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tomber dans une certaine langueur qui ne les quittte plus qu'à la mort, et Je peux vous assurer qu'il y a des personnes qui ont passé quatre Jours entiers, dans cette ville, sans avoir eu autre chose à manger. La grande quantité de pauvres a épuisé la charité et la puissance de ceux qui avoient accoutumé de les soulager !, »
Le roi fait distribuer du blé dans les provinces pour alimenter les pauvres?. Les bourgeois des villes se cotisent; des hôpitaux sont ouverts. Mais la misère n’en reste pas moins grande et il est impossible de faire rentrer les impôts. Quoique le brevet général ait été réduit de 4 millions de livres ? par rapport à celui de 1661, les trésoriers généraux et les intendants sont unanimes à réclamer une diminution, qui est accordée par le roi : le brevet arrêté en 1661 montait à 6624055 L., pour les trois généralités; en 1662, 5 930 553 1.4.
1663. — En cette année, la récolte est encore médiocre. Les trésoriers de Rouen écrivent à Colbert, le 13 août, que la sécheresse de l’automne précédent a empêché les semailles, puis les eaux et le vent ont fait périr une partie des blés; on a dû « réensemencer une partie des terres emblavées, et le peu de blé qui aesté fait est presque tout perdu par de petites brouées qui sont survenues, qu'on appelle en Normandie de la manne et qui ont noircei la paille et l'épi, en sorte qu'il se trouve peu
de grain dans l’épi, et, dans le grain, peu ou point de farine.
Heureusement, il y a davantage de seigle, d'orge et d'avoine 5 ». Le chiffre du brevet, montant à 5 621 553 1. pour toute la Normandie, est accru de 72000 I. dans les commissions. Mais l’année suivante, on tint compte de cette mauvaise récolte : le brevet présentait une diminution d'environ 230 000 1.
1664. — [La récolte des blés est encore mauvaise dans la Basse Normandie. Dans la généralité de Caen, les pluies du
1. Publ. dans Bonnemère, La France sous Louis XIV, t. I, p. 268.
2. Clém., Il, 53. Mémoires de Louis XIV, éd. Dreyss, t. II, p. 548. Journal d'un bourgeois de Caen, publ. par G. Mancel, p. 27-29. $ es
.3. Ce dégrèvement avait été annoncé par un arrêt du conseil du 2 avril 1661, où le roi publiait son désir de « donner à ses peuples des marques de sa justice par son application au gouvernement »; en même temps il avait « promis de pourvoir aux proceds des surtaux, et d’empescher les vexations du recouvrement, sursis les taxes sur les courtiers et jaugeurs de vin, celles des francs-fiefs et nouveaux-acquêts, et de la confirmation de leur exemption ès villes franches; les taxes sur les recettes des deniers commungs et d’octroys, les maires et eschevins des villes. revoqué les taxes sur les hosteliers, cabarettiérs et marchands de vin pour la decharge de la collecte des tailles » (A. D. S. Inf., G. 1164, f° 71). Cet arrêt accordait une diminution de taille de 3 millions; un autre du 27 septembre suivant, portait ce chiffre à 4 millions (A. D. Galv., Election de Caen). Mais ces diminutions, on l’a déjà vu, ne faisaient qu’abandonner des sommes irrecouvrables. « C’est si peu, dit Guy Patin, que ce n’est point la peine d’en parler (Lettre du 5 avril 1661). A EN AUS
4. Se reporter au tableau des brevets annuels des trois généralités, ci-dessus,
Se M. C. 116 Bis, f° 650.
mois de juin ont fait pourrir les foins coupés et verser les blés!. Mais dans la généralité de Rouen, la récolte en grains et en cidre est bonne?. Le chiffre du brevet est augmenté dans les commissions?
1665. — L'augmentation de l'année précédente est maintenue par le brevet; elle atteint le total de 101 000 I. A Alençon, des pluies abondantes en juillet ont gêné la moisson; l’intendant écrit que le peuple « ne se restablit point depuis la misérable année de 1662 »*. Toutefois, on commence à sentir l'effet heureux des manufactures établies dans la province, à Rouen et à Caen surtout; on en fonde de nombreuses dans les campagnes comme dans les villes, et le peuple y trouve une nouvelle ressource *.
1666. — Le brevet est augmenté de 28 000 I. dans la généralité de Caen, 20000 dans celle d'Alençon, 30000 dans celle de Rouen. Mais le pays est en état de supporter cette surcharge. La récolte est bonne, et les manufactures se développent, surtout dans la généralité de Caen. Chamillart écrit le 6 juin qu'à Coutances la manufacture de bas d'Angleterre occupe 400 ouvriers, et cela « commence à se respandre dans la campagne° ». Les manufactures de bas sontinstallées non seulement dans les villes : Caen, Bayeux, Cherbourg, Saint-Lô, Coutances, Valognes, Louviers, mais encore dans les bourgs ei les villages ?. Il écrit le 17 novembre :
« La généralité me paroist en fort bon estat, et sans l'extrême seicheresse qui a faict manquer les bledz en plusieurs endroitz, et le manquement de cidre, qui est général, et la garde de la coste, je pourois vous assurer que les subjectz du roy commenceroient à jouyr du bon ordre que S. M. establit partout®. »
1. Lettre de Dugué à Colbert, 23 juin 1664, M. C. 121 bis, {° 857,
2. Cette même année, les habitants de Honfleur déclarent qu'ils ne peuvent souscrire à la Compagnie des Indes « veu la misere du public » (Bréard, Les archives de la ville de Honfleur, p. 119). Il est vrai que cette misère était peutêtre « affectée », comme disait Colbert.
3. Cependant le roi avait fait valoir les diminutions de taille qu'il ne cessait d'accorder depuis plusieurs années, dans la déclaration d'août 1664 (Clém., IF, 785). à ne de Du Boulay Favier à Colbert, Alençon, 30 mars 1665 (M. C. 198 bis, ° 707). :
5. Voir les lettres écrites à Colbert par Brévedent sur les manufactures de la généralité de Rouen (M. C. 130 bis, ʰ 875, et 132 bis, f° 507): par Legendre sur celles de Caen (rbid., 130, f° 197, 130 bris, £° 863). Ces lettres donnent des détails très complets. À Alençon, les manufactures furent très difficiles à établir, Un sieur Le Prévost voulant établir une dentellerie, « toutes les femmes, au nombre de plus de mille, se sont assemblées et l'ont poursuivy en telle sorte que s’il n’eust évité leur furie, il eut esté asseurément en mauvais estat.... Cette multitude ne sera point en repos jusqu’à ce qu'il ayt pleu au roy leur donner quelque assurance qu’on ne leur oslera pas la liberté de travailler ». Cependant, il est incontestable « que depuis quelques années, la ville d'Alençon a subsisté par le moyen de ces pus ouvrages de dentelle que le menu peuple a faicts et débités » (Lettre de
u Boulay Favier à Colbert, 30 août 1665, M. C. 131 bis, f° 792)