Let. à Colbert, 22 juin 1680, A. N. GT
2. Dans ces procédés arbitraires des collecteurs, le porte-bourse avait un rôle prépondérant. Lallemant de Lévignen éerit qu’il est « absolument le maître de l'imposition, sans vouloir consulter ses consorts, sous pretexte qu’étans des malheureux et sans biens, ils n’ont pas de quoy répondre des mauvais deniers qui peuvent se trouver a la fin de la collecte... ce qui donne occasion a ces collecteurs d’exercer leurs vengeances où de diminuer sans raison plusieurs particuliers; en un mot ces collecteurs porte-bourse font peine ou plaisir à qui bon leur semble » (B. N. fr. 7 771, f° 182).
3. À. N., G7, 491. Il ajoute que le seul remède qu’il y a apporté fut « de ne point ordonner de rejets des mauvaises impositions ».
4. B. N. fr. 11 096, f° 37. Cf. la circulaire du Régent aux intendants, 4 oct. 1715 : « Mon intention est... d'empêcher et les vengeances que les collecteurs exercent contre ceux dont ils croient avoir lieu de se plaindre, et les protections injustes qu’ils donnent à leurs parens et à leurs amis » (Enceycl. méthod., II, p. 647).
5. Observations sur la taille, B. N., fr. 7771, f° 181. C’est exactement ce qu’a écrit Boisguilbert : les collecteurs « prennent de l’argent des riches pour leur vendre leurs suffrages, et la moindre corruption est d’en recevoir des repas; en sorte que ces collecteurs, ayant peine quelquefois à convenir, ils sont des trois mois de temps a s’assembler tous les jours sans rien déterminer ». (Détail de la France, éd. Daire, p. 175). . ;
6.J. Lambert, Instructions courtes et familières sur les Évangiles…, Paris, 1721, in-12, p. 497 (sermon sur la taille).
« C’est une grande tentation que d’être collecteur. On pouroit faire beaucoup de bien dans cet emploi, mais ordinairement on y fait beaucoup de mal... Les uns se laissent toucher d’un amour déreglé pour leurs parens, et ils les déchargent sans faire attention au préjudice qu’ils causent à ceux sur qui ils rejettent ce que leurs parens devroient porter. Les autres sont effraiés de l'autorité d’un homme puissant, qui par menace et par crainte les oblige à suivre ses volontés, quoiqu'injustes!. D'autres sont esclaves de leur intérêt, et font grace à proportion des presens qu'ils reçoivent. Enfin on en voit qui se laissent emporter à leur animosité et à leur vengeance, et qui profitent de leur autorité pour accabler un malheureux qui n'est en aucune manière en état de leur résister. »
À côté des inégalités volontairement faites par les collecteurs, il en est d’autres qui leur sont imposées par les personnes dont ils dépendent, et notamment par les élus, trésoriers de France et conseillers à la Cour des aides. Au nombre des « abus de finance » signalés par Colbert dans sa grande instruction de mars 1664, se trouve « l'intelligence des trésoriers de France avec les élus pour soulager... dans une paroisse les officiers, leurs fermiers, métayers ou ceux de leurs amis, et ce pour différents intérêts? ». Lorsque, dit Pescheur lui-même, les collecteurs sont parvenus à modérer les cotes de ceux de leur cabale, les élus « y donnent les mains... sans contredit, soubz promesse de pareille gratification : facio ut facias » « Je n’entends point par là, ajoute-t-il, accuser aucun, mais je suis obligé en conscience de dire que j'ay veu à telz jugemens de tres mauvaises suittes® ». L'intendant d'Orléans écrit à Colbert en 1664 que les élus de Clamecy « abusent de leur autorité, faisant faire les rooles de quelques paroisses qu'ils protegent a leur fantaisie »; quand on fait des poursuites devant eux, 1ls allèguent « qu'ils n'ont aucun fonds pour faire les frais de justice », et sa conclusion est : « Il est tout a fait nécessaire de tenir dans le devoir les officiers de ces eslections esloignées * ».
La surveillance des élus fut, on l’a vu”, une des charges des intendants. Ils les empêchèrent le plus possible d'intervenir dans la redaction des rôles; et .de-rien y changer lors de la vérification. Mais les officiers des Elections conservaient le jugement des surtaux et des rejets, par où ils pouvaient exercer
1. J1 dit encore plus loin : « C’est un .seigneur qui parle pour ses fermiers, mais qui parle avec autorité, et de manière à faire entendre qu’il ne veut pas être contredit. C’est un autre, d’une puissance égale et de qui on a beaucoup à attendre, et dont les recommandations sont aussi lortes que des commandemens. » P. 498).
2. Clem, IV, 37. Cf. ibid, VIN, 177, le mémoire à Mazarin en 1659. 3. M. C. 33, fol. 287.
&. Let. du début de juin et du 7 oct. 1664, M. C. 121 fol. 337 et 124 fol. 104.