‹ La taille du rosier, sa culture, ses belles variétésChapitre 12 sur 69 · LA BOUTURE · texte numérisé non relu

LA BOUTURE

La bouture consiste en une portion de rameau coupée sur un rosier, puis enterrée en partie; elle développe des racines, végète et forme un jeune sujet. On la pratique à froid ou forcée : la première méttiode est la plus simple ; la seconde est plus prompte et plus assurée et veut être faite en serre chauffée : aussi est-elle surtout usitée par les rosiéristes commerçants, auxquels elle permet de multiplier plus promptement et en plus grand nombre les variétés nouvelles qui sont encore rares.

Les espèces européennes à bois dur, cent-feuilles , provins^ damas, etc., reprennent difficilement de bouture, mais les espèces indiennes à bois tendre et les hybrides remontants qui en proviennent, reprennent facilement par ce procédé : tels sont les bengale, thé, bourboriy noisette, et les rosiers grimpants. Le rosier blanc ne reprend ni de bouture ni de marcotte, à moins qu'elles ne soient faites à l'état herbacé.

Les boutures sont de diverses sortes : 1° les boutures d'hiver faites à froid et se développant au printemps ; 2° les boutures de juin, faites à froid avec les rameaux feuillus de la première sève; 3*» les boutures de septembre, faites à froid avec les rameaux feuillus de la dernière sève; 4° les boutures forcées, qui se font de décembre en mai, sur couche, dans une serre chaufPée.

Bouture d'hiver.

Cette bouture est la moins certaine : aussi est-elle peu usitée par les rosiéristes commerçants; mais elle est assez avanta-

MULTIPLICATION DU ROSIER. 6ft

geuse dans les jardins, en ce qu'elle permet d'utiliser les rameaux supprimés à la taille^ et d'en obtenir quelques sujets francs de pied.

En novembre, on coupe des tronçons de rameaux bien aoûtés et de moyenne force, vingt centimètres de longueur environ, en ayant soin de conserver le talon du rameau, et de faire la coupe immédiatement sous un œil.

On enterre à mi-ombre et dans un bon sol terreauté, en laissant sortir deux yeux hors de terre. On couvre ces boutures d'une cloche en hiver, puis on les met à l'air libre Rn mars. Une partie de ces boutures prennent racine et forment des sujets francs de pied.

Les boutures ordinaires qui ne sont pas recouvertes d'une cloche sont d'une réussite incertaine; cependant nous avons vu parfois de bons résultats de ce procédé. Le vent ayant cassé la tête d'un beau rosier-tige géant-des-batailles qui ornait une tombe, la pauvre veuve qui le soignait enterra par portions la tête de ce rosier; ces touffes assez fortes formèrent des racines et devinrent de superbes rosiers francs de pied.

Nous devons à M. Lucy, de Marseille, un procédé ingénieux de bouture d'hiver du rosier, facile à exécuter et donnant des résultats parfaits. On pose sur le sol une baguette parfaitement droite, puis on fait avec la bêche deux petites tranchées de chaque côté de cette baguette (fig. 2) ; on coupe des rameaux

Bouture en arc.

de rosiers de trente à quarante centimètres de longueur, puis on les courbe sur la baguette, en enterrant les deux bouts, et faisant en sorte qu'un œil se trouve hors de terre, sur la partie courbée, pour qu'il puisse se développer au printemps.

Il est à remarquer que les racines se forment seulement vers le bout inférieur du rameau^ Vautre bout finissant par se dessécher jusqu'à la pousse.

Il est facile de comprendre que cette bouture doit être d'une reprise plus assurée, puisque son extrémité, étant enterrée, n'est plus sujette à se dessécher au printemps. Des espèces à bois dur, reprenant difficilement de boutures, ont donné de fort bons résultats, traitées par ce procédé, qui sera surtout avantageux pour les amateurs et les jardiniers non commerçants.

Bouture d'été à froid.

Elle se fait en juin avec des rameaux développés au printemps. Pour que cette bouture et la suivante puissent être d'une reprise facile, il faut que le rameau soit suffisamment aoûté, mais pas par trop endurci : trop à l'état herbacé, la bouture fond, c'est-à-dire qu'elle se gâte; trop dure, elle forme difficilement des racines. Il serait trop tard de la pratiquer fin juin et juillet sous le climat de Paris, la première floraison des rosiers étant alors presque terminée.

On choisit de préférence des brindilles florifères, les forts rameaux étant d'une reprise plus difficile. Ces brindilles ont en moyenne vingt-cinq centimètres de longueur et sont terminées par un bouton à demi ouvert; c'est à ce moment de la végétation que la reprise est plus assurée. On conserve, en les coupant, l'empâtement de leur base; si cet empâtement n'existait pas, la coupe se ferait immédiatement sous le nœud d'un œil (fig. J3). On coupe cette bouture à trois feuilles, huit centimètres en moyenne ; on ne laisse que deux folioles aux deux premières feuilles de la base, et quatre à la troisième feuille supérieure. La bouture une fois préparée, on la jette immédiatement dans un seau d'eau, car il suffit de quelques minutes pour qu'elle se flétrisse si elle était laissée à l'air.

On a préparé à l'avance une plate -bande suffisamment meuble et terreautée, exhaussée du sol environnant et ext)oséele long d'un mur, au nord; les boutures d'été devant

recevoir le jour^ mais être complélement privées des rayons du soleil.

Les boutures sontpique'es en terre> à la profondeur de un à deux cenlimèlres ; moins elles sont enterrées, plus le bourrelet terminal émet facilement des racines. On les espace de

Fig. 3, Rameau pour bouture.

quatre centimètres les unes des autres, puis ori couvre le tout d'une cloche. Au bout de quelques jours, on donne de Tair,

'on épluche avec soin les feuilles gâtées, puis on tient la terre fraîche, sans être humide, par de légers bassinages.

' Au bout de deux mois, les boutures sont enracinées. A Tau-

■ tomne,on soulève le plant en passant avec précaution la main sous les racines, puis on plante chaque bouture dans un pot de six centimètres de diamètre, rempli de bonne terre franche; on conserve ces pots en hiver sous un châssis à

froid^ les pots étant enterres rez le sol. Au printemps^ on les plante à denieure^ en pleine terre. Les soins consistent^ cette première année^ à les garantir de la sécheresse par un léger paillis^ à leur donner quelques légers arrosements et à supprimer les fleurs qui nuisent à la vigueur du jeune sujet.

La bouture de juin est moins assurée que celle de septembre; elle convient principalement pour les roses des Indes : thé^ bengale, bourbon, rosiers grimpantSy multiflore, etc., et surtout pour les variétés délicates; elle est généralement moins avantageuse pour les portlands et les hybrides remontants.

Bouture d'automne à froid.

Cette bouture est la plus avantageuse comme simplicité d*exéculion et certitude de réussite : aussi est-elle généralement usitée. Elle se fait exactement comme la précédente^ mais à la mi-septembre ; plus tard^ en octobre^ la végétation a cessé et la terre est trop froide ; on ne pourrait alors agir que sur couche et en bouture forcée, ce qui serait une mauvaise opération à cette époque de Tannée.

Les boutures d'automne sont faites sous cloche, sur une plate-bande plus élevée que le sol environnant, dans une partie du jardin préservée de Thumidité et exposée cette fois au soleil. Les premiers jours, on prend soin de garantir les boutures avec un paillasson soutenu par des perches; on ne laisse que peu de temps cet abri, les boutures d'automne ne réussissant pas à Tombre. Au bout d'une vingtaine de jours, on donne de Tair en soulevant un côté de la cloche ; à cette époque^ il s'est formé, à la base de la bouture, un bourrelet blanchâtre, d'où s'échappent de fines radicelles.

Pendant les froids, la cloche est fermée et entourée, à mihauteur, d'un lit de feuilles sèches ou paillis. On renouvelle l'air par un temps doux, profitant de ce moment pour enlever les feuilles gâtées. Une partie des boutures développent des racines avant l'hiver; un certain nombre, qui n'ont formé qu'un bourrelet, les développent au printemps.

Le rempotage se fait fin ayril ; on met les boutures enracinées en pots de huit centimètres de diamètre > avec les mêmes précautions que pour les boutures d'été^ puis on les place sous un châssis à froid^ pour les accoutumer à Tair libre. Au bout de quinze jours^ on leur donne de l'air de temps en temps; à trois semaines^ elles peuvent être dépotées et mises en pleine terre; si les jeunes sujets doivent être livrés en pots à la fin de la saison^ on enterrera les pots dans une platebande du jardin^ on couvrira le sol avec un paillis, puis on donnera régulièrement de légers bassinages.

De l'avis de nos meilleurs rosiéristes^ et particulièrement de M. H. Jamain^ on ne doit pas conseiller aux amateurs l'emploi de pots à boutures pour les boutures à froid ; leur emploi n'est convenable que pour les rosiéristes commerçants. On comprend que la multiplicité de besogne des jardiniers bourgeois peut les empêcher de se livrer à ces détails avec toute la régularité nécessaire^ comme le font les rosiéristes dont ces soins sont Fopération principale, et qui peuvent, par l'emploi des pots, classer les variétés et se rendre compte du nombre des boutures faites. Dans un jardin bourgeois, la terre des boutures en pots est le plus souvent trop sèche ou trop humide. Du reste, la réussite est la même avec les deux procédés, quand les soins ont été convenables.

Boutures en pots.

On établit une plate-bande élevée de trente centimètres avec de la terre légère, ou mieux dans une allée du jardin avec du sable fin. On y marque la place d'une double rangée de cloches, puis on enfonce dans le sable, sous chaque cloche^ quatorze pots de sept centimètres de diamètre, remplis de terre de bruyère, après avoir placé quelques tessons de pots cassés. au fond de chacun d'eux, pour éviter TJiumidité. On plante cinq boutures dans chacun de ces pots, en faisant en sorte qu'elles soient plantées contre les parois du pot; ce rapprochement active la formation des racines et préserve la bouture de l'humidité (fig. 4).

M. Margoltin forme d'abord une couche de vingt-cinq centimètres de fumier pailleux, puis la couvre de vingt centimètres de sable fin. Ce fumier n'a pas pour but d'augmenter

Fig. 4. Bouture à froid.

la tempéralure du sable, qui ne s'échauffe pas sensiblement dans ce cas^ mais d'assainir et préserver les boutures des vers de terre, qui les bouleversent.

Boutures en pleine terre du rosier manetii.

Cette variété vigoureuse est souvent utilisée comme sùjeï et reprend facilement de boutures, à l'air libre, sans l'aide de cloches. En septembre, on coupe des tronçons de rameaux de vingt centimètres de longueur; on supprime les feuilles, puis ou plante en lignes, dans une plate-bande du jardin. Ces , boutures forment des racines avant l'hiver, végètent au printemps suivant et sont arrachées à l'automne pour servir dé sujets.

Les pépinières d'Orléans et d'Angers fournissent au com-

merce une grande quantité de ce plant depuis un certain nombre d'années.

Dans les jardins de peu d'étendue, il n*y a pas toujours de cloches et châssis, cependant il est bon d'y faire quelques boutures; on peut y suppléer avec une caisse à demi remplie de terre et recouverte d'un carreau de vitre simplement posé à plat. Les boutures y reprennent parfaitement si on a soin de leur donner de l'air de temps en temps.

Bouture forcée.

Les rosiéristcs commerçants qui s'occupent spécialement de la multiplication des roses nouvelles, ont intérêt à activer le plus possible cette multiplication, pour satisfaire aux nombreuses demandes qui ne manquent pas d'être faites, quand ces variétés sont méritantes.

Avec les boutures et les greffes faites à froid, la multiplication gérait trop lente et trop réduite, puisqu'il est rare que Ton ait un nombre suffisant de rameaux pour multiplier une espèce rare et nouvelle. On ne possède le plus souvent qu'un faible sujet enraciné, sur lequel on ne peut couper qu'un petit nombi^ d'écussons ou boutures. Les greffes et boutures forcées permettent alors de multiplier ces sujets avec une promptitude remarquable ; aussi un rosiériste n'est-il pas embarrassé d'obtenir, avec quelques pousses d'un sujet soumis en hiver à la greffe forcée, un grand nombre de jeunes sujets, bons à livrer à l'automne. Loizeleur Deslongchamps avait même avancé qu'il était possible de multiplier, dans l'année, un seul -sujet au point d'en former deux mille sujets et plus; il appuyait sa proposition sur ce fait, qu'une greffe forcée peut donner, au bout de trente jours, un rameau garni de cinq ou six. yeux, lesquels, s'ils sont greffés de suite par le même procédé, peuvent donner vingt-cinq écussons le mois suivant; alors, si on suit cette progression mathématique, on 'arrivw^ à un chiffre considérable, vingt-cinq, cent vingt-cinq, •«ix cent vingt-cinq > trois mille cent vingt-cinq, etc.; mais dans la pratique, deux et deux ne font pas toujours quatre.

car il faut tenir compte des difficultés et ne pas oublier que cette greffe ne réussit qu'à une certaine époque de Tannée et que toutes ne réussissent pas également bien ; il en est de même des boutures forcées.

Les procédés de multiplication forcée consistent à placer en hiver, dans une serre, un jeune sujet en pot et de le greffer au moment où il commence à végéter; la greffe se développe immédiatement; puis, quand elle a atteint une certaine longueur, jon coupe son rameau, qui est de suite utilisé pour former de nouvelles greffes , lesquelles sopt immédiatement forcées, ou servent à faire des boutures forcées, qui se développent de suite. Nous ne traiterons dans ce chapitre que des boutures forcées obtenues de ces greffes.

Observation importante. Le rosier végète convenablement à une basse tem-pérature, et cette température est suffisante pour que les greffes et boutures forcées végètent parfaitement. Jusqu'à Tépoque où nos rosiéristes ont découvert cette vérité, ils soumettaient les rosiers chauffés pour la multiplication ou pour la fleur, à une température d'autant plus élevée qu'ils la croyaient favorable à la végétation du rosier; aussi, les sujets ainsi obtenus étaient mal constitués, et une grande partie des boutures manquaient à la reprise.

On coupe les rameaux des rosiers forcés au moment où leur base conimence à s'aoûter, puis on donne à chaque bouture six ou sept centimètres de longueur et même moins, à une, deux ou trois feuilles (fig. 5) ; plus longue, la bouture serait susceptible de se flétrir. On n'y conserve que les deux folioles de la base de chaque feuille, et la coupe inférieure du rameau est faite immédiatement sous le bourrelet de l'œil. Les boutures sont mises de suite en petits pots de

Fig. 5. Bouture forcée.

trois centimètres de diamètre, dits pots à boutures, qui sont remplis de terre de bruyère. La petitesse des pots favorise la reprise. Ces boutures doivent être très-peu enfoncées, et leur talon placé presque à fleur de terre, un demi-centimètre au plus : la formation des racines n'en sera que plus prompte et la bouture moins susceptible de pourrir.

On enfonce ces pots dans une couche tiède de tannée, faite dans une serre ou bâche chauffée à Teau chaude et conservant une température de 18 degrés centigrades. On a soin do mettre les boutures dans la partie la plus basse de la serre et la plus rapprochée du vitrage, puis on les couvre d'une cloche. Les premiers jours, on ménage la lumière avec un paillasson si elle est trop vive, sans pourtant qu'il y ait privation de lumière. On ne donne de Tair qu'au bout de quatre ou cinq jours; on en profite pour enlever les feuilles gâtées et donner de légers bassinages, si la terre les demande, en les ménageant au commencement. ^

Un bourrelet blanchâtre se forme bientôt sur la coupe des boutures, et des racines s'y développent au bout d'un mois à six semaines; une fois enracinées, on les rempote à six semaines ou deux mois, dans des pots de huit centimètres de diamètre, en terre franche, terreau tée, puis on les place sous un châssis à froid (châssis simplement placé sur la terre d'une plate-bande du jardin). Au bout de quelques jours, on leur donne de l'air pour les accoutumer à l'air libre, puis à la miavril on les met en pleine terre, en faisant en sorte que la motte ne soit pas brisée en la retirant du pot. Certains rosiéristes les conservent en pots, pour les livrer à l'automne; dans ce cas, on enterre les pots dans une plate-bande du jardin, on recouvre la surface du sol d'un paillis consommé, ^puis on donne de fréquents arroscments pendant Télé.

Les fleurs seront supprimées cette première année, pour ne pas nuire à la vigueur des jeunes sujets.

Quelques rosiéristes ne se servent pas de pots à boutures, ils se contentent de couvrir la couche de tannée, de quelques centimètres de terre, d'y placer les boutures assez serrées, puis de les couvrir d'une cloche; d'autres se servent de ter-

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rii^es larges et peu profondes, mais la réussite est plus certaine avec les pots à boutures.

On continue à faire les boutures forcées pendant tout le printemps^ mais passé le mois de mai^ la chaleur est trop forte, et elles se flélrissent facilement. La bouture forcée n'est d'une réussite parfaite que dans le cas où aucune des conditions ci-dessus n'a été négligée. Les sujets végètent plus faiblement la première année que ceux obtenus de boutures à froid, mais s'ils sont mis en pleine terre et bien soignés, ils prennent de la force les années suivantes.

Boutures de racines.

Ces boutures sont peu usitées; elles sont avantageuses pour certaines espèces à bois dur qui reprennent difficilement de bouture, principalement les moussues et alba.

En mars, on enlève avd^ précaution quelques racines d'un pied déjà fort, soit en soulevant la terre autour du pied enraciné, soit en le déplantant; on choisit sur ce pied des racines traçantes et charnues, de la grosseur d'un tuyau de plume, on les divise par tronçons de quinze à vingt centimètres de longueur, que l'on couche horizontalement à trois centimètres de profondeur, dans une terre franche terreautée, puis on couvre le tout d'un paillis peu épais ou dQ feuilles consommées, en maintenant le sol humide par de légers arrosements.

On peut faire également ces boutures en terrine sur couche tiède et en terre franche. Fin avril, on rempote les sujets enracinés, on les met sous châssis pour les accoutumer à Tair libre, puis en pleine terre à l'automne, ou mieux au printemps, surtout s'il s'agit des espèces des Indes, qui sont sensibles au froid.

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