LA GREFFE
Avant la fia du dernier siècle^ il était rare que la grelTe du rosier fut pratiquée dans nos jardins ; on se contentait le plus souvent de le multiplier de division de pieds. Mais de nos. JOUIS; la plus grande partie des rosiers sont multipliés par la greife. Le sujet le plus communément usité est Téglantier commun^ r. canina; dans le Midi, où il supporte difficile-, ment la sécheresse, on le remplace souvent par le bengale et surtout par une variété vigoureuse, lindka major. En Angleterre, et dans le ceqtre de la France, on emploie parfois une autre variété vigoureuse, le manetti, qui reprend facilement, de bouture. Le quatre-saisons est employé principalement comme sujet pour les rosiers forcés, parce qu'il se met facilement en sève.
L'églantier est le sujet le plus rustique; il forme une. belle tige parfaitement droite et prend en peu d'années un assez fort développement; mais," par suite d'une conduite qui n'est pas toujours convenable, on voit un grand nombre de ces rosiers greffés qui languissent et ne durent que peu d'années.
Véglantier ordinaire se reconnaît à ses rameaux droits, lisses et vigoureux, de couleur vert tendre plus ou moins strié do gris et teinté de rouge au soleil; les feuilles sont ordinairement allongées, vert pâle en dessous, plus foncé en dessus, et complètement lisses; le fruit est ovale et rouge pourpre.
L'églantier odorant, r. rubùjinosa, se rencontre également' dans les bois, mais il est moins commun ; ses rameaux sont moins élancés et plus aiguillonnés ; les feuilles sont plus arrondies, plus foncées et plus rugueuses, elles sont munies en dessous de soies rousses, glanduleuses, et répandent, en les froissant entre les doigts, une odeur prononcée dp pomme de.
rainette ; le fruit est rond et rouge orangé. On rencontre toujours quelques pieds du rubiginosa dans les livraisons d'églantiers. Peu de variétés réussissent élant greffées sur lui; les roses moussues, la rose jaune persian-yellow, la rose général -jacqv^minot et quelques variétés à long bois sont les seules qui s*y conservent vigoureuses et durables.
L'églantier des champs, r. arvensis, se rencontre communément le long des fossés et terrains incultes ; ses rameaux tracent sur le sol, sont grêles et de couleur violacée, ce qui leur donne l'aspect d'une tige de ronce : aussi n'est-il pas utilisé comme sujet. Les variétés peu vigoureuses du bengale réussissent convenablement sur lui, mais il est rare que cette greffe soit pratiquée.
Choix de l'églantier. Cet arbrisseau forme une touffe vivace, ses tiges n'ont qu'une durée limitée à quelques années, et elles sont renouvelées sans cesse par de nouvelles pousses qui sortent des racines. Si la touffe est épaisse et si elle végète à l'ombre des arbres, les rameaux s'allongent fortement sans se diviser la première année et forment de belles tiges droites et lisses, recherchées pour servir de sujets. Si, au contraire, l'églantier végète isolément en plein soleil, les pousses qui partent de son pied sont courtes, très-di visées et peu convenables comme sujets, au point de vue de la beauté de la tige. 11 en résulte que les églantiers sauvages qui végètent dans les lieux couverts sont plus convenables comme tige que ceux qui sont obtenus par la culture.
En hiver, à partir de novembre, les journaliers de certaines provinces, et particulièrement ceux des parties les plus pauvres de la Champagne et de la Bourgogne, vont arracher les rejets d'églantiers dans les bois et le long des haies, puis les expédient aux rosiéristes ou les apportent sur le marché par bottes formées de sujets de longueur et de force égale. Cette industrie est intéressante en ce qu'elle donne une valeur à un arbrisseau inutile et assure du travail à de pauvres familles à une époque de l'année où les bras sont peu occupés.
Les tiges de deux ans sont les plus convenables , elles sont de la grosseur du doigt, leur écorce est lisse, à fond verdâtre
en grande partie strié de gris ; les pousses de l'année sont peu recherchées, elles sont trop tendres, leur écorce est vert pâle et complètement lisse : aussi ne réussissent-elles que dans le cas où elles sont fraîchement arrachées, car elles se flétrissent et se dessèchent par le transport. Les églantiei*s âgés de trois ans et plus sont peu convenables, l'écorce est noirâtre, rugueuse et parfois chancreuse ; de plus, il existe à la place des racines un fort chicot , qui pourrit dans le sol et devient une cause de mortalité. Excepté quelques variétés vigoureuses qui végètent convenablement sur les forts sujets, la plupart sont peu durables, car il est rare que le développement de la greffe soit en rapport avec la grosseur du sujet.
De nos jours, on veut jouir de suite des plantations de rosiers en les choisissant déjà forts, cependant ces plantations ne sont pas toujours parfaites et durables. Beaucoup d'amateurs recherchent les gros églantiers, et les rosiéristes commerçants sont forcés de se conformer à ce goût, qui est la principale cause du peu de durée des rosiers-tiges dans nos jardins ; il en est des rosiers comme des plantations d'arbres déjà âgés, qui donnent naturellement de mauvais résultats, par suite de la difficulté avec laquelle ils reprennent racine.
Les églantiers ne doivent pas être arrachés avant qu'une première gelée assez forte et de courte durée ait complètement suspendu la marche de la sève, qui s'arrête assez tard chez cette espèce. Les églantiers arrachés en sève se rident de suite, et une fois plantés reprennent difficilement leur parfaite vitalité. Trois degrés de froid suffisant pour faire périr les racines d*un églantier arraché, on doit donc éviter de les transporter par les froids, même modérés.
L'époque la plus convenable pour l'achat des églantiers est la première quinzaine de décembre; sitôt reçus, on les met en jauge pour les planter de suite, ou en février après les grands froids. Les èglantiei-s achetés après une longue gelée ont probablement été arrachés avant les froids et remisés dans des granges : aussi un grand nombre ne repren* nent-ils pas.
Hz MULTIPUGATION PU BOSIBfl,
Les églaaiiei^ arrachés ^t plantés en février et mars ont 4éjà un premier mouvement de sève : ^ussi sont-ilg exposés à être desséchés par les hâles du printemps; les plantations faites à cette époque avec des sujets arrachés en no-vembre et mis en jauge n'ont pas cet inconvénient, leur sève se mettant beaucoup plus tard en mouvement.
Lorsqu'on achète des églantiers^ on s'assure s'ils sont fraîchement arrachés, en grattant l'écorce avec l'ongle : elle doit être d'une couleur claire ; si elle est roux brun, c'est que les racines sont altérées. On refusera également les sujets trop forts et ceux qui sont noueux^ tordus^ couverts de plaies^ ou qui ont de forts chicots de vieux bois à la place des racines.
Hauteur des églantiers. On se plaint généralement des pertes éprouvées dans les plantations d'églantiers ; ces pertes augmentant par suite de la grande consommation que les rosiéristes font de ces églantiers, ce qui force à les tirer de provinces éloignées. Les années dont le printemps est seq ^nt surtout désastreuses; en 1863^ certains rosiéristes nous QQt assuf'é qu'ils n'avaient pas mille sujets bons à greffer, sur une plantation de dix mille églantiers. La perle est rarement aussi forte, mais trop communément elle s'élève au quart et mên^e à la moitié.
Une cause qui augmente encore la perte, est ce faux goût général qui porte à rechercher les rosiers les plus élevés sur tige. Pour le satisfaire, les rosiéristes plantent des églantiers d'un mètre cinquante centimètres et plus, longueur ti'op forte pour que le peu de sève fourni, au printemps de la première année, par les racines, puisse entretenir la vitalité sur toute la longueur de cette tige ; il en résulte que l'écorce se désorganise par plaques et finit en peu d'années par causer la perte du rosier. Tel églantier d'un mètre cinquante centimètres se dessèche, qui se serait parfaitement développé s'il avait été réduit à quatre-vingts centimètres à la plantation. De boni? rosiéristes, Yibert entre autres, ont attribué à la coutume de former des sujets d'une grande jéjlévalion le peu de durée des rosiers dans les jardins. Flus la tige de l'églq^ntier est basse, plus le sujet a de force et de durée.
Habillage. Aussitôt l'églantier reçu, on procède à l'habillage; on retranche le fort chicot du vieux bois des racines (Gg. (i). Cette suppression doit se faire avec précaution, pour ne pas blesser Tëcorce des racines conservées, puisque les plaies des branches et des racines du josier ne se cica^ trisent pas. On réduit en môme temps la longueur de l'églantier, si elle est en excès , et en raison de sa force.
Il faut se garder de couper le chicot des racines avec un couperet, sur un billot : l'écorce des racines s'écrase contre le billot et il s'^ forme un chancre qui cause la perte du rosier en peu d'années. Ces roifiers offrent une végétation convenable les deux ou trois premières années^ puis périssent subitement par les racines.
Les chicots sont supprimés avec une scie tenue entre les jambes, ou bien avec un sécateur spécial, d'une grande force, fixé à demeure sur un banc de bois , puis ou a soin de parer la plaie avec la serpette , toute plaie de scie étant inguérissable ; il en est de môme de celles causées par le sécateur, cet instrument agissant par écrasement.
L'expérience a démontré que h mortalité des Fig. 6. églantiers n'est nullement réduite par le soin
Égiaoïicr. que l'on prend d'enduire leur extrémité de cire à greffer, mais cette opération est ut^le en ce sens qu'elle empêche un insecte de s'introduire dans la moelle, et de faire périr, l'année suivante, ui^e portion de la tige, il est efficace d'enduire les églantiers d'un mélange d'argUe et de bouse de vache, le chiffre de la mortalité étant de beaucoup diminué par cette opération, qui garantit la tige de l'effet direct du soleil; cependant, peu de rosiéristes prennent ce soin.
L'églantier se plante en lignes et par planches d'un mètre cinquante centimètres de largeur, formées de qii^^tre rangç, les pied^s espacés entre eux de qmv^f^ k &oixan(/Srdi)c centi-
mètres, selon que Ton veut plus ou moins serrer les sujets. On laisse quatre-vingts centimètres d'intervalle entre chaque planche, pour le passage.
On plante l'églantier à dix centimètres de profondeur ; ses racines s'enfoncent à trois mètres même dans un sol compacte... Dans une tranchée faite chez M. Margottin pour l'établissement d'un gazomètre à la place d'une plantation d'églantiers, il a reconnu qu'une quantité de racines avaient pénétré à cette profondeur. Il est à remarquer que les racines tirent la tige de l'églantier et la font peu à peu pénétrer plus profondément dans le sol. Un pied d'églantier planté à dix centimètres de profondeur se trouve être à vingt centimètres et plus à la déplantation. Ce qui le prouve, c'est que les églantiers qui sont morts sans avoir végété sont tous restés à cette profondeur de dix centimètres.
Si les églantiers ont souffert de la sécheresse par le transport, il faut tremper leurs racines dans l'eau pendant vingtquatre heures, ou mieux les enfouir complètement dans la terre pendant quinze jours; on les retire ensuite par un temps sombre pour les planter; ils ont alors repris toute leur fraîcheur.
Le sol est labouré à un bon fer de bêche; il a dû être convenablement fumé l'année précédente, pour la dernière culture, une fumure fraîche nuisant, dans certains cas, aux racines de l'églantier ; toutefois, celte fumure ne sera convenable que si le rosier succède à des arbustes; elle est inutile s'il remplace des légumes cultivés dans le même sol depuis plusieurs années.
La réussite dépend surtout des soins donnés au sol : la terre sera toujours maintenue nette de mauvaises herbes par de fréquents binages, exécutés jusqu'à l'époque de la greffe, ces mauvaises herbes épuisant l'églantier non encore parfaitement enraciné. Si le sol est sec, il sera avantageux de le garantir de la sfîcheresse par un paillis, mais nous ne saurions trop nous élever contre la funeste méthode de pousser les églantiers à force de fumier; ils sont fort beaux chez le pépiniériste, mais, transplantés ensuite dans un sol plus maigre.
leurs pousses fortes et charnues se flétrissent et se couvrent de chancres rougeâtres ; aussi de pareilles plantations sontelles peu durables. Nos meilleurs rosiéristes ne suivent pas cette méthode vicieuse, ils savent que la réussite dépend avant tout du soin qu*ils prennent de faire toutes les opérations convenablement et à propos^ et comptent plus sur la perfection de leur culture et sur la bonté du sol que sur un excès de fumier.
Églantiers de semis. C'est pour plusieui*s raisons que Ton ne sème pas habituellement Téglantier pour en obtenir des sujets. 11 occuperait le sol pendant quatre années, et comme il lui faut un sol de bonne qualité , ce serait une perte du revenu bien supérieure au prix d'achat d'églantiers arrachés dans les bois. On sait de plus que ce n'est que dans les lieux abrités, tels que les taillis et les haies, que se trouvent ces fortes tiges parfaitement droites, si recherchées de nos jours.
Si ce procédé n'est pas avantageux pour le rosiériste commerçant, il n'en est pas de même de l'amateur qui possède un coin perdu de jardin, où il peut établir une pépinière d'églantiers, qui formeront des sujets admirables comme végétation, et bien supérieurs à ceux qui proviennent d'églantiers arrachés.
On sème fin novembre les graines d'églantier, dans une plate-bande sablonneuse ; on repique en lignes à l'automne, à trente-cinq centimètres, puis on taille à dix centimètres de terre ; on coupe rez-terre la tige de l'églantier la seconde année de plantation, en février, ce qui fait développer des pousses droites et vigoureuses, qui seront greifées sur tige à l'automne. On peut greffer les sujets nains la seconde année, mais pour les hautes tiges, on attend la troisième.
Cette petite pépinière est peu coûteuse et donne des résultats admirables comme vigueur et durée ; avec elle, il sera facile d'entretenir un jardin de sujets excellents.
On utilise avec avantage, dans un jardin, les drageons qui se développent au pied des rosiers greffés sur églantier, en les plantant à pari et les greffant ensuite en basse tige, quand ils ont pris de la force.
Sujet manetti.
Cette variété du rosier fraxinifolia^ qui se recommande p^^ sa grande vigueur et la facilité avec laquelle elle reprend de boutures^ a été obtenue vers 1820 par M. Manetti ^ directeur du jardin de Mouza^ en Lombardie. Elle fut peu de temps après utilisée en Angleten^e comme sujets et depuis quelques années elle est répandue dans nos cultures pour remplacer réglantier dans certains cas. Le manetti est rustique^ quoique à un degré moindre que réglantier. 11 est surtout avantageux pour les sujets nains ; cependant nous avons vu che^ M. A. Leroy , pépiniériste à Angers^ des sujets manetti gveiïm à haute tige^ dont les greffes s'étaient développées d'une ma-r nière remarquable. Les avis sont du reste partagés sur le mérite du manetti^ mais ce qui en restreindra l'emploi chex les rosiéristes commerçants^ c'est la longue durée de sa végétation f qui ne s'arrête qu'à l'époque des fortes gelées , ce qui porte obstacle à la livraison des sujets à racines nues.
Le manetti^ ayant été multiplié de boutures en septembre, à l'air libre^ en lignes serrées^ pour en obtenir des pousse^ longues et peu ramifiées, est rabattu rez-terre en février de la deuxième année. La forte pousse qui est sortie des racines est replantée et reçoit la greffe l'année suivante, à faautâ ou basse tige. On peut également greffer en mars, la deuxième année, en fente et sur collet enterré, dans l'intention d'afr franciiir le rosier.
Sujet quatre- saisons.
Cette variété est coi^mun4ment cultivée dans les champs des environs de Pai'is ; on préfère sa yariété dite de Puteaux, qui drageonne moii^s et donne des sujets fort bons pour U. greffe forcée, paA'ce qu'ils se mettent facilenient en sève, et que leur petite stature les rend convenables pour la culture en pots ; ils ont été utilisés quelquefois çoflgiiïie sujels
pour rosiers nains en pleine terre, mais ils périssent jusqu'au collet dans certains hivers; de plus, la sève tend toujours à abandonner la greffe pour former de nouvelles pousses sur Le collet des racines : aussi le quatre-saisons n'est-il plus employé que pour la greffe forcée. Nous renvoyons à l'article greffe forcée pour tout ce qui se rattache à son emploi comme sujet.
GREFFE EN ÉCUSSON A Œil. DORMANT.
Conduite de Véglantier avant la greffe. L'églantier planté en hiver développe au printemps quelques pousses plus ou moins vigoureuses : les fortes pousses se rencontrent le plus souvent vers l'extrémité de la tige, et, dans ce cas, on est assuré que cette tige est saiqe sur toute sa longueur. Si le^ fortes pousses ont végété vers la base, et s'il ne se trouve que des pousses faibles à la partie supérieure, il ne faudra pas greffer sur ces pousses faibles, car cela indique que la tige n'est pas saine au-dessus des pousses fortes ; il faut, dans tous les cas, ne greffer que sur celles-ci, quelle que soit la hauteur oîi elles se trouvent placées.
Plus l'églantier développe de pousses, plus il se forme de racines : il ne faut donc pas en supprimer une seule avant l'hiver qui suit l'opération de la greffe, car certains rameaux jugés inutiles auraient pu être les meilleurs CQmn^e porte-greffe. Les drageons qui sortent des racines doivent être retranchés dans tous les cas, puisqu'ils absorbent la sève aux dépens de la tige.
La greffe la meilleure est la greffe en écusson à œil dormant ; faite à la fin de Tété, elle se développe au printemps
de Tannce suivante; faite en juin, la greffe en écusson se déyeloppe immédiatement et se nomme greffe à œil poussant : elle forme une tête plus promptement que la précédente, mais on n*en obtient le plus souvent que des sujets affaiblis.
La greffe faite en hiver se fait en fente, mais elle se soude mal avec le sujet : aussi est-il peu avantageux de la pratiquer, à moins qu'elle ne soit forcée dans une serre, dans le but d*en activer la végétation ; elle prend alors le nom de greffe forcée. .
Greffe à œil dormant. Cette greffe se fait de préférence au déclin de la sève, quand les rameaux sont en partie aoûtés ; faite plus tôt, Técusson peut être noyé par l'excès de sève ou risque de se développer immédiatement; dans ce cas, la jeune pousse n'a pas le temps de s'aoûter avant les froids, et périt le plus souvent en hiver.
Selon la température et le plus ou moins de sécheresse du sol, cette greffe se fera plus ou moins tardivement, de la mijuillet à la mi-septembre, et plus communément dans le mois d'août ; toutefois, les rosiérisles préfèrent la pratiquer un peu tard ; la réussite est alors plus assurée, surtout si, après une sécheresse qui suspend momentanément la circulation de la sève, il survient quelques jours de pluie qui lui font reprendre son cours.
Le sujet doit être en sève pour que l'on puisse pratiquer la greffe en écusson; on s'en assure en soulevant l'écorce du sujet avec le greffoir : si elle se soulève facilement, l'opération est assurée, si elle ne se décolle pas, l'opération devient impossible.
L'écusson peut se placer sur la tige ou sur les rameaux, à moins que cette tige ne soit trop forte et rugueuse ; cependant, il est préférable de greffer sur les rameaux; il y a plus d'analogie entre les écorces et partant plus de chance de réussite; déplus, les greffes faites sur tige sont plus exposées à être décollées par le vent ou par le transport, à l'époque de la plantation.
On ne pose qu'une greffe si le sujet est à basse tige ou s'il est d'un faible volume ; on pose deux greffes opposées si le
MDLTIPUCATlOIf DU ROSIBR.
sujet est à haute tige et d*une bonne grosseur. Il est inutile et même nuisible de placer trois greffes^ la troisième étant placée trop bas pour contribuer à la formation d*une tête régulière.
Si on ne met qu*une seule greffe sur un églantier déjà fort, la partie de l'écorce opposée à l'églantier, étant privée de végétation supérieure, finit par se dessécher, puis la plaie
s'étend et fait périr le sujet. Les gretfes seront donc placées sur les deux plus forts rameaux opposés l'un à l'autre (fig. 7).
S'il n'existe qu'un seul rameau sur un fort sujet, on placera un écusson sur la tige à trois centimètres au-dessus du rameau et du côté opposé.
Si on plaçait cet écusson exactement à la hauteur de l'autre écusson, ils se nuiraient mutuellement, le plus fort absorbant, dans ce cas,la sève du plus faible, comme le feraient deux branches partant du même empalement.
L'écusson se place sur une partie lisse du rameau, en dessus et rapproché le plus possible de sa base. S'il s'y trouve des aiguillons, on les décolle avec le dos ou la base de la lame du greffoir pour ne pas émousser son tranchant, qui doit toujours être très-propre et couper parfaitement.
Choix des écussons. On coupe de suite, ou quelques jours à l'avance quand on ne peut faire autrement, les rameaux qui doivent donner les écussons, en les prenant sur le rosier dont
Fig. 7. ÉglaDlier greffé.
9û MU^,T^PWÇATiOîî pu ROSJER.
on veut multiplier lat variété. On pboisit dp préférence des rameaux de grosseur moyenne, sortis sur le bois d'un an ef ' ayant fleuri ; ceux qui sont de la grosseur d'un petit tuyau * de plume sont préférables. Les forts rameaux à bois, mal aoûlés et développés sur le vieux bois, ne sont utilisés que ' faute de mieux.
Tous les yeux qui se trouvent sur le rameau ne sont pas également convenables. Vceil, une fois greffé, donne générale- ' ment une production analogue à celle qui' se serait développée sur lui, sHI était resté sm son pied mère. Un œil pris à l'extrémité d'un rameau florifère donnera, étant greffé, un rameau également florifère. Un .qpil pris vers la base d'un rameau à boi§ non florifère donnera, une fois greffé, un rameau vigoureux et peu florifère. Ce n'est que les années suivantes que la végétation du §ujet revient à son étal normal. Mais, comme la bonne constitution et la durée d'un rosier dépendent surtout de sa première végétation, an comprend que, si cette végétation a été flopfère à l'excès les premières années, la vigueur et la durée du rosier s'en ressentiront fortement.
Si on tient à obtenir des rosiers vigoureux et durables, on se servira de préférence des yeux bien constitués et rapprochés de la base d'un rameau florifère ; si, au contraire, on veut obtenir des rosiers d'une végétation moyenne, à rameaux courts et florifères à l'excès, on choisira les yeux rapprochés du pédoncule des fleurs terminales. Ceci explique pourquoi M. Margoltin, qui forme plus spécialement des rosiers de pleine terre, a soin de prendre ses écussons sur des yeux rapprochés de la base du rameau. Un autre rosiériste, M. Laurent, dont la spécialité consiste à forcer des rosiers en pots, prend pour écusson les yeux placés près du pédoncule des fleurs. Nous citerons pour exemple la rose aimé-vibert qui pousse généralement avec une vigueur extrême ; et cependant certains sujets de celte variété, obtenus d' écussons formés avec les yeux rapprochés du pédoncule, présentent au contraire des rameaux courts et très-florifères, ce qui a pu faire supposer qu'il existait de cette rose une sous-variété à rameaux coqrts.
Mais le choix des yeux rapprochés de la fleur présente de graves inconvénients dans le cas où la variété est peu vigoureuse et florifère à l'excès ; on exagère alors cette délicatesse aux dépens de la durée : aussi voit-on, pour cette cause, délaisser la culture de quelques belles variétés de vigueur moyenne. Ces variétés n'ont pas dégénéré, comme le supposent certains rosiéristes, mais sont affaiblies par un traitement peu convenable. Telle est l'opinion d'un de nos rosiéristes les plus expérimentés, M. Yerdier pèic.
Les écussons doivent être pris sur les rameaux florifères, surtout s'il s'agit de variétés remontantes , cette faculté de remonter pouvant s'affaiblir sur le sujet greffé, dans le cas où on prendrait des yeux sur les ramea jx non florifères. On sait que c'est en choisissant les yeux des rameaux qui ont remonté que nos rosiéristes ont pu rendre fi'anchement remontantes des variétés qui présentaient cette faculté à un faible degré. Nous citerons la duchesse-de-sutherland, la baronneprevost et louis-bonaparte, qui, à leur première floraison, se sont trouvées peu remontantes.
Après avoir coupé la portion du rameau sur laquelle se trouvent les yeux convenables, on retranche immédiatement toutes les feuilles, en ne conservant qu'un bout du pétiole, d'une longueur de un et demi à deux centimètres ; le rameau se flétrirait immédiatement si ces feuflles n'étaient pas retranchées; on attache une étiquette de papier à chaque variété, puis on enveloppe le tout de mousse humide contenue dans un linge ou une feuille de papier. Ainsi enveloppées, les greffes peuvent être expédiées au loin et conservées plusieurs jours daps une cave peu humide.
11 faut se garder de faire tromperies greffes dans l'eau pour ne pas les disposer à lii pourriture.
Pratique de la greffe.
La greffe en écusson consiste à faire sur l'écorce du sujet' une entaille en T, à soulever les bords de cette entaille, puis
à introduire sous cette écorce une petite languette cl*écorce munie d*un œil.
On enlève la feuille en ne conservant qu'un centiniètre et demi du pétiole (queue) (fig. 8, grandeur exacte) , puis on détache avec Tongle les stipules foliacées A en les décollant de la base du pétiole. On fait ensuite sur le rameau une incision transversale B pénétrant au tiers de l'épaisseur du ra-
Fig. 8. Rameau sur lequel récussoii esl enlevé. — Fig. 0. Ëcusson vu de face el de côté.
Fig. 10. Enlaille en T sur le sujet. — Fig. 11.^ Écusson introduit dans l'enUille. — Fig. H. Greffe liée c't terminée.
meau, puis on enlève une languette d'écorce C en commençant à un centimètre et demi au-dessus de (l'œil. (11 vaut mieux commencer loin que trop près de Tœil : Técusson est mieux et plus facilement enlevé.)
Cette languette, qui forme Técusson, doit être longue et étroite^ elle se détache plus facilement et sa reprise est plus assurée. En commençant^ on fait pénétrer légèrement la lame du greffoir^ on prend ensuite plus d'épaisseur une fois arrivé à Tœil; puis, sitôt que cet œil est dépassé, on diminue d'épaisseur jusqu'à l'incision B qui aide à détacher l'écusson à la longueur voulue. (Fig. 9, écusson enlevé, vu de face ; le même, vu de côté.)
Quelques personnes font l'écusson plus large et enlèvent ensuite la petite languette de bois qui a été détachée avec lui ; mais cette pratique rend l'opération difficile et incertaine ; pour le rosier, il n'est pas nécessaire d'enlever cette languette de bois, du moment que l'écusson est étroit. Les rosiéristes ne prennent pas cette peine, et la réussite n'en est pas moins assurée.
Sur certaines variétés, le rameau sur lequel on doit enlever l'écusson, fait un coude prononcé vers l'œil j il faut dans ce cas faire suivre à la lame le sens de l'écorce, et faire l'écusson très-mince et étroit pour qu'il puisse se redresser en le posant à plat sur le sujet.
Une fois l'écusson enlevé, on le lient par le pétiole, entre les lèvres, pour se conserver les mains libres ; puis on fait une incision en T sur l'écorce du sujet (fig. iO), et d'une grandeur correspondante à l'écusson. On soulève ensuite, avec la spatule du greffoir, les deux côtés de Tincision pour y introduire l'écusson, en le tenant par le bout de pétiole, puis on coupe le bout de languette qui dépasse, juste sur la ligne du T (fig. 11). On termine en enveloppant l'écusson avec un lien de laine ou de coton, sans couvrir l'œil et en serrant modérément (fig. 42). On se sert de laine grossière dite à gi'effer, ou à défaut, de laine à repriser les bas ; on se sert également de coton à mèche de chandelle, mais le coton est plus, difficile à enlever quand plus tard on dégage la greffe. Le lin et le chanvre se resserrent par l'humidité et blessent l'écorce en y formant un étranglement nuisible.
Huit jours après la pogie, on s'assure de la reprise; si elle est parfaite, le pétiole desséché se détache au moindre attou-
thcment du doigt; tandis que le pétiole de l'écusson non repris se contourne et se détache diffirilcment.
Une fois les écussons posés , on ne pénètre plus dans le carré d*églanliers, jusqu'à Tépoque de la taille de février, même pour donner des binages. Il faut surtout éviter de couper les rameaux de l'églantier, à l'époque de la greffe; on "risquerait de faire développer l'écusson de suite, ce qui l'exposerait à périr par les froids, puisqu'il n'a plus le temps de Vaoûter avant l'hiver.
Les rosiers non remontants se greffent les premiers, extepté le rosier moussu, qui réussit mieux s'il est greffé lorsque l'a sève est près de sa fin ; beaucoup d'autres espèces, les bengale, thé et noisette, sont dans ce cas, notamment le souvenirâe-îâ-malmdison.
Nous renvoyons à l'article taille pour les soins qu'exige lé rosier greffé. En terminant, nous dirons quelques mots du mode de culture usité dans la Brie. On y plante l'églantier en mars, et, de préférence, dans une terre forte, le sol ayant été préalablement fumé, puis retourné à la charrue. On plante, en basse tige, vingt mille églantiers par arpent (3,417 mètres); mais il est plus convenable de n'en metire que dix-huit mille; les lignes des basses-tiges sont distantes de 00 centimètres, et les sujets espacés de 33 centimètres entre eux; les hautes- 'tiges sont en lignes distantes de 70 centimètres, et les pieds espacés de 60 centimètres entre eux. On greffe à partir du 15 août à la mi-septembre; les sujets dont la greffe n'a .pas repris, sont arrachés l'hiver suivant, en même temps que ceux qui sont bons à livrer, pour faire place à une récolte sarclée, pommes de terre, etc.
Greffe en écusson à œil pomsant.
Cette greffe est la même que la précédente, mais elle se fait en juin, et se développe immédiatement; elle a pour unique avantage de former la tête du rosier Tannée même, mais c'est aux dépens de la vigueur du sujet. En effet, Téglan-
MULTIPLICATION DU ROSÏEA.
4ier se développe à peine, que sa végétation est troublée par celte greffe : aussi forme-t-il peu de racines et né développe-t-il qu'une faible tête cette première année. 11 est parfaitement Inconnu qu'une plantaiion faite avec de pareils sujets sera peu vigoureuse et peu durable.
La raison qui engage à faire les greffes à œil poussant^ est le désir de greffer le plus tôt possible les rosiers qui n'ont pas été greffés la J)remière année et ceux dont la greffe ri'a pas repris , pour livrer ces rosiers à la même époque et débarrasser complètement le terrain le troisième hiver.
Les rosiéristes, qui tiennent avant tout à livrer dés sujets Jîien constitués, ne pratiquent pas cette greffe et préfèrent attendre l'époque de la greffe à œil dormant, ou greffer en écusson en mars, comme nous l'avons conseillé plus haut. Les rosiers faibles et ceux qui n'onf^pas repris sont arra^chés en même temps que les autres et jetés aii feu pour laisser le terrain libre.
La greffe à œil poussant est utile dans le cas où on recevrait au printemps une rose coupée de variété nouvelle, puisqu'elle permet d'utiliser les yeux qui se trouvent le long du pédoncule de la rose.
Cette greffe ne s'emploie guère que pour les rosiers remontants et se £ait en juin ; plus tôt elle se faitj mieux cela vaut; cependant elle sérail peu assurée, si elle était faite sur des bourgeons par trop herbacés, l'excès de sève nuisant alors à la reprise de l'écusson; de plus, il serait difficile de trouver, à cette époque de l'année, des rameaux asse? constitués pour donner des écussons convenables. On coupait autrefois les rameaux de l'églantier au-dessus