Clém., VII, 269. Circulaire du 19 septembre
le département des tailles, et par tous les moyens que vous estimerez convenables pour découvrir ces désordres *. »
Mais comment faire ce contrôle ? Leblanc, à Rouen, assure qu'il prend lui-même « des mémoires » lors de sa visite dans les élections?; il compare ses états avec ceux des huissiers et des greffiers”, pour voir s'ils sont tous concordants; il intervient personnellement auprès des receveurs pour empêcher les frais «extraordinaires * ». En 1681, « ayant apprehendé que quelques estats ne feussent pas assez justes », 1l les a « renvoyez sur les lieux a des personnes seures, pour [s’en] esclaireir ». Ce ne sont pas des procédés administratifs bien sûrs. En 1682, de Morangis, intendant d'Alençon, affirme qu'il a pris toutes les mesures possibles pour assurer l'exactitude des états qu'ilenvoie; cependant son successeur écrit l’année suivante : « M. de Morangis à pris un fort grand soin d’empescher les frais des receveurs des tailles, et je croy qu'il s’en est peu fait les années dernieres, mais néantmoins, comme il a suivi la mesme méthode que M. Colbert avoit introduite, dans laquelle il pouvoit y avoir quelques abus si les receveurs n’estoient pas honestes gens et qu'ils voulussent s’accommoder avec les huissiers, parce qu'il seroit difficile de s’en appercevoir, il me semble qu'il seroit bien à propos que je pusse seavoir précisément la quantité des frais par autres que par eux-mesmes”’. » Mais de Bouville reconnaît lui-même que ce contrôle parfait est irréalisable. Un mois plus tard il écrit en effet qu’ «il est impossible de scavoir la vérité sur les frais qui ont esté faits, et il faut en croire les receveurs; mais il m'a paru qu'il s'en fait beaucoup, si on en croit les collecteurs, que j'ay tous entendus* ».
Plus tard, Lallemant de Lévignen assurera que, « faute d'avoir infligé quelques peines pécuniaires a ces receveurs qui n'accuse-
1. Circulaire du 6 août 1682, Clém., II, 203. Cf. les lettres de Colbert à Levayer, ibid., p. 210 et à Breteuil, Bibl. Amiens, ms. 508, t, III, pièce 529.
2. Let. du 13 juillet 1676, B. N. fr. 8759, f° GS. . Let. des 28 août et 13 septembre 1676, tord. 12 710 etT2 . Let. du 19 juillet 1678, A. N. G1 491.
. Let. du 9 septembre 1681, cbid.
. Mém. du 3 août 1682, A. N. GT 71. . Let. du 2 avril 1683, coid.
. Let. du 3 juin 1683, A. N. G7 71. Le 16 septembre 1686 il écrira : « Les frais pour le recouvrement des tailles paroissent diminuer considérablement, et je puis vous assurer que cette année ils n’excéderont pas 14 0001., sans que les huissiers ni les receveurs m'en puissent cacher aucuns; il n’en estoit pas de mesme avant l'ordonnance que j'ay rendue pour cela, car quoyqu’en 1683 que le roy ne fit Phonneur de m'envoyer dans cette generalité, les frais paraissent avoir monté a près de 22 000 1., comme on ne le savoit que sur les registres des receveurs des tailles, il est difficile d'assurer qu'ils n’ayent pas monté plus haut, mais doresnavant, je le scauray avec certitude ».(/bid.) De Menars, intendant de Paris, ecrit le 30 novembre 1652 que dans sa généralité « les frais sont diminués du tiers depuis Ne ans ». (Mém de l'intendant de Paris, p. 506.) Cf. Depping, HN, 160-161, pour
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roient pas juste, on ne peut compter sur ces états » de frais qu'ils remettent !.
En outre des receveurs, il fallait surveiller directement les huissiers. Pescheur, en 1665, assure qu’ « ils reçoivent des collecteurs des gratifications qu'on ne peut empescher? ». L'intendant de Chalons écrit en 1673 : « Les huissiers des tailles font autant de faussetés que d’exploits® ». Le principal abus que De Marle observe dans la généralité d'Alençon en 1671, ce sont « les friponneries des huissiers‘ ». En 1673, Colbert écrit à
l'intendant de Rouen :
« Dans toutes les affaires qui nous reviennent des généralités, il n'y a point a présent d'abus qui ayt paru plus considerable au Conseil que celuy des sergens domestiques des receveurs des tailles, sous les noms desquels ils font taxer par les élus, qui sont de leur intelligence, les frais de courses et exécutions qu'ils appliquent a leur profit. Comme il a esté donné arrest au Conseil du 4 juillet 1664, portant règlement sur ce désordre, je vous prie de me faire sçavoir s’il est connu et s'il s'exécute dans la généralité de Rouen : ».
Mais les huissiers et sergents n'ayant d'autre salaire que celui de leurs exécutions, tendaient naturellement à multiplier leurs courses pour gagner davantage ; les élus et receveurs les surveillaient sans zèle et sans intérêt‘; les receveurs, pris entre la crainte de la punition et la nécessité de faire leurs versements à temps étaient amenés à utiliser tous les subterfuges pour éviter tout dommage”. Enfin, et ceci est le motif le plus grave, les peuples étaient à ce point accoutumés aux contraintes, qu'ils les considéraient comme un procédé normal de perception ; ils les attendaient tranquillement pour payer leur dû, y trouvant même l'avantage d'éviter une surcharge les années suivantes. « La pluspart des collecteurs, écrit l’intendant de Rouen en 1670, ne pensent à payer qu'à la vue du sergentf »; « La crainte des frais, dit son collègue d'Alençon en 1679, est l'unique moyen pour obliger les collecteurs à faire les dilli-