LES MALVERSATIONS ET CONCUSSIONS DES RECEVEURS
registres qu'en quelques années de ses exercices il a fait payer aux collecteurs jusques a dix et douze mille livres de frais ».
Les mêmes charges sont relevées contre son fils : registres en double, ratures, fausses quittances, fausses reprises n'étaient qu'un jeu pour lui. En 1657 il a fait vendre les meubles de la veuve d’un collecteur pour un prétendu arriéré de 15 1.6 s.. et il appert par ses propres quittances que le collecteur lui avait payé 91 1. en plus de son dû. En 1659, il a pareillement exécuté 48 moutons de Louis Féret, collecteur à Chavanson, pour un prétendu arriéré de 100 I., et Féret s'étant pourvu devant l’intendant a prouvé qu'au contraire Lempereur lui était redevable de 34 1.;: M. de Champigny a donc condamné le receveur à restituer les 34 1., mais Lempereur s’est fait donner une quittance de la somme sans rien rembourser. À un autre collecteur qui ne lui devait rien, il a fait souscrire une obligation de 54 1. 15 s. et il en a exigé le paiement. Bref, il reconnaît lui-même avoir commis des « surexactions » de ce genre « sur la pluspart de toutes les paroisses de l’eslection ». Jamais 1l n’a soldé ses huissiers autrement qu'en rescriptions sur les restes de la taille, les laissant libres de se faire payer comme ils l’entendraient…
Pour comble. François Lempereur ayant été arrèté par ordre du subdélégué de la Chambre de justice, ses domestiques étaient venus le délivrer des prisons de Gisors; il avait été condamné à mort, avec confiscation de ses biens, mais il ne craignait pas de faire appel de la sentence devant la Chambre de Paris, en arguant que bien d’autres en avaient fait autant que lui. Il ne fut condamné qu’à une simple amende, par arrêt du 18 juin 1665 ‘.
Ces condamnations furent un salutaire avertissement pour les receveurs ; mais la Chambre de justice fut très loin d’atteindre tous les coupables; dans beaucoup de pays on ne pouvait trouver de témoins contre eux parce qu'on craignait les représailles. Le substitut de la Chambre à Gap termine un de ses rapports par ces mots : « Ce n’est pas sans crainte que je prans la liberté de vous faire porter les plaintes des pauvres subjets de S. M. ». L'intendant Saron-Champigny écrivait le 4 mars 1663 : « On crie bien contre les vexations et les exactions des receveurs en général, mais quand on entre au particulier et qu’il faut former des plaintes par escrit, chacun recule ?». Le 12 août 1682 l’intendant de Rouen, Leblanc, écrira encore en envoyant un rapport sur les abus des receveurs et huissiers des tailles : « Comme le paysan craint le receveur et l'huissier, et que le receveur et