Rapport de l'intendant 2-20 juillet 1682, A. N., G
6. D’après la lettre de Colbert à de Morangis, 16 octobre 1672, Clém. II, 208,
7. Colbert écrit à Breteuil le 3 juin 1683 : « J'espère que nous aurons une année abondante dans tout le royaume », (Bibl. Mun. Amiens, ms. 508, t. IV, pièce 225); l’intendant d'Alençon rapporte le 6 mai : « Les biens de la terre sont aussi beaux qu'on le peut souhaiter, et il y a apparence d’une bonne année pour les grains... à l’esgard des pommes je crois qu'il y en aura peu, mais il y a tant
28 janvier, les échevins de Honfleur ont interdit de loger en ville les pauvres qui viennent de la campagne’. Les rapports des intendants sont très brefs : aucun d'eux ne parle de cette misère. Cette réserve est inquiétante. Elle cesse brusquement à la mort de Colbert.
Les rapports de 1684 et de 1685 sont beaucoup plus pessimistes : en janvier 1684 dans la généralité de Rouen, « les nécessités sont extresmes », les pauvres de la ville « sont réduits à de très grandes extrémités »; le 1° octobre, l’intendant après avoir visité les riches élections de Gisors, Gournay et Lyons, écrit : « Je suis obligé de vous dire que j y ai veu des choses qui surprennent de la misère de cette année », et après avoir parcouru le pays de Caux : « En vérité la misère y est grande, et 1l y a plusieurs terres qui demeurent sans estre cultivées, et cette province-cy tomberoit sy on ne la soulageoit davantage... Les biens y deviennent à rien, et le commerce y diminue ». Le 15 mars 1685 : « La misère est si grande que tel paysan achetait un habit de drap, qui se passe d'un de toile, et les femmes de la campagne qui étoient curieuses d’un cotillon rouge ou bleu, n'en portent plus guère; elles sont fort mal habillées, et presque toutes de toile blanche? ». Le 9 juillet 1685 il écrira encore :
« Le besoin est pressant à la campagne où il fault garder les bleds la nuit de peur qu'on en vole tout verds qu'ils sont, ceux qui en ont à eux sur pied en couppent tous les "jours qu'ils font seicher au four pour vivre..; les entrepreneurs de Honfleur sont obligez de donner demy-paye les jours de feste pour retenir les ouvriers qui iroient aux villes demander l’aumosne parce qu’ils gagnent peu *. »
Dans la généralité d'Alençon la misère est identique; le 27 mars 1685 l’intendant écrit que le paiement de la taille est très en retard :
« Je puis vous assurer que c’est la seule misère qui est cause de ce retardement, car le receveur des tailles fait ses diligences, mais les huissiers ne trouvent quasi plus rien à exécuter, je m'en suis fait rapporter les procès-verbaux et mesme j'ay visité quelques paroisses sans paroisire que ce fut à dessein, où je n'ay point veu de pain qui ne fust d'orge ou d'avoine : le bled néantmoins n'est point enchéry depuis deux mois, mais les paysans mangent ce qu'ils ont faute d’argent pour achepter le bled et n’ayans point de bestiaux pour en faire ; j'ai marqué au receveur des tailles qu'il est bon de mesnager les
de vieux cydre que ce ne sera pas un grand malheur ». Et encore le 19 juin : « Il y à lieu d'espérer que la récolte sera parfaitement bonne dans toutes les élections à l’exception des lieux où il est tombé de la gresle. » (A. N., G7 71.) k