine. Un semeur habile, M. de Sansal, les fait ainsi et s'en trouve bien. Ce semis est également conservé sous cloche . ou châssis jusqu'en avril, époque où il ne risque plus d'être endommagé par les gelées tardives^ la terre sera maintenue modérément humide par de légers bassinages.

Si le jeune plant est trop épais, il sera transplanté en mai, en pleine terre, espacé en lignes à S centimètres, puis garanti pendant quelques jours du soleil, par un paillasson soutenu par des perches. On le maintient de même modérément humide» par de légers bassinages, puis on se contente d'enlever à la main les mauvaises herbes. Plus le plant est jeune, moins il souiïrira de la transplantation. Quelques pieds fleurissent la première année; on supprime ces fleurs pour ne pas nuire à la vigueur du plant. Les bourbons et bengales fleurissent souvent la première année, les remontants la seconde, et les provins et cent-feuilles ne fleurissent généralement que la troisième année et même plus tard.

Le jeune plant est transplanté en novembre sans être taillé; on prépare une plate-bande de 1 mètre de largeur en terre franche et défoncée à un fer de bêche, évitant de fumer pour ne pas retarder la floraison par excès de vigueur. On espace les pieds sur trois lignes, à 15 centimètres d'intervalle; cette distance, d'abord trop rapprochée, s'élargit peu à peu par suite de la suppression des sujets de peu de mérite; ceux à feuilles petites, maigres, étroites et ceux à fleurs simples ou mal faites sont arrachés à la main. On réserve son appréciation pour les fleurs semi-doubles, qui sont parfois doubles l'année suivante. Ce n'est que plus tard , quand le sujet a pris de l'âge, qu'une rose est dite fixée; c'est alors que l'on

peut juger en parfaite connaissance de cause de son mérite comme beauté et coloris. Il est bon, pour les variétés de bon augure, de poser des greffes sur quelques sujets d* églantier, ce qui permet de les juger plus sûrement, et ôle tout risque de perdre cette variété, si le pied mère vient à périr.

Certains amateurs, moins expérimentés que les rosiéristes, se laissent quelquefois aveugler par la paternité et prônent leurs gains outre mesure et trop tôt; les semeurs éclairés se réservent pendant quelques années la jouissance exclusive des gains provenus de leurs semis : ils ne publient que des plantes de premier ordre, les mettent en souscription à un prix fixé à l'avance, et les multiplient par les procédés les plus prompts, tels que la greffe et bouture forcée ; mais les nouveautés se maintiennent peu de temps à un prix élevé, les procédés de multiplication étant prompts et à la portée de tous, puisqu'une seule rose coupée et offerte dans un bouquet, permet, par l'emploi des yeux qui se trouvent sur son pédoncule, d'obtenir en une seule saison un nombre considérable de greffes et de boutures.

Les jeunes rosiers de semis sont taillés la troisième année et les années suivantes, dans le but d'en obtenir quelques belles roses le plus promptement possible, sans s'occuper de la forme du sujet. On conserve deux ou trois forts rameaux, puis on les taille très-longs, les yeux de l'extrémité étant plus disposés à fleurir que les yeux de la base. Par une taille trop courte, on n'obtiendrait guère que des rameaux à bois peu florifères. Si le rosier de semis n'est pas taillé, on risque de n'obtenir que des roses qui ne présentent pas la perfection qu'elles sont susceptibles d'atteindre et qui ne peuvent être étudiées avec sûreté.

Une fois la rose jugée méritante, l'obtenteurlui donne un nom. Le choix de ce nom n'est pas indifférent, car nos roses ne portent que trop souvent une dénomination ridicule, peu convenable, trop longue ou trop difficile à retenir. Les coloris tendres doivent être désignés par un nom, ou plutôt par un petit nom de femme ou de jeune fille.

Il y a quarante ans, les roses étaient plus justement dési-

gnées sous les noms gracieux de noémie, coupe-d*hébée, triomphede- flore, acidaîie, la vestale. De nos jours, les noms de roses sont souvent ou trop longs ou difficiles à prononcer. Comment retenir des noms tels que : souvenir-du-voyage-de-sa-^ajesté~la-reine-d'angleterre,madnme-larComtesse'lucie de-barantede-monthozon, monsieur-le-baroii-de-heeckeren-de-wassenaer, etc . ? Ces noms sont le plus souvent estropiés dans la pratique, et ne le sont pas toujours avec l'intelligence du jardinier qui le premier s'est avisé de donner à la rose marquis-de-dreux-brézé le joli nom de rose marquée-de-deux-baisers. On doit rejeter également les noms ridicules, tels que géant-des- batailles, liondes-combats, etc.; nos pères n'auraient pas supporté de telles absurdités; tout au plus peut-on leur reprocher un peu de légèreté lorsqu'ils désignaient une rose du nom de cuisse-denymphe-émucy pour mieux exprimer l'admirable carnation de cette variété.

On peut, à la rigueur, donner le nom d'un homme utile ou celui d'un guerrier à une rose de nuance éclatante; encore doit- on craindre les changements politiques, si on ne veut pas voir la pauvre fleur subir le sort de son patron. En France, n'avons-nous pas vu, en i 815, la rose napoléon changer son nom en celui de grand-alexandre, et les Bcjges lui donner le nom de foHe-du-corse ?

Multiplication par drageons.

Les rosiers de l'Europe et de l'Asie-Mineure développent des drageons sur leurs racines; ces pousses stolonifères souterraines sont tendres , blanchâtres et charnues ; après s'être allongées horizontalement dans le sol, elles sortent de terre à une certaine distance du pied mère et forment des pousses vigoureuses qui ont leurs racines propres, et peuvent être déplantées pour former un nouveau sujet.

Les églantiers des bois, les cent-feuilles et les provins développent un grand nombre de drageons; les espèces indiennes bengaUy thé, et les espèces grimpantes banUs, muUiflore,

ne drageonnent pas^ mais développent quelques fortes pousses sur la souche et près de terre.

Les drageons sont enlevés à Tautomne^ si on a Tintention d'en former du plant, raccourcis à une longueur de trentecinq centimètres, tige et racines ; puis plantés en lignes dans une plate-bande. Ceux qui ne doivent pas être utilisés, sont supprimés rigoureusement aussitôt leur apparition.

Multiplication par séparation de pieds.

Les touffes des rosiers francs de pied prennent de la force en vieillissant et s'augmentent des drageons et gourmands qui se développent des racines et sur la souche. Si on arrache ces fortes toufifes et si on les divise, en faisant en sorte que chaque portion de la touffe conserve un certain nombre de racines, on pourra faire ainsi plusieurs pieds d'un seul sujet. C'est à ce procédé si simple de multiplication que l'on doit l'abondance des rosiers dans les jardins les plus rustiques ; il est surtout usité pour les rosiers francs de pied qui drageonnent, tels que les cent- feuilles, provins, pompo7iSy etc. Les rosiers des Indes ne drageonnant pas, leur tige est souvent unique jusqu'à une certaine hauteur; dans ce cas, la division du pied n'est pas possible, mais il aiTive que ce pied est composé de deux ou trois tiges qui peuvent être parfois éclatées et former ainsi deux ou trois touffes. Il suffit que ces éclats aient conservé quelques fragments de racines, pour que la reprise soit parfaite. On sépare les touffes à l'époque des labours d'hiver, ce qui suffit, le plus souvent, pour entretenir le jardin convenablement garni.

Multiplication par marcottes.

Si par hasard une branche inclinée vient à toucher le sol, il se développe des racines au point de contact, et cette branche forme un nouveau pied. On a imité ce procédé en enter-

rant les branches courbées de certains arbres et arbustes qui ont la faculté de développer des racines sur les branches en contact avec le sol. Les espèces à bois tendre : les figuiers, groseilliers, rosiers, glycines, se multiplient facilement par ce procédé.

La marcotte réussit pour le rosier, mais on l'emploie surtout pour les espèces à bois dur qui ne se multiplient pas facilement de boutures. Tels sont les cent-feuilles, les moussues, les provins, pompons, damas.

Marcottes avec rameaux de Tannée prcccdcnte.

En avril, on choisit des rameaux de grosseur moyenne et développés Tannée précédente ; on les incline vers le sol, de façon que la portion courbée puisse être en partie enterrée dans une petite tranchée que Ton a eu soin de pratiquer au pied du rosier (fig. 1). Il est essentiel, pour faciliter le dévelopi-

Fig. 1. Marcelle.

pement des racines, de faire une incision transversale sur la partie courbée de la tige, sous un œil, et au tiers de Tépaisseur de celte tige; puis on remonte de trois centimètres environ dans le sens de la tige, ce qui forme un éclat sur lequel des racines se développent. Une fois le rameau entaillé, on le fixe dans la tranchée avec un ou deux cro-

cbets de bois, puis on le recouvre de sept ou huit centimètres de terre.

La réussite de cette opération dépend en grande partie de la qualité de la terre et des fréquents arrosements; si cette terre est trop forte et peu terreau tée, on en rapporte une plus substantielle et plus légère. On taille à dix centimètres la portion de la marcotte qui sort de terre ; au bout de trois mois^ elle est généralement enracinée. En novembre, on s'assure si les marcottes sont enracinées en les découvrant avec précaution, avec la main ; celles qui sont enracinées sont séparées du pied mère et mises en place. Les marcottes qui n'ont formé qu'un bourrelet charnu sur la coupe, sont conservées une année de plus. La marcotte sans incision est un mauvais procédé, la portion enterrée mettant, dans ce cas, deux années à s'enraciner.

Marcottes avec rameaux herbacés.

Plusieurs espèces de rosiers, principalement les moussus et la rose du roi, reprennent difficilement de marcottes. H est avantageux, pour ces variétés et pour les autres, de faire la marcotte avec les pousses herbacées du printemps. En juin, on choisit de longs rameaux herbacés , on enlève les feuilles sur la partie qui doit être enterrée, puis on pratique comme ci-dessus ; mais comme le rameau se casserait sûrement si on pratiquait en même temps la courbure et l'incision , on couchera la rameau sur le sol, puis on l'y maintiendra avec un crochet de bois. L'extrémité du rameau se relève naturellement et le pli est pris; huit jours après, on pratiquera l'incision, puis on enterrera la partie courbée, sans rien supprimer de l'extrémité du rameau, qui continuera à végéter. En novembre, la bouture est enracinée ei peut être séparée du pied mère.

La marcotte est simple à pratiquer et convient surtout aux amateurs, n'exigeant pas , comme la bouture, l'emploi de cloches et châssis.

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