‹ La Taille en Normandie au temps de ColbertChapitre 445 sur 466 · VE LITE ARS OM UE · texte numérisé non relu

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les habitants désertaient pour ne plus payer l'impôt. Son avis

sur le brevet, la même année, n'est qu'un long tableau de misères et de ruines ?.

Enfin la guerre cesse. Tout aussitôt, sans attendre les commissions, le roi faitsavoir, par un arrêt du Conseil du 7 juin 1678, qu'il réduit la taille de 6 millions, la ramenant au chiffre où elle était avant la guerre, et il vante très haut cette mesure dans le préambule des commissions, assurant qu'il a tout sacrifié au désir de la paix :

« Le desir continuel que nous avons eu de procurer la paix a nos peuples nous a fait rechercher tous les moiens de parvenir a une sy bonne fin; s’est la raison qui nous a porté a nous relascher d’une partye des grands advantages dont il a pleu a Dieu de favoriser la justice de nos armes et a proposer des conditions advantageuses a nos ennemis dans le temps que leur foiblesse nous laissoit en estat d'estendre nos conquestes et de faire de nouveaux progrès dans leur pays. Et comme les avances que nous avons bien voullu faire pour ce grand ouvrage ont commencé de produire l'effet que nous nous en estions promis par la conclusion du traicté avec les estats de Hollande, et que nous esperons que Dieu achevera de benir nos bonnes intentions par une paix generalle, nous avons resolu de faire gouster les premices de la paix a nos peuples, et pour cet effet de reduire les impositions pour l’année prochaine 1679 conformement a l'arrest de nostre Conseil du 7 juin dernier pour leur faire connoistre la satisfaction que nous avons des efforts qu'ils ont fait pour le paiement des sommes dont nous avons eu besoin pendant le cours de cette guerre, et l'envie que nous avons de leur procurer de nouveaux soulagemens lorsque la paix sera solidement establie *. »

Le recouvrement, dans la pensée de Colbert, devait être aussi facilité par la suppression des affaires extraordinaires : droits de francs-fiefs, de tiers et danger, taxes sur les procureurs, notaires et huissiers, sur les arts et métiers.., et par la réduction des droits sur le sel et les boissons. Une remise de 2 millions sur la taille ayant encore été faite en août 1679*, le ministre espérait voir à nouveau les écus affluer dans les caisses des

1. Let. du 5 juillet 1671, A. N. GT 71. Cette remise, ajoute Leblanc, « a fait un tres bon effect, leur ayant donné courage et empesché les contraintes solidaires ». 2, Voir cet avis à l’appendice II, ci-dessous, p. 536-539. Cf. plus haut, p. 77.

3. À. D. Calv., Election de Caen, registre de commissions. Celles-ci sont datées du 30 août 1678. Cf. au sujet de cette diminution, la dépêche de l'ambassadeur vénitien du 28 mai 1680 : « Ma è vero altresi che la maggior parte di questa fu trovata inesigibile dall indigenza de’ sudditi, e percio fu giudicato meglio donarla » (Relazioni…, Francia, II, p. 321).

4, Ci-dessus, p. 79.

receveurs, et la richesse dans les maisons paysanes : « La taille estant a present sur un pied fort bas, le SAR CE ne doit presque donner aucune peine, par conséquent ne produire aucuns frais ou fort peu! ». « N'y ayant plus dans toutes les provinces du royaume que le recouvrement des impositions ordinaires, [il faut que les peuples] puissent d'autant plus jouir des fruits de la paix et des diminutions considérables que S. M. leur a accordées ?. »

Il n’omet aucune précaution pour supprimer tout désordre; il écrit aux intendants en avril 1679 :

« Sa Majesté m'a ordonné de vous faire sçavoir qu’Elle veut que vous fassiez cette année une visite plus exacte de toutes les élections et paroisses de ladite généralité que vous n'avez encore fait jusqu'à présent, et que vous commenciez incessamment, et sans aucun retardement ».

Et il leur rappelle les principaux points à examiner : confection des rôles, perception par les collecteurs et les receveurs, frais de contraintes, toutes choses où « il se passe encore beaucoup de désordre qui ne vient pas à vostre connoissance »; l’état du commerce, des manufactures, le nombre des bestiaux, « sources fécondes d’où les peuples ürent de l'argent, non seulement pour leur subsistance, mais mesme pour payer toutes leurs impositions ». L'inspection des registres des receveurs fera savoir où en sont les recouvrements et à combien montent les frais ; « apportez une application particulière à retrancher tous les frais que les peuples payent et qui ne tournent pas au profit du roy »; et surtout prenez « bien garde que les impositions soyent si justement distribuées que S.M.ne puisse entendre aucune plainte que les habitants d'une paroisse soient senare d'une partie de leur taille pour en surcharger les autres?

Le 5 mai suivant, 1l revient sur les frais de contraintes . en réclame encore l’état“. Le 20 juillet, il dresse son projet de réforme des élections et greniers à sel5. Le 1% juin 1680,

nouvelle instruction générale, réitérant « pressamment » les ordres antérieurement donnés pour la visite des élections; S. M. « désire que vous apportiez encore plus d'application

à cette visite que vous n ‘avez fait les années dernièr ess parce qu ‘Elle veut que l égalité et la justice dans les impositions et le retranchement de toutes sortes d'abus et de frais servent d’un second soulagement à ses peuples, outre celuy qu’Elle leur

1. Let. de Colbert à l'intendant de Montauban, 17 août 1679, Clém., II, 112. 2, Circulaire du Re 1680, Zbid., 134.

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