‹ La Taille en Normandie au temps de ColbertChapitre 452 sur 466 · I. — LE MOT TAILLE · texte numérisé non relu

I. — LE MOT TAILLE

Il y a quelque incertitude parmi les philologues sur l’origine du nom de la TAILLE. La majorité le font dériver du nom de la règle en bois nommée taille qui servait — et sert encore — à certains commerçants pour tenir leurs comptes : chaque entaille faite dans la règle correspond à une certaine somme due ou reçue. Ducrot le dit tout au long en 1627 :

« Et dautant que les leveurs et collecteurs marquoient en ce temps sur des tailles de bois ce que les particuliers habitans payoient sur et tant moins de leur taxe (comme font encores aujourd’huy les boulangers le pain qu'ils débitent), par succession de temps elles ont été appelées tailles *. »

Cette explication est également celle de Du Cange, qui cite des exemples du mot taillia dans les deux sens ?, de Desmaisons *, de Couchot *, de l'Encyclopédie *, et de la plupart des juristes et lexicologues du xvrr° et du xvur° siècles 6. Elle a été reprise par les modernes : Littré, Thomas, Léopold Delisle 7, etc.

Des objections à cette explication ont été présentées notamment par un auteur du xvin* siècle, peu érudit il est vrai, Gaultier de Biauzat. C'est, dit-il, « insinuer que la taille n’a jamais été payée que par le bas peuple illetré au point de ne pouvoir écrire ni les rôles ni les acquits »; or on sait que les rôles d'imposition romains étaient écrits, et que Saint-Louis, en 1270, ordonna que la répartition de la taille dans les villes du Roi fût faite « par escriptures »; il faut donc plutôt chercher l’origine de ce mot dans la « forme » que dans « l’effet » de la répartition 8. C’est pourquoi il adopte une étymologie qui avait

1. Traitté des Aydes, Tailles et Gabelles, p. 340. L'expression « en ce temps » se rapporte au règne de Charles VII.

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