‹ La Taille en Normandie au temps de ColbertChapitre 453 sur 466 · Des revenus publics en Normandie... p · texte numérisé non relu

Des revenus publics en Normandie... p

8. Doléances sur les surcharges que les zens du peuple supportent en toute espèce d'impôt, s. 1., 1788, in-8°, p. 50-54.

été déjà donnée au xvi° siècle par Pasquier : les deniers levés par les seigneurs sur leurs peuples, dit celui-ci, furent appelés Taille « parce qu'ils estoient levés par capitation et département, car le mot de tailler signifie entre nous diviser ! »; et il cite à l'appui de cette affirmation un mot latin, taleari, qui signifierait couper et, par extension, diviser, répartir. Lebret s’est rangé à cel avis ?; d'Espeisses 5 et quelques autres également‘. On pourrait incliner en faveur de cette étymologie, si elle ne reposait sur une erreur de fait : le mot taleart en effet, ne se trouve que dans de mauvaises éditions de Pline, et semble bien être une fausse lecture; les latinistes n’en reconnaissent pas l'existence.

Un autre érudit, Championnière, a cherché une autre explication : on trouve souvent, dit-il, dans les textes latins à la suite d'énumérations, l'expression : « vel cætera his talia »; l'expression talia seule aurait fini par prévaloir, « puis on la rencontre seule pour désigner les mêmes objets; enfin les traducteurs praticiens en ont fait le mot taille 5. » Il y a trop de fantaisie dans cette hypothèse pour qu'on puisse s'y arrêter : elle n’a, du reste, été adoptée par personne à ma connaissance.

Il faut reconnaître que l'explication commune, donnée plus haut, ne force pas l’assentiment par son évidence : on ne voit pas bien comment l'usage des règles de bois aurait pu suppléer à l’écriture à la fois pour la répartition et pour la levée de l'impôt seigneurial, et on ne peut guère supposer que l'écriture ait été, dans les seigneuries, tellement ignorée que l'emploi des « tailles » eût été général. Cependant, on peut citer quelques exemples précis, même au xvr° et au xvir° siècles, de l'emploi de ces règles pour la levée de l'impôt. A Cirey (en Champagne), en 1658, le collecteur marque par des encoches sur un bâton les paiements qui lui sont faits parles contribuables, parce qu'il est illettré 5. Suivant le jurisconsulte Borel, qui éerit au milieu du xvu siècle, « il y a encore des villages en Languedoc où l’on garde de grosses pièces de bois qu’on appelle des sougs, c'est-à-dire des souches, qui servent de cadastres, c'est-à-dire de règle ou de pied pour faire l'assiette de la taille, et même on en rapporte souvent dans des charettes à la Chambre des Comptes de Montpellier pour régler quelques différends sur les cadastres ou assiètes des tailles * ». Enfin l'intendant de Bordeaux, dans un mémoire du 30 mars 1717, dit qu’en plusieurs paroisses des Landes « on n’a pu faire avoir [aux collecteurs] d’autres rôles que des bâtons sur lesquels ils font des marques * ». Sans doute ces faits, qui sont exceptionnels à la fin de l'Ancien Régime, on pu être fréquents aux siècles antérieurs, et peuvent autoriser à admettre comme vraisemblable, faute d’autre explication plus certaine, l’étymologie communément donnée. Maïs il ne

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