Dans Néron, t. I, p
retiennent les rolles des tailles en leurs maisons, et sans prendre ny suivre les avis des asséeurs collecteurs, déchargent les riches et surchargent les pauvres à leur volonté : ce qui cause des non-valeurs, dont lesdits asseeurs collecteurs estans obligez d'advancer les deniers, et ne s’en pouvant faire payer, sont pour la plüpart ruinez. »
Les collecteurs demeurèrent done libres dans leur réunion, et aucune autorité n'y fut plus tolérée par les règlements ne
Dans les paroisses où il n'y a pas de maison commune, et c’est le cas du plus grand nombre, les collecteurs se réunissent où bon leur semble; les règlements leur prescrivent seulement de choisir « un lieu libre », où ils seront à l'abri des sollicitations et des influences étrangères *?. D'après Boisguilbert, qui parle surtout de ce qu'il a vu en Normandie, les assemblées « ne se font d'ordinaire qu'au cabaret° ». Mais souvent aussi le rôle est dressé chez le seribe chargé de l'écrire : Lallemant de Lévignen, intendant d'Alençon, écrit en 1732 que les collecteurs se transportent ordinairement « dans la ville où est le siège de l'élection et s'adressent à un procureur où à un clerc entendu auquel tous ensemble ils déclarent leur intention* ». et cet usage existait déjà à notre époque, car certains rôles sont datés de la ville chef-lieu de l'élection; par exemple celui de La Cressonnière a été « faict et arresté par lesdits collecteurs devant nommez, à Lisieux, le 2 décembre 1682 ».
Exceptionnellement, on trouve des rôles dressés chez un des collecteurs malades, chez le curé ou chez un particulier. Les règlements interdisaient surtout de les faire chez « les seigneurs, les curez, les officiers ny autres personnes d'autorité ou de crédité ». Nous ne savons pas dans quelle mesure cette règle était respectée en Normandie, mais Colbert, dans une cireulaire du 28 mai 1681, écrit que S. M. a reçu l'avis « de toutes les provinces que presque tous ou au moins un nombre considérable de gentilshommes, officiers et personnes puissantes faisoient faire les rôles des tailles dans leurs chasteaux et maisons, ou par leurs ordres ? ». Les interventions assez fréquentes de ces personnages dans l'assiette, qui seront signalées plus loin, nous autorisent à supposer que les collecteurs normands n'étaient pas
1. Vieuille déplore ce règlement, auquel il fait remonter tous les vices constatés ensuite dans l'assiette : « De la liberté donnée aux collecteurs par la déclaration de 1635, dit-il, a commencé la mauvaise répartition qui a suivi, et qui fait qu’aujourd’hui les collecteurs n’étans pas assujettis commettent plusieurs abus et des inegalitez étonnantes dans la répartition ». Mais il ne faut pas oublier que c’est un élu qui parle. (Traité des Elections, p. 91-92.)