‹ La Taille en Normandie au temps de ColbertChapitre 24 sur 466 · J6id,, X\\x · texte numérisé non relu

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les biens de son royaume; tout ce que les sujets prétendent posséder est en réalité à lui, il ne leur en laisse que la jouissance; quand il réclame l'impôt, ilne fait que prendre une partie de son bien; le sujet n'a pas plus le droit de le lui refuser qu'un fermier ne peut refuser le fermage à son propriétaire.

Cette doctrine est à la vérité ancienne; Gerson l’expose et la réfute!; on la trouve dans l'entourage du roi Charles VII vers le temps où la taille devint permanente; aux Etats de 1468, Juvénal des Ursins prit la peine de la combattre?: aux Etats de 1484, les gens du roi la reprennent, en faisant toutefois quelques réserves sur son application ?. Bodin la discute dans sa République * ; l'avocat Grimaudet la réfute également‘; Lebret fait un chapitre spécial de son Traité de la souveraineté sur la question de savoir « en quels cas le prince souverain peut disposer des biens des particuliers contre leur gré ». En Angleterre, Hobbes en fait un exposé complet, et les traductions de Sorbières font connaître son œuvre aux Français ?.

Mais elle prend une importance particulière au temps de Louis XIV parce qu'elle fut adoptée par le roi lui-même, et nous devons spécialement nous y arrêter. Vers 1642, un petit traité anonyme destiné à l'éducation du jeune roi et dédié à la reine sa mère, déclarait : « Nos vies et nos biens sont du roi... qui nous en souffre par sa clémence l’usufruit ». Le confesseur d'Anne d'Autriche, le P. Faure, dans un libelle écrit en 1652 avec l'approbation du gouvernement, demandait encore : « Les lois ne permettent-elles pas aux rois de faire ce que bon leur semble?... Voulez-vous soutenir que nos biens, notre sang, et même nos vies, ne soient sous l'absolu pouvoir du roi? » Et

1. Contra adulatores Principum, Œuvres, éd. Dupin, t. IV, p. 622.

2. Discours de Juvénal des Ursins au roi, cité dans Péchenard, Jean Juvénal des Ursins (1876) p. 376 : « Quelque chose qu’aucuns disent de vostre puissance ordinaire, vous ne pouvez pas prendre le mien; ce qui est mien n'est point vostre... Vous avez vostre domaine, et chacun particulier le sien. »

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