Bréard, Les archives de la ville de Honfleur, p
2, De Boïslisle, Corresp., t. I, n° 165.
3. Tous ces détails se trouvent dans les lettres de l’intendant de Rouen au contrôleur général, A. N. G 1 492,
contribuables et que supposé que je visse qu’il en usast bien, je tascherois d'obtenir de vous, Monsieur, quelque prolongation de ses payemens {. »
Une telle misère ne peut avoir éclaté brusquement en 1684, alors surtout que la récolte de 1683 était bonne. Si l’on note d'autre part que Colbert à maintes reprises rabroua les intendants qui lui signalaient la ruine, soit en les accusant de mal faire leur devoir, soit en les invitant à se tirer d’embarras quand même et à faire rentrer les impôts à tout prix, on peut se demander s'ils ne cachèrent pas à leur chef l’état véritable des peuples. La misère signalée en 1677 et 1678 avait pour cause principale l'augmentation des impôts; comme ces impôts ont été très peu diminués, il est certain que la misère ne dut guère diminuer non plus. Il aurait donc fallu réduire les impôts. Colbert a fait effort auprès du roi pour obtenir cette réduction; il a souvent exprimé le regret de ne pas aboutir; toute la responsabilité de cet état de choses ne lui incombe pas.
En somme, pendant les vingt-deux années du gouvernement de Colbert, la situation des paysans peut se résumer ainsi :
1° de 1661 à 1666, période de relèvement, les impôts sont diminués, la vie économique prend une intensité qu'elle n'avait jamais eue, par la protection de l'agriculture, le développement des manufactures et l'accroissement des bestiaux:;
2° De 1666 à 1673, grande période de prospérité correspondant à des chiffres de taille plus bas qu’on ne les avait connus depuis fort longtemps;
9° De 1673 à 1683, dix années de misère causées par l’accroissement des impôts de toutes sortes pour aboutir à la ruine totale des paysans et des ouvriers.
Après avoir donné son avis sur l'élat général de sa circonscription, l'intendant devait indiquer la somme à lever dans chaque élection. Pour cela, il avait à tenir compte non seulement des chiffres portés par le brevet, mais encore d’impositions supplémentaires, dont le brevet ne faisait pas mention et qui, répondant à des besoins locaux ou temporaires, ne pouvaient être confondues avec la taille proprement dite, quoiqu'elles fussent levées en même temps. Voici la liste de ces impositions pour la Normandie, de 1661 à 1683. On peut les ranger en trois catégories :
À. celles qui sont levées sur toutes la province,
B. celles qui sont spéciales à une généralité.
RLSNNS GANT
C. celles qui sont spéciales à certaines élections ou à certaines paroisses.
Sur l’ensemble de la province, on a levé :
1° Jusqu'en 1664, la gratification des Etats, imposée par lettres patentes séparées; elle s'élève à 44 500 L..
2° Un arrêt du conseil du 31 mars 1661 impose une somme de 300000 I. par an pendant deux ans pour la révocation du droit domanial sur le fer.
3° En 1667 chacune des trois généralités paye 40 000 I. pour le rachat des captifs de Barbarie. :
4 Le remboursement des offices des Élections et des Bureaux des finances est fait au moyen d'impositions sur les généralités ou les élections intéressées, de 1661 à 1668.
5° En 1666 (arrêt du conseil du 10 novembre 1665), en 1667 et 1672, on lève sous le nom d'étapes un véritable supplément de taille, sorte de dispense de logement de troupes.
6° Les réparations au pont de Rouen sont payées également par imposition annexée à la taille dans toute la province : on lève à cet effet 10000 I. que les trois généralités se partagent chaque année de 1672 à 1683?.
Les impositions spéciales à une généralité sont rares : en 1680 et 1681, on lève sur la généralité de Rouen une somme élevée pour l’entretien du pont de Pont-Audemer*; en 1683, on impose 37 000 L. « pour le port d'Honfleur et les réparations du grand chemin de Paris‘ »: sur celle de Caen, un arrêt du conseil du 22 avril 1679 établit une imposition de 44000 I. pour les travaux de navigabilité de la rivière d'Orne‘: en 1680 et 1681, on lève encore 300 I. pour le loyer du local où siège le Bureau des finances.
Enfin, il arrive que certaines élections ou certaines paroisses sont imposées spécialement, pour faire face à une dépense qui les concerne.
Dans l'élection d'Arques, de 1667 à 1672, on lève une somme de 1000 I. pour le bois et la chandelle des corps de garde de Dieppe et du Pollet, somme qui est portée à 3000 1. par arrêt du Conseil du 16 novembre 1672 et est levée jusqu'en 1675;
TNCR CMD TPE LEO 07:
2. Arrêts du conseil des 13 sept 1672, 19 oct. 1675, 24 avril 1678, mentionnés par les commissions. Il paraissait un peu abusif de faire payer les réparations du pont de Rouen à des pays qui n’en retiraient aucun avantage comme le Perche ou le Cotentin par exemple; mais la considération de l'utilité plus ou moins grande des dépenses faites avec le produit des impôts pour ceux qui les payaient m'entrait guère en ligne de compte. En 1672, l'ellot, premier président du Parlement, propose à Colbert comme une chose naturelle d'imposer une somme élevée sur les trois généralités de la province pour les dépenses municipales de Rouen « afin que l'on continue à la policer et embellir et y mettre un bon ordre comme l'on a fort bien et heureusement commancé ». (Depping, LIL, 221.)