Feillet, La misère au temps de la Fronde, p
7, Trésor des recherches et antiquités gauloises, 1655-67, nouv. éd. par Favre, Niort, 1882, art. Cadastre.
8. Cité dans Marion, L'impôt sur le revenu au XVIII® siècle... p. 3.
semble pas qu'on doive considérer pour autant la question comme définitivement tranchée.
L'orthographe même du mot soulève aussi quelques difficultés. Dans les textes les plus corrects, on trouve côte à côte la forme du singulier et celle du pluriel pour désigner notre impôt. Dès le xv° siècle, les deux formes sont employées indifféremment; c’est à peine si une subtile distinction est faite par les députés de Normandie aux Etats de 1483, dans leurs doléances aux gens du Roi : « L’immensité de la taille, ou pour mieux dire des tailles... excède de beaucoup la cote ordinaire! »; mais dans son Journal des mêmes Etats, Masselin dit sans différence apparente tantôt tallia, tantôt talliæ. Au xvrr* siècle, on trouve les deux formes dans la même phrase : ainsi, dans une circulaire du roi aux intendants : « Outre la descharge que je luy faicts [au peuple] de dix millions sur les tailles, j’ay encore résolu de diminuer
‘ sur la taille la somme à laquelle montera » (etc.)?. Dans la Déclaration
du 6 août 1669 : ceux qui ont acquis « les privilèges d’exemption de tailles pourront (etc.).. sans être tenus de payer la taille * ». L’intendant de Limoges écrit dans un mémoire de 1686 : « Le peuple y est [dans la paroisse d'Escoyeux] extrêmement dur à payer la taille, faisant toujours courre des bruits qu’elles sont remises ‘. » Pareillement La Barre, dans son Formulaire des Esleus : « Tous les aisez taillables
- taschent a se descharger de la taille, lesquelles néanmoins croissent de
jour en jour Ÿ ». On pourrait multiplier ces exemples °.
Pareil phénomène peut, du reste, être constaté pour le nom d’autres impôts : on dit également l’aide des aides; la gabelle et les gabelles, le domaine et les domaines. l'explication de cette bizarrerie ne peut faire de doute : si la taille, au temps de Louis XIV, est un impôt unique, il n’en était pas de même, on l’a vu, à l'époque antérieure; elle se composait alors d’une série d'impôts additionnés, qui formaient chacun une taille particulière, et étaient répartis sur les rôles « par lignes séparées », de sorte que l'on pouvait considérer la taille comme la réunion de plusieurs impôts, d’où l'emploi du pluriel. C’est ce qu'explique en 1726 un Mémoire sur la taille : « Sous le mot taille, on entend auJourd'hui plusieurs impositions réunies, aussi dit-on ordinairement : tailles et crues y jointes ‘ ». Guy Coquille distingue pareillement « la grande taille » des autres tailles qui y sont proportionnelles 5. Ainsi l'usage du pluriel pouvait se justifier.