PE: AE
M. Dupcay (1) considère cette explication comme in-
suffisante ; d’abord il rejette le mot de talalgie comme
mal formé, hétérogène et le remplace par celui de pter-
nalgie (rrepv, talon, &\yos, douleur plus académique.
«Jusque dans ces derniers temps, dit-il, on n’avait pas encore songé à une particularité anatomique appartenant à la région et qui peut rendre parfaitement compte de la nature du mal. On sait en effet, depuis les recherches anatomiques de Lenoir, qu'il existe une bourse séreuse entre le périoste du calcanéum et le coussinet graisseux du talon. Cette bourse, qui siège précisément au-dessous des tubérosités que l’on observe en arrière. de la face plantaire du calcanéum et surtout au niveau de la tubérosité interne la plus saillante, a pour but de permettre un certain degré de glissement de la peau et du tissu graisseux sur l’os sous-jacent.
« Or, comme toute bourse séreuse, celle-ci peut devenir malade sous diverses influences. La seule variété de bursite sous-calcanéenne sur laquelle l'attention ait été attirée est celle qui survient parfois dans le cours
de la:blennorragie et dont je me rappelle avoir
observé un bel exemple. Mais à part cette forme bien nettement accusée ne peut-on pas admettre qu'il existe d’autres lésions inflammatoires de la bourse sous-calcanéenne et en particulier des lésions inflammatoires chroniques, se produisant sous l'influence de causes variées, générales ou locales ?
« Pour ces dernières, on peut invoquer l’action de la marche, de la station prolongée, plus particulièrement dans l’exércice de certaines professions. Il en résulle-
(1) DurLay. Presse médicale, 1896, loc. cit. |
eo. ee
«rait, par suite de lacompression et du froissement de la « bourse sous-calcanéenne, une sorte d'hygroma chroni- « que, donnant lieu à la douleur. Dans cette manière de « comprendre la maladie, il n’est plus question de cette « contusion chronique du talon, invoquée par Després, « qui nous laisse dans l'incertitude sur la nature et le « siège anatomique des lésions, mais l'affection se trouve « très exactement localisée dans la bourse séreuse sous- « calcanéenne ou bourse de Lenoir, et [a talalgie ou «pternalgie doit être considérée comme une bursite « sous-Calcanéenne.
« Deux fails récemment publiés peuvent être invoqués « à l’appui de ce qui précède.
« Dans un premier cas, BROUSSE, opérant un malade « atteint de talalgie, trouva une bourse sous-calcanéenne «-épaissie el renfermant dans son intérieur un corps rizi- « forme dont l'examen histologique montra qu’il s'agis- « sait d’un névrome fasciculé. Quoi qu'il en soit, grâce à « l’extirpation de la bourse séreuse, le malade guérit de « sa douleur.
« Dans un cas plus récent, Brousse et BERTHIER, au « cours d’une opération entreprise dans les mêmes con- « ditions, trouvèrent la bourse sous-calcantenne du vo- « lume d’une noisette, distendue par un liquide filant.
« Dans l'épaisseur de la paroi de cette bourse, il exis- « Lait cette fois encore une petite nodosité de la grosseur « d’un petit pois et d’une dureté ligneuse.
« Comme dans le cas précédent, l’extirpation de la « bourse fut suivie de guérison.
« L'examen anatomique et histologique de la pièce fit reconnaître dans cette paroi une artériole dont les tu-
bn 4 Ag
« niques étaient normales, el un filet nerveux atteint de « névrite interstitielle. Or, la présence de ce vaisseau, «comme celle du filet nerveux altéré, constituaient une « véritable anomalie. Normalement, cette bourse séreu- «se ne présente rien d’analogue.
« Si nous laissons de côté certains points un peu obs- « curs de ces deux observalions, tels que ce prétendu « névrome faseiculé, cette anomalie dans la distribution « d’une branche du nerf plantaire, située dans l’épaisseur « même de la paroi de la bourse sous-calcanéenne,il faut « insister sur les détails relatifs aux lésions de cette bourse « dont les parois étaient notablement épaissies, indurées, «et dont la cavité renfermait un liquide filant et un corps « riaforme. Je considère la présence de ce corps ainsi « que l'épaississement des parois de la bourse,comme une « démonstration à l'appui de ce que j'ai dit précédem- «ment sur le siège et la nature de la maladie, connue «jusqu’à ce jour sous le nom de talalgie, et qui doit être « à l'avenir, suivant moi, considérée comme une bursite « sous-Ccalcanéenne chronique. »
Nous avons tenu à citer in exlenso la théorie pathogé-
nique du professeur DupLay, partisan sans réserve de la nature inflammaloire de la maladie.
Les paroles du professeur Dupcay peuvent êlre interprétées d’une toute autre façon, si l’on tient compte d’un élément important que M. Dupray néglige de parti-pris, comme insignifiant. Dieu sait pourtant s’il a de la valeur, puisque c'est un fait d'observation sûre.
Dans les deux cas relatés par cet auteur (Brousse, Brousse et Bertuier), l'examen anatomo-palhologique des produits anormaux extirpés pendant l'opération a
montré des altérations nerveuses importantes : un névrome fasciculé, une névrite interstitielle.
On voit donc que la théorie nerveuse énoncée par M. Jacouer, qui en est Le père, a pour elle des arguments analomo-pathologiques de grande valeur; ils sont d’autant plus probants que cet examen fut fait sans idée préconçue, puisque la théorie nerveuse de la talalgie n'était pas encore édifiée.
Cette théorie, en effet, rend compte de tous les phénomènes observés. En effet, comment, avec la bursite souscalcanéenne, expliquer le pied plat blennorragique, l’hyperostose calcanéenne ?
Mais procédons avec ordre et étudions successivement la pathogénie des deux genres de talalgie que nous avons distingués : la talalgie simple et la talalgie avec hyperostose.