‹ La Taille en Normandie au temps de ColbertChapitre 49 sur 466 · LA TAILLE EN NORMANDIE. F · texte numérisé non relu

LA TAILLE EN NORMANDIE. F

de la réforme économique‘. Il commence par les astreindre rigoureusement à la résidence, leur interdisant de quitter leur poste sans autorisation. Puis, il établit avec eux une correspondance régulière contrastant avec la rareté de ses relations avec les trésoriers de France?. Il ne part guère de courrier pour une province sans une dépêche à l’intendant. Il leur demande des rapports, au moins un par semaine à partir de 1666, les rappelle à l'ordre quand ils restent quelques jours sans lui répondre, les tient sans cesse en haleine. Les deux tiers environ des lettres qui ont été recueillies par Clément leur sont adressées, et ce qui reste de leur correspondance forme une masse considérable dans les archives. De l'examen de ces lettres, il ressort avec évidence que les intendants furent les véritables agents du ministre dans les provinces, les exécuteurs fidèles de sa volonté.

Les trésoriers généraux étaient devenus à ce point inutiles, que Colbert projetait de les supprimer : dans le plan de réorganisation des finances qu'il traça en 1661, il écrivait : « Travailler fortement à la suppression des trésoriers de France... et examiner les moyens de faire cette suppression avec le moins d’injustice qu'il se pourra”. » C'est dans la même note qu'il propose de dresser une instruction générale pour les intendants et de renvoyer dans leur province ceux qui sont à Paris. Il semble que ce projet ait eu un commencement d'exécution f, mais il fallut bientôt l’abandonner : on vient de dire pourquoi la suppression était difficile”. Colbert les laissa donc subsister.

1. Ce mémoire nous montre les intentions de Colbert d’une façon précise. On voit qu'au début il songeait à confier plusieurs généralités à un même intendant. En 1666, il établira le principe qu'un intendant ne doit avoir qu’une généralité. A la fin de son ministère il conslatera que, avec le développement de leurs attributions, ils ne peuvent convenablement administrer une circonscription aussi vaste; tout après lui, on sera obligé de leur donner des subdélégués pour les seconder.

2. C’est tout au plus si, dans ses papiers, on trouve quelques circulaires à eux adressées pour accompagner les brevets ou les commissions des tailles, les ordonnances à enregistrer, ou pour demander des renseignements sur le domaine, la voirie, les offices de finances. Encore Colbert leur enleva-t-il la partie technique des ponts et chaussées pour la donner aux intendants (Vignon, Etudes sur l'udministration des voies publiques, &. 1, p. 65). Il n'avait du reste pas à se louer de leur exactitude : ayant adressé une lettre au bureau des finances d'Aix le 23 septembre 1670, il ne recut une réponse qu’un an après (Clém. IV, 447). Cf. les plaintes de Sully : Economies royales, éd. Michaud et Poujoulat, Il, 407, 557, 558.

3. Dans une circulaire du 8 mars 1662, Marin, exhortant les trésoriers à hâter le remboursement des élus supprimés, leur dit : « ce sera le moien de faire voir la nécessité de vos fonctions, et de parler plus hardiment pour vostre conservation » (A. D. Calv., Bureau des finances, curresp. de Marin). Dans son mémoire sur la réformation de la Justice en 1665, le conseiller d'Etat de La Marguerie insiste également sur la réduction du nombre des trésoriers (B. N. Clairamb., 613, fol. 308 verso).

&. Clém. II, 198,

5. Sur les difficultés de ces remboursements, voir au chapitre 11 la question du remboursement des officiers des élections. Cf. une lettre du président Brulart à Colbert, de Dijon, 18 juin 1664, au sujet de l’édit de suppression de certains. procureurs et notaires : « Je suis obligé à vous dire que s’il est exécuté à la rigueur, plusieurs familles en seront ruinées, parce que ces charges sont leur seul

TE

La déclaration du 29 décembre 1663 les astreignit à la résidence‘; un édit de février 1672 ordonna en apparence une réduction de leur nombre, puisqu'il ramenait à 10 l'effectif des trésoriers dans chaque généralité de Normandie, et à 14 dans les autres, mais ce n'était qu'une opération « bursale » pour remplir les coffres du Trésor : il était en effet spécifié que les gages des officiers supprimés seraient attribués aux réservés € en payant par eux la finance à laquelle ils seront modérément taxés au conseil? »: puis dans un arrêt du conseil du 13 septembre 1672, le roi, considérant que la plupart des officiers des bureaux de Normandie ont demandé à être rétablis dans leurs charges, veut bien le leur accorder « en paiant par chacun bureau la somme de 120000 I. ? ». Enfin, en mars 1673, considérant encore que les trésoriers de France se sont « soumis volontairement à nous donner un grand secours pour les dépenses de la guerre et pour estre tous conservez* », il les maintient tous dans leurs fonctions, y ajoutant même le privilège dé committimus et une réduction du droit annuel. En

définitive, la situation des trésoriers généraux se trouvait con-

solidée* par cette opération.

Tout l'effort de Colbert tendit désormais à les subordonner aux intendants : ceux-ci fournirent en secret des notes sur leur compte; ils les surveillèrent dans tous leurs actes publics, et prirent le pas sur eux dans les cérémonies. Il arriva que des trésoriers de France furent placés sous Les ordres d’intendants comme subdélégués, et bientôt ils en vinrent à considérer cette désignation comme une faveur‘. Pendant les premières

bien et leur seul employ, que ceux qui en sont pourveus ne doivent recevoir par l’édit aucun dédommagement, et qu'ayant esté nourris toute leur vie dans ces professions, ils sont à présent incapables du commerce et de l’agriculture » (M. C. 121 bis, £ 668).

1. Au début, les trésoricrs firent des tentatives pour se faire rendre leurs fonctions usurpées par les intendants, en promettant de les exercer à l'avenir avec « toute la fidélité et l'exactitude possible » (lettre des trésoriers de France d’Alencon à Colbert, 14 décembre 1665 (M. C. 134 bis, f° 477), Cf. lettre des trésoriers de Lyon 30 juin 1664 (M. C. 121 bis, f 1116, et autre lettre coid., 153 bis, 1° 704). Mais ces essais furent infructueux.

Page 1