Ibid
6. On reconnaît la tendance des ecclésiastiques à étendre leurs privilèges dans les prétentions qu'avaient les communautés régulières d'exploiter en franchise autant de fermes que ces communautés avaient de membres. La jurisprudence en matière civile était cependant formelle : une communauté religieuse ne comptait que pour une personne (Gauret, Stile du Conseil du roy, p.408). En 1680, les carmélites de Macon prétendent au privilège pour chacune de leurs religieuses ; la Cour des Aides de Paris les condamne par un arrêt du 22 mai.
7. Vauban estime à 75 millions de livres au moins le revenu annuel du clergé du royaume en 1694; c’est une somme relativement élevée (Corresp. des contr. généraux, t. 1, p. 562), Un M. d'Orgeval, dons un mémoire présenté à Colbert en 1665 affirme que les couvents possèdent « plus du tiers de tout le revenu du royaume » (M. C. 33, f° 366).
8. Leur nombre apparaît sur les rôles de taille, où ils n’avaient pas les mêmes raisons que les nobles de se cacher; le mémoire de Voysin sur la généralité de Rouen en 1665 catalogue un grand nombre de communautés régulières, la plupart riches, et les revenus des cures s'élèvent à une somme considérable,
le don gratuit de leur province { ne compensait pas leur privileger chaque paroisse à son curé, et généralement un vicaite. certaines, même à la campagne, ont trois et quatre vicaires:; une quantité considérable de cleres figurent à la fin des rôles où sont portés les exempts; Presque toujours le nombre des ecclésiastiques dans ces listes est plus fort que celui de tous les autres exempts réunis. Par exemple, à Montivilliers en 1661, il y a 15 ecclésiastiques pour 4 nobles; à Saint-Saens (élection de Neufchâtel), 14 ecclésiastiques sur 22 exempts; à Neufchâtel, sur 43 exempts, 31 ecclésiastiques; dans les rôles de l'élection de Bayeux ?, le nombre des ecclésiastiques est en moyenne 2 fois plus élevé que celui des nobles; dans l'élection de Neufchâtel : sur une série de 80 rôles de l’année 1670, om a 171 ecclésias. tiques pour un total de 293 exempts (les communautés religieuses n'étant comptées que pour une unité).
Quant aux possessions exemptées de taille par ce nombreux personnel, même si elles étaient limitées aux 4 charrues réglementaires, elles avaient une étendue considérable, et les protections qu'ils se faisaient accorder ou qu'ils demandaient pour leurs fermiers l’accroissaient encore. Les grandes abbayes comme le Bec-Hélouin, Saint-Etienne de Caen, Jumièges, Saint- Ouen de Rouen, avaient des terres immenses qui n'étaient pas imposées. D'après l'arpentage de la paroisse de Brettevillel'Orgueilleuse fait en 1687, on voit que sur un territoire de 1071 acres les biens ecclésiastiques exempts occupent 190 acres sans compter le terroir de la dime qui est de 49 acres et pour lequel nous ne savons s'il était ou non imposé.
De nombreuses plaintes sont adressées de toutes parts au gouvernement contre le trop grand nombre de cleres. La collection des mémoires envoyés à Colbert en 1665 pour la réformation de la Justice en contient beaucoup et presque toujours parmi
1. Ce qui ne signifie pas, du reste, que la part de chacun était toujours faible. Le don gratuit élait souvent mal réparti. Cf. les Soupirs de la France esclave, Premier mémoire, p. 10 : « Il faut regarder le triste état et la situation abjecte où sont tous les bas ecclésiastiques : le roi lève des tailles sous le nom de Don gratuit sur le clergé, qui l’assèchent et qui le rendent misérable. Il est vrai que les évêques et tous ceux qui tiennent les grands bénéfices trouvent des moyens de se tirer de dessous ce fardeau, mais il n’en devient que plus pesant au bas clergé. Les curés portent le faix.… Ce qui fait que les curés sont pauvres, et misérables, et méprisés. » Voir aussi Cans, ouv. cit., p. 179 et suiv. et le « Mémoire de M. de Fougerolle » publié par Boulainvilliers (Mémoires présentés au duc d'Orléans, 1727, t. Il, p: 125), sur la « pauvrelé extrême » de certains curés.