Dans Chérin, Aérégé Chronologique, p
3. Acte I, se. 1. Cf. De Claveret, L'écuyer, ou les faux nobles mis au billon, 1665 : cette comédie était d'actualité,
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..…. J'ai fait chercher un généalogiste, Qui, pour quelques louis que je lui donnerai, Me fera, sur le champ, venir d’où je voudrai.
Saint-Simon a dit : « On sait comment se font ces recherches de noblesse : ceux qui en sont chargés dépêchent la consigne, leurs secrétaires les défrichent et font force nobles pour de l'argent ».
Mème si l’on élimine les anoblissements autorisés par le roi — chose dont la légitimité pouvait être soutenue‘, puisque le roi avait le droit de faire des nobles comme il voulait — 1l restait encore un grand nombre de personnages introduits dans la noblesse par les faveurs des intendants, des traitants et de leurs commis *, par les faux titres et les faux témoignages produits aux procès. Pour quelques usurpateurs condamnés à l'amende comme ce pauvre Lafontaine Ÿ, pour avoir pris, peut-être sans le savoir, le titre d'écuyer dans quelques actes notariés, combien firent confirmer leurs titres sans rien payer, qui étaient de la plus certaine roture? Au reçu de la circulaire du 1° décembre 1670, l'intendant de Rouen écrivait :
« Il y a si longtemps que je suis persuadé des abus et vexations qui se commettent dans la recherche, et qui n’a très souvent servy qu'à tourmenter les véritables gentilshommes et à en faire de nouveaux par la faveur des traitans et par la protection qu'ils ont trouvée par leur argent et leurs amis, qu’il me semble que S. M. ne pourroit rien faire de plus digne de sa justice et de l'application qu'Elle donne au gouvernement de son royaume que de la faire cesser *. »
Son successeur. de Creil, écrivait également le 21 novembre 1673 en envoyant l'état des usurpateurs
« Par avance je vous diray que la pluspart de ceux qui avoient du bien se sont tirez d’affaires, soit par des accommodements, soit par
- des lettres de réhabilitation ou confirmation, soit par des arrests du
Conseil en commandement que S. M. a bien voulu leur accorder, ou
1, Toutefois l’intendant de Bourges et de Moulins écrivait à Colbert le 7 décembre 1673, en réponse à sa lettre du 1°" décembre citée ci-dessous : « Quant à ceux [les nobles] qui ont esté rétablis au conseil, les uns l'ont esté de grâce, et par des arrests signez en commandement, a quoy il n’y a rien à dire : et à l'égard de ceux qui l'ont esté par des arrests de justice, je ne doute point, Monsieur, que ce n’ayt esté avec fondement, mais il est à remarquer que l'on a produit au Conseil beaucoup de pièces dont on n’a pu relever l’altération, faute d’avoir les connoissances qu'on trouve sur les lieux, et il ne s’estoit jamais fait tant de faussetés qu’il s’en est commis à l’occasion de cette recherche. » (Clairamb., 795, 1D-e227
2: LT écrit le 1% déc. 1673 à l’intendant de Bourges et de Moulins : « Je ne crois pas que. vous trouviez qu'il y ayt beaucoup qui ayant estés deschargés par arrests du conseil sans fondement » (Glém. Il, 304).
3. Voir Œuvres de La Fontaine, éd. des Grands Ecrivains, 1. Ï, p. vi.
4, Lettre du 4 décembre 1670, B. N., Clairamb., 792, p. 393.
autrement, et qu'ainsy il n’y a eu que les pauvres et malaisez qui sont demeurez à la taille’. »
La recherche alimenta notablement le Trésor; elle est restée surtout célèbre par la sévérité avec laquelle les amendes furent prononcées et exigées. Dans la généralité de Caen, les condamnations prononcées jusqu’en août 1667 par l’intendant, et portant sur 300 usurpateurs seulement, montaient à 180 100 1. note 87 même année Colbert a relevé de sa propre main une phrase d'un mémoire à lui adressé par le cardinal de Vendôme et l'intendant d'Oppède sur le Languedoc : « Epuisement de la province par les taxes de la Chambre de justice et celles des escuyers * ». Même lorsque la recherche fut déclarée close, on ne cessa pas de mettre en vente des lettres de noblesse; Colbert lui-même y eut recours quand il eut besoin d'argent : en septembre 1673, il annonçait aux intendants un projet de rétablir, moyennant finance, une partie des nobles condamnés, à quoi l’intendant de Rouen répondait le 27 décembre suivant :
« Si S. M. veut restablir une partie desdits usurpateurs dans leur noblesse, il est à propos de n’accorder cette grâce qu’à ceux qui sont riches, et en estat de bien paier, et de la soutenir dans la suitte en vivant noblement eux et leurs enfans, estant certain que si des gens peu accomodés font un effort pour achepter ce tiltre, ils languiront le reste de leur vie, et peupleront la province de nobles fainéans, qui n'ozeront travailler ny faire aucun commerce pour gagner leur vie, de peur de commettre dérogeance, et ne seroit d'aucun secours pour l'Etat. Il est aussi vray de dire qu'il y a des gens qui donneront plus volontiers et plus aisément jusques à 20 000 L. et plus que d'autres n'en pourroient paier 1 000 ou 2 000 à proportion de leur bient, »
Les faux nobles se multiplièrent après la recherche comme
1. B. N., Clairambault, 795, P- 163-4. En dehors de la Normandie, le résultat ne fut pas meilleur : Colbert écrivait le 1er décembre 1673 à l’intendant de Bourges et de Moulins : « J’apprends par votre lettre du 25 du mois passé, que la recherche qui a été faite des usurpateurs du titre de noblesse dans l'étendue des deux généralités de Bourges et de Moulins a été presque inutile. soit par la raison que vous dites, que les plus riches se sont fait décharger par arrêt du Conseil, soit parce que vous n'avez aucune Connaissance de ceux qui ont été jugés par M. d'Herbigny, soit que ceux que vous avez jugés vous-même se soient maintenus dans l’exemption qu'ils avaient usurpée par leur fausse qualité, vous ne voyez pas que cette recherche ait produit aucun soulagement aux sujets du Roi. » (Clém., IÏ, 304).